Cacher la caméra ADDW qui surveille votre regard en voiture : légal ou pas, ce que ça déclenche et ce qu’on risque vraiment

 
Depuis le 7 juillet, une caméra scrute le regard du conducteur dans chaque voiture neuve vendue en Europe. Certains envisagent déjà de la masquer, mais mieux vaut connaître les conséquences avant de sortir le rouleau de scotch.

Vous avez déjà réfléchi à coller un bout de scotch sur la webcam de votre ordinateur portable ? Le geste ne coûte rien, rassure, et personne n’a jamais reçu d’amende pour ça. Avec l’arrivée des caméras désormais obligatoires dans les voitures neuves, le réflexe migre logiquement vers l’habitacle. Sauf qu’une voiture homologuée n’est pas un PC portable, et que le petit carré d’adhésif y déclenche une mécanique un peu plus lourde.

Ce sujet s’inscrit dans un contexte très particulier. Le système ADDW, imposé par le règlement européen GSR2 à toutes les immatriculations neuves depuis le 7 juillet 2026, s’appuie sur une caméra tournée vers le conducteur qui suit la direction du regard dès 20 km/h.

Le cadre technique de tout cela vient du règlement délégué (UE) 2023/2590, qui complète le règlement GSR2 (2019/2144). Ce texte impose aussi que le système fonctionne sans s’appuyer sur des données biométriques permettant d’identifier le conducteur : la caméra observe le regard, elle ne fiche personne.

Six secondes avec les yeux hors de la route entre 20 et 50 km/h, ou 3,5 secondes au-delà, et la voiture bipe, clignote ou fait vibrer le siège. On a déjà vérifié que ces images ne partent pas alimenter la publicité : le traitement reste local, sans stockage ni transmission. Une question plus terre à terre se pose alors : et si on la recouvrait, tout simplement ?

Le scotch fonctionne, la voiture s’en aperçoit

Techniquement, oui, un cache opaque aveugle la caméra, infrarouge compris. Mais le règlement délégué 2023/2590, qui fixe les exigences techniques de l’ADDW, impose aussi la détection des défaillances : un système qui ne voit plus rien doit le signaler au conducteur. Un voyant d’anomalie peut alors s’installer durablement au tableau de bord.

Sur les modèles où cette même caméra vérifie l’attention pour la conduite assistée, régulateur adaptatif avec centrage dans la voie en tête, masquer l’objectif peut aussi priver de ces fonctions.

L’opération est d’autant plus vaine que le texte autorise déjà, selon le choix du constructeur, une désactivation manuelle du système ou de ses alertes à chaque trajet. Le système se réactive au démarrage suivant, mais le bouton reste plus propre que l’adhésif.

Aucune amende, mais voici les deux points de friction

Côté sanctions, le vide est presque total. Aucune infraction du Code de la route ne vise spécifiquement le conducteur qui masque sa caméra : l’obligation d’équipement pèse sur le constructeur au moment de l’homologation, pas sur l’automobiliste au quotidien. Deux points de friction subsistent malgré tout.

D’abord le contrôle technique : le règlement européen prévoit que le bon fonctionnement de l’ADDW doit pouvoir être vérifié lors des contrôles de conformité, et un système en défaut permanent pourrait y être relevé, même si la France n’a pas encore précisé comment ce défaut serait classé. Ensuite l’assurance : en cas d’accident, un équipement de sécurité volontairement neutralisé pourrait alimenter une discussion sur les responsabilités, un terrain que les assureurs connaissent bien. Rien d’automatique ni de chiffré à ce stade, mais personne n’a envie d’ouvrir ce genre de discussion avec son assureur après un accident.

Masquer la caméra marche donc, coûte trois centimes et ne viole aucune règle clairement établie aujourd’hui. On y perd surtout des aides à la conduite, et on récolte peut-être un voyant orange à vie et une zone grise au contrôle technique, le tout pour neutraliser un système qui, en l’état, ne stocke rien et n’envoie rien.


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