Bouygues Telecom a lancé ses premières expérimentations dédiées à la 5G en conditions réelles. C’est par le biais de quatre exemples concrets que nous pouvons découvrir les avantages de la future technologie.

On commence enfin à comprendre ce qu’est la 5G, l’élusive nouvelle technologie qui prendra d’assaut nos réseaux mobiles. Au besoin, vous pouvez toujours faire un petit rattrapage. Ceci étant, nous n’avions pour le moment connu que des tests très techniques et théoriques montrant par exemple l’amélioration du débit comme chez SFR.

Finie la théorie pour Bouygues Telecom : l’opérateur profite du lancement de ses deux premiers sites tests pour nous offrir 4 exemples « en conditions réelles » de l’intérêt de la 5G.

Les « conditions réelles »

Évidemment, Bouygues Telecom a déployé une infime partie de son futur réseau 5G pour son test. Profitant des fréquences débloquées par l’ARCEP pour effectuer ses tests, l’opérateur a tout simplement ouvert deux sites à Bordeaux et Mérignac.

Sur ces deux sites sont déployés des équipements, fournis par Huawei, qui sont similaires à ceux destinés à équiper la France entière. Reliés entre eux, ils ont permis un premier test aujourd’hui « en conditions réelles » des capacités de la 5G.

Ce réseau 3GPP R15 NSA permettra à Bouygues Telecom de tester plusieurs configurations afin de trouver la meilleure pour le véritable déploiement commercial de la 5G, toujours prévu en 2020.

Dans ces conditions, l’opérateur a réussi à stabiliser sa connexion avec un débit descendant de 2,3 Gb/s, un débit montant de 260 Mb/s et une latence située entre 7 et 8 ms. Si les promesses sont bien tenues, la latence reste tout de même un peu élevée. On nous assure cependant qu’il ne s’agit que d’un premier test et que les configurations futures auront évidemment pour but de réduire cette latence. À titre informatif, la latence d’une connexion 4G se situe généralement entre 20 et 30 ms : nous sommes donc tout de même sur une belle évolution.

Ces deux sites ne sont pas les seuls prévus. Dans la région bordelaise, Bordeaux, Mérignac et Le Bouscat auront le droit à leurs sites pour dix sites actifs prévus pour la fin 2018. Début 2019, on nous promet « plusieurs dizaines » de sites d’expérimentation à Bordeaux, Lyon et en Île de France.

4 exemples concrets d’utilisation

Pourquoi utiliser la 5G ? À cette question, Bouygues Telecom a répondu aujourd’hui par le biais de 4 exemples concrets réalisés sous nos yeux.

Conduire à distance

Le premier d’entre eux était la possibilité de conduire à distance une voiture téléguidée située à Mérignac à environ 10 km de là. Deux voitures étaient disponibles : l’une connectée par le biais de la 5G, l’autre par la 4G.

La diminution de latence est nettement perceptible sur cet exercice, puisque l’on peut voir que la commande (un tour sur le volant par exemple) est bien plus rapidement transmise en 5G à la voiture (qui effectue l’action) qu’elle ne l’est sur la voiture en 4G. Le but de l’exercice ? Prouver l’amélioration de la latence, mais aussi souligner que les véhicules autonomes sont au cœur des préoccupations.

Réparer à distance

Le deuxième exercice présenté a été réalisé en partenariat avec HoloForge Interactive, division du studio bordelais Asobo en charge des expérimentations autour du casque HoloLens de Microsoft et de la réalité augmentée d’ordre général.

L’application montrée n’était autre que « 5G Remote Expert », qui utilise le haut débit et la latence réduite de la 5G en combinaison du casque de réalité augmentée afin de permettre à des techniciens et des experts de réaliser des opérations de maintenance à distance.
Le technicien sur place peut ainsi être suivi par un expert à distance qui pourra lui pointer du doigt un souci technique et lui transmettre des documents et directives pour résoudre un problème soulevé.

Bien que d’apparence simple, cette démonstration montrait une conversation vraiment naturelle et un affichage excellent. Trop de latence aurait tout simplement criblé cet échange de temps de pause pour les deux interlocuteurs, ce qui ne fut pas le cas. De même, un trop bas débit aurait nui à la lisibilité des informations vues en vidéo par l’expert.

Soigner à distance

Dans le même ordre d’idée, la troisième expérience faisait cette fois-ci appel à Nomadeec, une société bordelaise partenaire de Holoforge qui utilise elle aussi le HoloLens pour mettre en lien une personne sur place et un expert éloigné dans le domaine… de la médecine.

Un urgentiste pourrait ainsi être guidé par un médecin à distance afin d’administrer les premiers soins sur une situation urgente. Si une solution similaire existe déjà actuellement par l’utilisation des tablettes, Nomadeec argumente que son outil est bien plus sain à utiliser, et laisse qui plus est libres les mains du médecin.

Diffuser en direct 10 flux 4K

La dernière démonstration montre plus les muscles qu’elle ne fait appel au cerveau. Une voiture équipée de 10 caméras 4K nous a diffusé en direct le flux de chacune d’entre elles alors qu’elle avançait lentement sur un chemin, applaudie par les employés de Bouygues du même temps.

Selon Jean Paul Arzel, directeur du réseau Bouygues, ces flux réclamaient chacun un peu plus de 20 Mb/s soit un total aux environs des limites d’upload constatées aujourd’hui.

Si le flux vidéo paraissait bien au plus proche du direct et en très bonne qualité, nous n’avons pas pu totalement creuser la question de par l’éloignement des TV de démonstration. Reste que la qualité était bien supérieure à ce que peut proposer proprement de la 4G actuellement, particulièrement avec autant de flux simultanés.

Un déploiement plus lent

Quand pourra-t-on profiter de toutes ces nouveautés ? Le message ne change pas : l’exploitation vraiment commerciale de la 5G, à destination des consommateurs donc, ne sera pas vraiment lancée avant 2020. C’est d’ailleurs pour cela que les exemples montrés aujourd’hui sont principalement des exemples concernant les entreprises plus que les utilisateurs communs.

C’est là l’un des problèmes de la 5G pointé du doigt par Olivier Roussat, le PDG de Bouygues Telecom, qui argumente que « le déploiement ne sera pas aussi rapide que la 4G » pour la simple raison que les apports de la technologie ne sont pas aussi visibles qu’ils ne pouvaient l’être lors de l’arrivée de la 4G. Ainsi, les industriels seront les premiers attirés, avant que les grands centres-ville en profitent pour décongestionner les réseaux.

Déployer la 5G sera cependant un chantier aussi considérable que pour la 4G, les antennes devant être implantées sur le territoire français de la même manière que le réseau précédent. Bouygues prévoit de continuer un « programme comparable à celui de la 4G » en la matière, et indique d’ailleurs que l’investissement de Bouygues Telecom sur son réseau ne sera pas nécessairement impacté par la situation puisque cette action ne fait que « maintenir l’investissement ».

Ce qui veut dire maintenir les mêmes prix finaux pour les clients à l’arrivée commerciale de la 5G ? Ou encore qu’un retour à trois opérateurs n’aurait pas d’impact ? À ces deux questions, Olivier Roussat répond qu’il est encore trop tôt pour en parler.

Un accélérateur pour le futur

Ces expériences avec la 5G ne sont que les premières à être effectuées, les plus « basiques » quelques parts. Si la première partie du déploiement de la 5G sera focalisée sur l’augmentation du débit et la réduction de la latence, la seconde partie est la plus intéressante puisqu’elle se focalisera sur l’IoT – Internet of Things, ou les objets connectés.

Cette partie est, de l’aveu de Bouygues Telecom, la plus mystérieuse puisqu’il n’est pas totalement possible de prédire les usages qui naîtront de la 5G. Aussi, l’entreprise a décidé de fonder un nouvel incubateur : le SmartX_5G. Celui-ci concerne l’intégralité du groupe Bouygues, et aura pour objectif de faire profiter de la 5G à l’intégralité des acteurs du groupe. Ce n’est pas tout, puisqu’il accueillera aussi des partenaires, des clients, des start-up et même la recherche académique, afin de trouver ces fameux nouveaux usages que pourrait permettre la 5G.

Cependant, cet incubateur n’est pas conçu afin de développer une stratégie de contenus exclusifs comme peuvent le faire SFR ou Orange. Selon un porte-parole de la marque, Bouygues a toujours pour vocation d’être ouvert et continuera de considérer l’infrastructure réseau comme son métier. À titre de comparaison, Orange se tourne vers les assistants personnels quand SFR a toute une stratégie de contenus presse et vidéo. La neutralité du net nous est également mentionnée comme importante pour Bouygues Telecom. L’accélérateur SmartX_5G n’a donc ainsi pour vertu que d’être agitateur et d’expérimenter avec plusieurs partenaires.

En étant le premier opérateur à nous présenter des exemples concrets d’utilisation de la 5G, Bouygues a réussi un effet d’annonce efficace aujourd’hui qui permettra aux moins imaginatifs de comprendre l’intérêt de la prochaine génération des réseaux. Ceci étant, alors qu’Orange a annoncé aujourd’hui son propre site d’expérimentation, c’est surtout sa philosophie qui pourrait le faire sortir du lot.

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