Depuis quelques années, OneOdio occupe une place singulière dans le paysage audio. Fondée en 2013, la marque s’est taillé une niche auprès des DJ amateurs et des créateurs de contenu, avec des produits semi-professionnels vendus à des tarifs que les références établies, Audio-Technica ou Sennheiser en tête, ne peuvent pas se permettre. Avec le Studio Max 2, elle tente un pari plus audacieux encore : démocratiser la basse latence sans fil, à une époque où DJ et producteurs sont de plus en plus nombreux à réclamer la liberté des casques sans-fil sans sacrifier la précision du filaire.
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L’argument central tient dans une puce propriétaire couplée à un petit transmetteur USB 2,4 GHz. Branché sur l’interface audio ou le PC, ce dongle établit une liaison distincte du Bluetooth classique et fait tomber la latence à 9 ms, contre 20 ms sur le Studio Max premier du nom, sorti deux ans plus tôt. Je rappelle que le seuil de perception d’un décalage audio se trouve généralement entre 20 et 30 ms pour la plupart des auditeurs.
Descendre à 9 ms, c’est entrer dans la zone du quasi-imperceptible, et cela change fondamentalement la proposition de valeur d’un casque sans fil. L’association avec KSHMR, producteur américain d’origine indienne devenu une figure culte du circuit électro mondial, ajoute une caution créative à l’ensemble. Même si, on le verra, l’empreinte du DJ sur la signature sonore soulève quelques questions.
OneOdio Studio Max 2Caractéristiques techniques
| Modèle | OneOdio Studio Max 2 |
|---|---|
| Typologie | casque circum-aural |
| Diamètre des transducteurs | 45 mm |
| Poids du casque | 350 g |
| Fiche produit |
OneOdio Studio Max 2Un déballage qui mise sur l’effet
Une fois n’est pas coutume, avant de m’attarder sur le design du casque, l’examen de l’application, le rendu audio et l’autonomie, il faut que j’évoque la housse de transport. En effet, le déballage donne le ton. L’emballage adopte le système de la double boîte, un fourreau extérieur se retirant pour révéler le coffret principal. C’est volontairement clinquant, et cela fonctionnerait plutôt bien si l’on n’avait pas l’impression, passé les premières secondes, que la mise en scène cherche un peu trop fort à convaincre.

À l’intérieur, en revanche, difficile de crier au vide. Outre le casque replié dans sa housse rigide en polymère thermoplastique moulé, on trouve le transmetteur M2, un câble USB-C de recharge, un câble jack 3,5 mm droit accompagné de son adaptateur 6,35 mm vissable, et un câble spiralé de trois mètres, indispensable pour se brancher directement sur une table de mixage.
OneOdio a même prévu une prise jack de chaque côté des oreillettes, ce qui autorise le chaînage de plusieurs casques, lors d’un cours de DJing par exemple. L’ensemble est pensé pour un usage réellement professionnel.

Seule fausse note : la housse rigide, franchement surdimensionnée. Elle occupe autant de place qu’un dictionnaire dans un sac à dos, ce qui la rend peu compatible avec un usage vraiment nomade. Pour un casque qui se rêve aussi en compagnon de voyage, c’est un choix discutable.
OneOdio Studio Max 2Design : studio assumé, finition perfectible
Le Studio Max 2 assume pleinement son esthétique de casque de DJ. Grand, noir, doté d’oreillettes circum-aurales fermées qui pivotent à 180° d’un geste du poignet — le fameux monitoring à une oreille qu’affectionnent les DJ en plein set —, il coche tous les codes du genre avec une vraie cohérence visuelle. Posé sur la tête, il impose une présence physique impossible à ignorer. Le casque n’est pas discret, et il ne cherche pas à l’être.

Là où le bât blesse, c’est dans les détails de fabrication. La construction est entièrement en plastique mat, et les lignes de moulage restent visibles sur les coques comme sur l’arceau. Ce niveau de finition, acceptable sur un casque à 80 euros, devient difficile à excuser sur un produit frôlant les 190 euros.

L’arceau intègre certes une armature métallique rassurante pour la durabilité, mais sa mousse de protection est trop fine pour les longues sessions — j’y reviendrai.

Les coussinets, eux, sont la partie la mieux aboutie du châssis. Ils sont en similicuir à mémoire de forme, généreux, ils enveloppent complètement l’oreille avec une douceur réelle.

L’extérieur des oreillettes fait probablement un clin d’œil aux disques vinyles avec un sillon circulaire, d’un assez bel effet

L’oreillette droite contient tous les boutons de contrôle : la touche texturée pour l’allumer et de part et d’autre ceux qui permettent de gérer le volume ; le bouton poussoir pour passer du mode Bluetooth au mode ULL (Ultra Low Latency) et la prise USB-C pour recharger la batterie du casque.
L’ergonomie est bien pensée, notamment avec la texture du bouton d’allumage donc facile à trouver à tâtons.
Confort : bien parti, mais l’endurance manque un peu
Les coussinets à mémoire de forme offrent un port relativement agréable. L’oreille est bien enveloppée, la pression latérale mesurée, et l’on sent que OneOdio a fait de vrais efforts sur ce point. Lorsqu’on porte le casque plus qu’une heure, les choses se compliquent un peu. Avec environ 350 grammes sur la balance, le casque n’est pas un poids plume, et la mousse de l’arceau, trop fine, trop peu compressible, finit par créer un léger point de pression au sommet du crâne difficile à ignorer en session prolongée.

Pour un casque destiné aux professionnels du son ou aux DJ de longue haleine, c’est le chantier prioritaire de la prochaine génération. Cependant, il faut aussi nuancer en disant qu’un DJ peut avoir à enlever régulièrement le casque ou à le déplacer sur le côté d’une de ses oreilles pour capter l’ambiance et son mix en live.

L’isolation passive est assez cohérente pour un circum-aural fermé. Mais si vous êtes vraiment exigeant, vous vous attendez peut-être à ce qu’un tel casque protège l’oreille du son ambiant d’une scène, d’un retour, d’un public. Or, le Studio Max 2 laisse filtrer les pas mal de bruits environnants — clavier mécanique, conversation voisine. OneOdio a manifestement optimisé les coussinets pour le confort immédiat, au détriment de la véritable isolation acoustique que l’on est en droit d’attendre à ce niveau de gamme. Rappelons que le casque n’a aucune fonction de réduction de bruit active.

OneOdio Studio Max 2Application et connectivité : riches, mais avec des angles morts
Côté connexion, le Studio Max 2 est l’un des casques les plus polyvalents que j’ai testés ces derniers mois. Bluetooth 6.0 avec les codecs SBC, AAC et LDAC jusqu’à 990 kbps, mode basse latence via le dongle M2 en 2,4 GHz, ou tout simplement filaire via les prises 3,5 mm et 6,35 mm présentes sur chaque oreillette : les options sont là, prêtes à s’adapter à n’importe quel environnement de travail. On passe d’un mode à l’autre via un petit sélecteur physique sur l’oreillette droite, dont le clic aurait mérité un peu plus de fermeté, mais qui fait le travail.
L’application OneOdio, disponible sur Android et iOS, est plus fournie qu’on ne l’attendrait à ce niveau de prix. Égaliseur dix bandes, trois présélections (Musique, Bass Boost, Monitoring), réglage de balance stéréo, limiteur de volume et même une fonction « Retrouver mon casque ». Il y a également une fonction de rappel de port prolongé (pour vous envoyer une notification lorsque vous portez trop longtemps l’appareil) et une mise en mode hors tension automatique. Le commutateur LDAC oblige à choisir entre le double appairage (multipoint Bluetooth) et la haute résolution.
La connexion est immédiate tout comme le déclenchement de la lecture via Bluetooth. Notez que les annonces vocales sont uniquement disponibles en chinois ou en anglais.
OneOdio Studio Max 2La latence : la vraie innovation du produit
C’est ici que le Studio Max 2 abat sa carte maîtresse, et il faut lui rendre cette justice : elle est réelle. Le transmetteur M2 exploite la bande des 2,4 GHz pour établir une liaison hors protocole Bluetooth et affiche une latence de 9 ms que j’ai pu vérifier sur plusieurs configurations : en retour de monitoring sur une interface audio, en lecture sur DAW et en jeu vidéo. Dans les trois cas, le décalage est imperceptible à l’oreille. Pour un casque sans fil, c’est une performance presque troublante.

En comparaison, le Bluetooth introduit encore plusieurs dizaines de millisecondes de retard structurel, quelle que soit la qualité des composants. Pour un DJ en plein set ou un producteur qui surveille sa voix en temps réel, cette différence n’a rien de cosmétique car elle change concrètement la façon de travailler. Face au Studio Max 1 et ses 20 ms, le bond est net, d’autant que le débit du flux passe dans le même temps de 160 à 400 kbps, au bénéfice de la fidélité du rendu en mode basse latence.

Il faut toutefois mentionner que j’ai eu droit à de rares micro-coupures lors de sessions prolongées. Elles surviennent surtout au-delà de six à sept mètres de la source, ou en présence d’un trafic Wi-Fi dense : dans un appartement urbain saturé de réseaux, le phénomène est plus fréquent qu’en rase-campagne. Rien de rédhibitoire, mais cela nuance légèrement l’expérience.
OneOdio Studio Max 2Le son : une signature qui peut diviser
Si la latence est un argument de poids pour ce casque, la partie audio est plus discutable et pour une bonne raison : le Studio Max 2 ne sonne pas comme la majorité des casques de sa gamme. Le parti pris de KSHMR est celui d’une signature en V marquée côté aigu, taillée pour les textures électroniques de la dance music à haute énergie.
Dans ce domaine précis, le rendu est réellement enthousiasmant car j’ai pu constater que les synthétiseurs s’envolent avec une clarté quasi chirurgicale, les charlestons claquent avec une précision que les casques grand public lissent souvent, et les empilements de fréquences d’un build EDM gagnent une lisibilité qui peut surprendre.

Mais dès que l’on sort du périmètre prévu par le producteur, les fissures apparaissent. Sur un morceau de Massive Attack, par exemple, la voix recule derrière une nappe de bas-médiums brouillonne et se perd dans un espace stéréo mal défini. Sur du jazz acoustique, j’ai trouvé que le piano perdait de sa rondeur naturelle et la contrebasse son corps. Sur certains titres de métal symphonique, j’ai même eu l’impression que les cymbales submergeaient littéralement le reste du mix, transformant une production soignée en un mur d’aigus difficilement supportable. L’égaliseur de l’application permet de corriger en partie ces excès, mais un casque à ce tarif ne devrait pas exiger d’intervention pour sonner juste.
En filaire, le Studio Max 2 sonne nettement mieux. Le grave gagne en définition, le médium se stabilise, et l’ensemble recouvre une cohérence que l’on peut envisager pour un monitoring approximatif de maquette. C’est dans ce mode que les (larges) transducteurs de 45 mm révèlent leur vrai potentiel — un peu dommage pour un casque qui se vend d’abord sur le sans-fil. Signalons enfin un volume minimum anormalement élevé, même au réglage le plus bas mais peut-être est-ce volontaire vu l’environnement dans lequel il est censé jouer : les clubs et autres soirées. Sinon, j’ai apprécié l’isolation passive apportée par les coussinets.
La courbe de fréquences : ce que disent les mesures
La courbe de réponse en fréquences que j’ai mesurée est éloquente, et elle confirme ce que l’on ressent dès les premières secondes d’écoute. Ainsi, la réponse reste dans une plage de variation relativement contenue, environ plus ou moins 5 dB sur l’essentiel du spectre entre 80 Hz et 10 kHz, ce qui pourrait laisser croire à une restitution équilibrée. C’est pourtant dans les détails de cette courbe que l’on voit la philosophie sonore du casque.

Le sub-bass, sous 60 Hz, manque d’énergie : le grave profond manque de fondation, ce qui se traduit par une assise physique difficile à sentir sur les morceaux à kick. La bosse autour de 80 à 100 Hz, bien présente, apporte un impact dans le bas-grave qui donne l’illusion d’un son « puissant » sur certains genres, mais qui manque de définition. Le médium, entre 300 Hz et 1 kHz, accuse un léger creux qui recule les voix et les instruments acoustiques dans la perspective stéréo.
Enfin, la montée dans les hauts-médiums et la zone de présence au-delà de 5 kHz est prononcée : c’est elle qui confère au casque ce caractère tranchant, parfois agressif, typique de la signature KSHMR. Beaucoup d’air, beaucoup de détail sur les phases transitoires, mais une fatigue auditive qui s’installe plus vite qu’on ne le souhaiterait en longue session de mixage.
OneOdio Studio Max 2Les appels, il fait le job
Malgré son marquage « studio », le casque est bien entendu capable de servir de kit mains-libres. Pour cela, il est doté de deux microphones avec réduction de bruit environnemental (ENC), et l’expérience s’avère honnête sans transcender. Dans le calme d’un bureau, mes interlocuteurs m’ont entendu clairement, sans effet « fond de tunnel » ni hachage.
Dès que l’on sort dans la rue, en revanche, la captation montre ses limites : la voix reste intelligible, mais le traitement laisse filtrer une partie du trafic et rabote les nuances, donnant à la parole un grain légèrement compressé.

Rien de honteux pour un casque qui n’a jamais prétendu jouer dans la cour des spécialistes, mais on est loin de la netteté d’un casque grand public optimisé pour les appels. À la rigueur, c’est un dépannage convaincant pour un coup de fil entre deux morceaux car ce n’est pas l’outil que l’on choisira pour enchaîner les visios professionnelles en mobilité.
OneOdio Studio Max 2Autonomie : tellement énorme qu’on oublie le chargeur
OneOdio annonce 120 heures en Bluetooth et 50 heures en mode basse latence. Des chiffres qui semblent relever de la science-fiction, mais qui collent à la réalité de l’usage : à plusieurs reprises pendant le test, j’ai oublié de recharger le casque pendant plusieurs jours d’utilisation consécutifs sans que l’indicateur de batterie ne s’affole.
Dans les faits, on finit par ne plus y penser, ce qui est précisément l’objectif pour un outil de travail. Attention, il faut cependant ne pas oublier de recharger non seulement le casque mais également le transmetteur. Comptez, dans le premier cas 2h30 et environ 2h pour le deuxième élément. Bonne nouvelle, la charge rapide permet d’avoir environ 9h d’écoute après seulement 5 min branché.
OneOdio Studio Max 2Date de sortie, prix et concurrence
Disponible à 189,99 euros, le Studio Max 2 se retrouve dans une zone de prix inconfortable. En effet, il coûte plus cher que les références filaires du monitoring que sont l’Audio-Technica ATH-M50x et le RØDE NTH-100, deux casques à la signature nettement plus neutre, à la construction plus soignée et à la réputation d’outil de travail établie de longue date — mais qui vous laissent, eux, attachés à votre câble. Autrement dit, personne ne fait exactement la même chose que OneOdio à ce prix et c’est peut-être là qu’il veut tirer son épingle du jeu.





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