Être payé pour consommer de l’électricité : la promesse folle de Frank Energie (et son piège caché)

 
Être payé pour consommer de l’électricité : l’idée peut sembler séduisante pour réaliser des économies. Et depuis quelques mois, ce genre d’offre existe en France. Mais aussi intéressante soit-elle, cette option ne convient pas à tous les consommateurs. Mal maîtrisée, elle peut au contraire entraîner une forte augmentation des factures.
électricité
Photo de Karsten Würth sur Unsplash

Si l’énergie solaire promet de décarboner le système électrique, son essor s’accompagne d’un problème croissant pour le réseau. Les pics de consommation se situent le matin et en soirée, alors que la production solaire culmine en milieu de journée. Ce décalage s’accentue à mesure que cette source prend du poids dans le mix énergétique.

Sur le marché de gros, la surproduction souvent liée à l’abondance de l’électricité solaire se traduit par une chute des prix, jusqu’à devenir parfois négatifs. Dans ces moments, ce sont les acheteurs en gros qui en tirent profit.

Les consommateurs, eux, restent soumis aux tarifs fixes prévus par les offres qu’ils ont souscrites, le cas de la grande majorité des Français. Mais depuis peu, la tarification dynamique a fait son entrée sur le marché français, permettant à ses clients de bénéficier directement de ces prix négatifs.

Profiter des prix négatifs du marché

En plus de Sobry, le fournisseur néerlandais Frank Énergie est le seul autre acteur à proposer une offre à tarification dynamique pure en France. Avec ce type de contrat, le prix payé par le consommateur est directement indexé aux cours du marché de gros et évolue donc au fil des heures.

Frank Énergie n’est pas un acteur historique : ce fournisseur néerlandais, fondé en 2020 et déjà présent aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne, a obtenu son agrément en France à l’été 2025 et commercialise véritablement son offre auprès des particuliers depuis le printemps 2026. De quoi rappeler que le recul manque encore pour juger sa fiabilité sur la durée en France.

L’intérêt principal pour les clients est de pouvoir profiter des périodes où l’électricité est la moins chère. Pour maximiser les économies, il faut être capable d’adapter ses habitudes et de déplacer certains usages vers les heures les plus avantageuses.

Dans ce type d’offre, la question qui revient souvent chez les consommateurs est de savoir s’ils sont ou non rémunérés quand le prix devient négatif sur le marché de gros. La réponse est oui, mais seulement si les taxes, les coûts d’acheminement et les frais de gestion appliqués par le fournisseur ne font pas repasser le prix final en territoire positif.

Par exemple, le 1er mai à 13h30, alors que la France enregistrait, selon RTE, un record de prix négatif à -497 €/MWh (soit -0,497 €/kWh), le tarif appliqué par Frank Energie atteignait -0,064 €/kWh, contre 0,194 €/kWh pour le tarif réglementé.

Une offre pour un public averti

Si elles sont encore peu répandues en France, les offres à tarification dynamique sont de plus en plus adoptées dans plusieurs pays d’Europe, notamment dans les pays nordiques où elles sont bien plus répandues. Elles constituent notamment un outil de flexibilité permettant d’adapter la consommation aux variations de production, alors que l’intégration massive des énergies renouvelables rend le système électrique plus difficile à équilibrer. Mais représentent-elles réellement le meilleur choix pour les particuliers ?

Le médiateur national de l’énergie reconnaît l’intérêt de ces offres pour le réseau. Il estime toutefois qu’elles ne peuvent pas convenir à l’ensemble des consommateurs. Selon l’organisme, ces contrats devraient plutôt s’adresser à un public averti, capable de suivre l’évolution des prix de l’électricité et d’adapter ses usages en conséquence.

Car si ces offres permettent de profiter des périodes où l’électricité est abondante et peu coûteuse, elles exposent également les ménages à des hausses importantes lors des épisodes de tension sur le système électrique. Le 24 juin dernier, en soirée, le prix de gros avait atteint 341 €/MWh, portant le prix du kilowattheure facturé par Frank Énergie à 0,314 €.

Au printemps et en été, ces hausses peuvent encore être compensées par les prix très bas observés durant la journée. En revanche, durant les autres saisons, lorsque la production solaire est plus faible, il devient plus difficile de bénéficier de fortes baisses.

Un précédent invite d’ailleurs à la prudence : en 2021, la start-up Barry avait déjà tenté de proposer de l’électricité à prix coûtant en France, avant de disparaître avec la crise énergétique de 2022. Un risque que le responsable France de Frank Énergie balaie en misant sur la démocratisation des batteries domestiques, censées mieux protéger les clients qu’à l’époque.

Face à ces risques, le Médiateur national de l’énergie recommande donc la mise en place de mécanismes de protection afin de limiter les augmentations excessives de facture pour les consommateurs ayant souscrit une offre à tarification dynamique.


Un petit geste pour Frandroid ? Abonnez-vous à Frandroid sur Google pour ne manquer aucun de nos articles.

Recherche IA boostée par
Perplexity