
Cela fait des années que l’on en entend parler. À partir de 2035, la vente de voitures thermiques doit normalement être interdite en Europe, sous l’impulsion de Bruxelles, qui veut réduire de 100 % les émissions de CO2 des autos neuves à cette échéance. Une mesure qui a fait grand bruit et qui a provoqué la colère de certains pays et constructeurs. C’est ainsi qu’un accord a finalement été trouvé entre la France et l’Allemagne, afin d’envisager un assouplissement de cette règle.
Le Parlement européen prépare sa propre version : le jeudi 22 octobre, ses commissions Industrie et Transports ont voté un texte fixant la barre à 95 %, qui pourrait descendre à 87,5 % grâce à l’acier vert européen. La commission Environnement doit voter début novembre, avant un vote en séance plénière attendu en décembre. Il faudra ensuite s’accorder avec les États membres.
Sur le papier, certains pourraient voir cet assouplissement comme une bonne chose, en pensant que ce rebondissement permettrait de sauver des emplois. Mais est-ce réellement le cas ? Eh bien, une étude de l’ICCT (Conseil international des transports propres), une organisation de recherche indépendante à but non lucratif, publiée ce mercredi 28 octobre, conclut l’inverse.

Dans un document de 58 pages, l’organisation explique pourquoi cet assouplissement des règles est une très mauvaise idée. Selon ses calculs, il pourrait coûter jusqu’à 185 000 emplois dans l’industrie automobile de l’Union européenne d’ici à 2035, soit une baisse pouvant atteindre 6 % par rapport à 2025. Pour arriver à ce chiffre, l’ICCT a modélisé trois scénarios.
Le premier évoque le maintien des règles actuelles, avec une interdiction du thermique en 2035. Dans ce cas, l’emploi resterait quasi stable (environ 2 % sous son niveau de 2025), car les nouveaux métiers compenseraient l’essentiel de ceux liés aux autos à combustion. Le deuxième table sur un maintien de cette mesure, mais avec un soutien à la production européenne, comme le souhaitent Volkswagen et Stellantis. Celui-ci aurait pour effet une hausse de 10 % des emplois sur le continent. Ce sont environ 320 000 emplois qui seraient créés par rapport à 2025.
Pourquoi une telle destruction d’emplois ?
Mais alors, qu’est-ce qui entraînerait une telle destruction d’emplois dans le 3e scénario, dans lequel les règles d’émissions seraient assouplies ? On pourrait penser que la réponse est simple : la production de voitures électriques nécessite moins de main-d’œuvre, tout comme leur entretien, en raison du nombre inférieur de pièces. Le problème se situe pourtant ailleurs.
Si l’Europe continue d’autoriser les ventes d’autos essence et diesel, les constructeurs ralentiraient leurs investissements dans l’électrique. Selon l’ICCT, le thermique sauverait des postes à court terme, mais les créations d’emplois ralentiraient dans la production de voitures électriques et de batteries, le recyclage et la recharge, pour un bilan net négatif. Or, cela permettrait à la Chine de prendre une énorme longueur d’avance.

Même avec des objectifs assouplis, la part de marché des VE devrait continuer à augmenter (les immatriculations de voitures électriques ont encore bondi de 73 % en septembre en Europe, comme le détaille Numerama). Les marques européennes risqueraient alors de vendre des autos zéro émission (à l’échappement) produites dans l’Empire du Milieu. Le tout au profit de la Chine, qui assure déjà une grande partie de la production mondiale, qu’il s’agisse des voitures ou des batteries. Dans le scénario où les objectifs sont repoussés de cinq ans, l’ICCT chiffre la baisse de l’emploi à 6 % en 2035 par rapport à 2025.
Les voitures électriques ne représenteraient alors 100 % des ventes neuves qu’en 2040. Aussi, l’organisme émet deux grandes recommandations. La première, et la plus évidente, est de maintenir les objectifs de réduction des émissions de CO2 initialement prévus, afin d’offrir une visibilité optimale aux constructeurs. La seconde est de soutenir la production européenne, grâce à des aides à la production ou à des règles imposant une part de fabrication locale, pour inciter les marques à fabriquer leurs autos chez nous.

Le report de cinq ans retenu par l’ICCT reste une hypothèse de travail, que l’organisation qualifie elle-même de « simplificatrice ». Il ne correspond exactement ni au texte de la Commission, ni à celui du Parlement. L’étude laisse aussi de côté d’autres facteurs qui pèsent sur l’emploi, comme l’automatisation des usines ou le contexte géopolitique. De quoi relativiser la précision du chiffre de 185 000. La conclusion prend en tout cas le contre-pied des constructeurs, qui voient justement dans l’objectif de 2035 la principale menace pour leurs effectifs.
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