Prix en baisse, carburant en hausse : rouler en voiture électrique coûte 33 % de moins qu’une thermique en Europe

 
Acheter et surtout rouler en voiture électrique revient désormais moins cher que le thermique en Europe. C’est le principal enseignement du dernier bilan annuel de l’ICCT, et il tombe pile au moment où le prix de l’essence flambe.
Renault Twingo E-Tech // Source : Thomas Cortesi / Cetadi Prod pour Renault

L’ICCT, une ONG spécialisée dans les transports propres, a publié ce lundi 7 septembre son EV Transition Check, l’état des lieux annuel de l’électrification européenne. En Allemagne, plus gros marché du continent, le prix d’achat réel d’une voiture 100 % électrique a reculé de 18 % entre 2020 et 2025, une fois neutralisées l’inflation et la montée en gamme des modèles. Dans le même temps, le coût des batteries a plongé de 35 % quand les thermiques prenaient 2 %.

Pourquoi l’Allemagne ? Parce que c’est le marché le mieux documenté, et que la tendance vaut pour tout le continent. Peter Mock, directeur Europe de l’ICCT, souligne que les prix ont moins baissé que les batteries : il reste donc, selon lui, « de la marge pour une baisse supplémentaire » dans les années à venir. On n’a sans doute pas fini de voir les étiquettes reculer. En France aussi, le prix moyen d’une électrique neuve baisse enfin, et l’écart avec le thermique se resserre.

Rouler électrique coûte un tiers de moins

L’achat n’est qu’une partie de l’histoire, et à l’usage l’écart se creuse encore. En 2025, faire rouler une électrique, rechargée pour partie à domicile et pour partie sur borne publique, coûtait en moyenne 33 % de moins qu’un thermique équivalent, selon l’ICCT. « Difficile de passer à côté de ces économies », résume Marie Rajon Bernard, autrice principale de l’étude.

Mercedes-Benz CLA Shooting Brake // Source : Jean-Baptiste Passieux – Frandroid

Le contexte n’y est pas pour rien : depuis fin février 2026, la flambée des cours du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient a renchéri le carburant. L’Agence internationale de l’énergie, citée par l’AFP, calcule même que la hausse du brut a gonflé de 35 % les économies annuelles de carburant d’un conducteur électrique dans l’Union en avril 2026.

Bout à bout, ces économies renversent un vieux réflexe. Pour beaucoup de profils, garder sa vieille essence coûte désormais plus cher que de passer à l’électrique. On est loin de la Peugeot iOn hors de prix des années 2010 : le calcul, aujourd’hui, tient sur un coin de table.

L’Europe bascule, la France en pointe

Cette bascule se lit aussi dans les usines. La part des motorisations thermiques dans la production automobile européenne est passée de 91 % en 2020 à 72 % en 2025, tandis que l’électrique atteignait 19 % de la production.

Côté ventes, le 100 % électrique a pesé 22 % des immatriculations de voitures neuves en Europe au premier semestre 2026. La France fait mieux que la moyenne, à 28 %, comme l’Allemagne à 26 %. Le Danemark caracole à 80 %, pendant que l’Italie et l’Espagne traînent à 8 et 10 %.

100 000 Renault 5 E-Tech // Crédit : Renault

En France, la dynamique s’est même emballée cet été. En août 2026, l’électrique a signé un record à 38,2 % des immatriculations neuves – dopé, il est vrai, par le retour du leasing social et par un carburant hors de prix.

Une bonne partie de cette offre vient des constructeurs chinois, désormais installés dans le top mondial avec BYD, qui alignent des modèles agressifs sur les prix. La carte industrielle se redessine d’ailleurs sur place : le chinois Chery lorgne l’usine historique de Nissan à Sunderland pour produire directement en Europe, alors que Stellantis va ouvrir ses usines à Dongfeng en France et Leapmotor en Espagne.

Moins de pétrole importé, l’objectif 2035 en toile de fond

Au-delà du portefeuille des ménages, l’ICCT chiffre les bénéfices collectifs. L’électrification du transport routier ferait déjà économiser 4,5 milliards d’euros par an d’importations d’énergies fossiles à l’Union européenne.

À l’échelle mondiale, le parc électrique a évité environ 1,7 million de barils de pétrole par jour en 2025, d’après l’Agence internationale de l’énergie. L’électrique n’efface pas tout pour autant, entre fabrication des batteries, pneus et recyclage, et l’industrie planche sur des composants moins polluants pour réduire l’empreinte restante.

La Cupra Raval et la Volkswagen ID. Polo sont produites à Martorell en Espagne // Source : Volkswagen Group

En toile de fond, il y a la boussole fixée par Bruxelles : la fin des ventes de voitures thermiques neuves en 2035, un objectif que la Commission a proposé fin 2025 d’assouplir à 90 % de réduction des émissions plutôt que 100 %. Avec 22 % d’électrique aujourd’hui en Europe, le chemin reste long. Mais la pente, elle, est enfin dans le bon sens.

Pour qui hésite encore, l’arbitrage financier penche donc de plus en plus vers l’électrique, surtout si vous roulez beaucoup et rechargez à la maison. Ceux qui font peu de kilomètres ou dépendent uniquement de la borne publique y gagneront moins, tant que les tarifs de recharge restent aussi disparates. Sur la tendance de fond, en revanche, le débat est à peu près clos.


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