
Le marché automobile change vite, et on le doit en grande partie à l’arrivée massive des marques chinoises, notamment en Europe. Ces dernières ont une force de frappe énorme et, surtout, une longueur d’avance sur les délais de conception : en Chine, il faut environ deux ans pour développer une nouvelle auto, contre trois à quatre ans habituellement en Europe. Le tout, avec des coûts environ 40 % inférieurs.
Face à cette concurrence, les constructeurs européens ont dû s’adapter. C’est le cas de Renault, qui a ouvert deux centres de R&D en Chine, notamment chargés de concevoir la nouvelle Twingo E-Tech. La firme au losange veut maintenant aller plus loin et revoir sa méthode. C’est ce qu’a expliqué Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault, interrogé par Numerama lors du Mondial de l’auto de Paris, qui s’est tenu du 12 au 18 octobre.

Il explique que Renault ne cherche plus à multiplier les modèles : la marque veut surtout améliorer ses autos existantes, tout au long de leur vie. Un peu comme le font les constructeurs chinois, qui sortent du traditionnel cycle lancement/restylage de mi-carrière/nouvelle génération. Le directeur général l’admet : « je me sens beaucoup plus à l’aise avec moins de renouvellement de carrosseries, mais un travail approfondi sur la durée ». Il refuse ainsi de se lancer dans la course aux nouvelles carrosseries.
Renault ne ferme pas pour autant le robinet des nouveautés. Son plan stratégique futuREady prévoit 36 nouveaux modèles pour le groupe d’ici à 2030, dont 16 entièrement électriques, avec une bonne part destinée aux marchés hors d’Europe (Inde, Corée du Sud, Amérique latine, Maroc, Turquie). Au Mondial, Fabrice Cambolive a aussi confirmé que la famille Scénic et Rafale serait renouvelée en 2028. En clair, le progrès continu s’ajoute à un calendrier de lancements toujours chargé.
Un développement plus court
La Twingo E-Tech a servi de banc d’essai à cette méthode. Elle a été développée en 100 semaines, soit environ deux ans, dans le cadre du programme Leap 100, avec une bonne partie de l’ingénierie menée au centre ACDC de Shanghai. Olivier Laik, directeur du programme des petits véhicules chez Renault, parlait alors de « deux ans seulement, contre trois à quatre ans habituellement ». Le groupe veut maintenant ramener à 100 semaines le développement de tous ses futurs modèles.
Renault veut désormais raccourcir le développement de tous ses modèles, quitte à les améliorer par la suite. Le constructeur souhaite miser sur des mises à jour logicielles à distance (OTA) pour garder ses autos d’actualité. Ces mises à jour permettent aussi de garder les modèles plus longtemps au catalogue, et donc de mieux les rentabiliser. La Twingo profite déjà de cette logique, côté équipement cette fois : elle a récemment eu droit au toit panoramique Twingobay, une option non ouvrante à 550 euros. Ce toit n’était pas prévu au départ : Renault l’a ajouté face au succès de la R4 Plein Sud.
D’ailleurs, Fabrice Cambolive en est convaincu : « Avec l’électrique, on est rentrés dans une pratique de progrès continu. On a des informations beaucoup plus immédiates sur le comportement de nos clients. Sur Twingo, on sait exactement le nombre de kilomètres qu’ils font, s’ils sont sur l’autoroute, combien de fois ils chargent par semaine. Cela nous permet d’ajuster très rapidement les caractéristiques du véhicule ». Et ce sans avoir besoin d’attendre un restylage ou une nouvelle génération, qui arriverait quelques années plus tard.

En procédant ainsi, la marque française veut jouer sur le même terrain que ses rivaux chinois. En parallèle, elle compte rendre ses autos électriques plus abordables, en misant plus que jamais sur la chimie LFP (lithium-fer-phosphate). Celle-ci équipe déjà la Twingo et la R5 E-Tech dans sa version Five, avec une batterie de 36,5 kWh, et la future R4 Jogging y aura aussi droit d’ici à la fin de l’année 2026. Mais Renault tient toujours à produire ses voitures en France et prévoit d’augmenter la cadence de 50 % au cours des 12 prochains mois.
Ce chiffre s’inscrit dans une hausse plus large. François Provost, directeur général de Renault Group, a annoncé sur franceinfo, à l’ouverture du Mondial, que la production du groupe en France augmenterait de plus de 25 % cette année grâce à ses voitures électriques. Il prévoit aussi plus de 10 milliards d’euros d’investissements dans l’Hexagone sur les cinq prochaines années, à condition que la France reste stable sur le plan politique et financier.
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