Énergie : 50 millions d’Européens menacés par le froid, les renouvelables amortissent le choc

 
Un hiver difficile s’annonce pour les Européens alors que les tensions géopolitiques font grimper le coût de l’énergie. La progression des renouvelables permet toutefois aux pays de l’Union européenne de réduire leur dépendance au gaz et d’amortir par conséquent une partie du choc.
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Photo de Karsten Würth sur Unsplash

« Il ne fait aucun doute que nous nous dirigeons vers un hiver difficile », a alerté le commissaire européen à l’Énergie et au Logement, Dan Jorgensen, ce mardi 29 septembre à Dublin, lors d’une réunion informelle des ministres de l’Énergie des États membres de l’UE. Avec la flambée des prix de l’énergie, des dizaines de millions d’Européens risquent d’avoir du mal à se chauffer cet hiver.

Des prix de l’énergie sous pression

L’UE s’attend à des prix du gaz très élevés cet hiver. La guerre opposant Israël et les États-Unis à l’Iran a éclaté fin février, il y a sept mois. Depuis, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est très perturbé. Or, environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié passe habituellement par ce détroit. Les prix du gaz ont plus que doublé en Europe, au moment où les pays doivent remplir leurs réserves avant l’hiver.

Depuis fin février, les Vingt-Sept ont payé plus de 100 milliards d’euros de plus pour leurs importations d’énergie, et ce, sans « la moindre molécule de gaz ou de pétrole supplémentaire », a souligné Dan Jorgensen, cité par Le Monde.

« Lors d’un hiver normal, près de 50 millions de personnes en Europe ne sont pas en mesure de chauffer correctement leur logement. Cet hiver pourrait être pire encore », prévient le commissaire européen.

Dan Jorgensen écarte toutefois tout « risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement ». Dans une lettre adressée aux ministres, il juge aussi la situation moins critique qu’au sortir de la crise sanitaire ou au début de la guerre en Ukraine, en 2022, grâce à la diversification des fournisseurs et au développement des renouvelables. Depuis, l’UE a fortement réduit sa dépendance au gaz russe, dont la part dans ses approvisionnements est passée de 45 % en 2021 à 12 % en 2025.

Un peu de marge grâce aux renouvelables

La bonne nouvelle est que le bloc a poursuivi sa progression dans les énergies renouvelables, contribuant ainsi à réduire sa dépendance au gaz naturel. Selon Eurostat, leur part dans la consommation finale brute d’énergie de l’UE est passée de 21,9 % en 2021 à 26,2 % en 2025 (chiffre provisoire), encore loin de l’objectif de 42,5 % fixé pour 2030. Dan Jorgensen a par ailleurs annoncé que la Commission utiliserait la souplesse prévue par le règlement européen sur le stockage du gaz pour abaisser l’objectif de remplissage des réserves à 80 %, contre 90 % normalement au 1er décembre. Bruxelles veut ainsi alléger la pression immédiate sur les prix et éviter que les États membres se ruent tous en même temps sur le gaz pour remplir leurs stocks.

Les réserves européennes sont aujourd’hui remplies à environ 70 % en moyenne, un niveau « exceptionnellement bas » pour la saison selon Dan Jorgensen. Les écarts entre pays sont importants. La France, par exemple, a déjà rempli ses capacités de stockage à 82 %, tandis que l’Allemagne et les Pays-Bas affichent 57 %.

En parallèle, le commissaire appelle les États membres à réduire leur consommation de gaz et d’électricité, en particulier aux heures de pointe.

Source : Pixabay

Un assouplissement des règles sur le méthane

Toujours dans l’objectif de détendre le marché, le commissaire européen s’est également dit favorable à un assouplissement d’une réglementation européenne concernant les émissions de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂. Ce règlement impose aux importateurs de pétrole et de gaz de surveiller et de déclarer les émissions de méthane liées à ce qu’ils achètent.

Selon Dan Jorgensen, certains exportateurs, incapables de s’y conformer à temps, risquent de se détourner de l’Europe, ce qui entretiendrait la pression sur les prix. Il propose donc de repousser son application d’un an, de 2027 à 2028. Soutenu par la France, ce report doit encore être validé par les États membres et le Parlement européen.

Le texte était contesté de longue date par plusieurs pays producteurs d’hydrocarbures, États-Unis en tête. Dan Jorgensen assure pourtant que l’UE ne renonce pas à ses ambitions climatiques. Il présente ce report comme un moyen de calmer les marchés et de laisser un peu d’air aux États membres.

Dans le cas d’un hiver doux cette année, la pression sur les marchés pourrait être moins forte. Les dernières prévisions saisonnières de Copernicus, publiées le 10 septembre, annoncent pour l’instant un hiver plus doux que la moyenne sur presque toute l’Europe. Même dans ce scénario, quelques jours de grand froid suffiraient à faire bondir la demande de gaz, et les prix avec elle.


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