Et l’iPhone X fût, donc. Le smartphone le moins surprenant de toute l’histoire d’Apple — on savait déjà à peu près tout sur lui — est enfin officiel. Malgré les nombreuses fuites qui ont gâché la surprise du lancement, Apple l’a joué comme si de rien n’était, le plaçant comme jamais dans la lignée de l’iPhone original. Soigné et performant, le dernier bébé d’Apple l’est indéniablement. On ne peut toutefois pas s’empêcher de penser qu’à force de surjouer son avance sur ses concurrents et sa descendance d’un smartphone qui avait, lui, véritablement des années d’avance, l’iPhone X paraît ne pas tout à fait aller au bout de son potentiel.

Devancer le palet

Pour conclure la présentation de son iPhone X, Phil Schiller s’est fendu de la fameuse citation du hockeyeur Wayne Gretzky, chère à Steve Jobs et aux fans d’Apple : « je ne patine pas vers l’endroit où le palet se trouve déjà. Je patine vers l’endroit où il va être ! » Peu de produits dans l’histoire du constructeur, à part peut-être le Macintosh original, symbolisent mieux cette phrase que le premier iPhone. Tout, dans l’iPhone « 1 », pointait vers de nouvelles directions, laissant les autres constructeurs sur le carreau, sans qu’on s’en rende compte forcément sur le coup.

D’où les réactions médusées de nombreux analystes qui ne lui prédisaient aucun avenir, les sarcasmes de Steve Ballmer, ou l’incrédulité des cadres de BlackBerry qui, dit l’histoire, pensaient que le terminal et ses interactions relevaient des effets spéciaux et du bidonnage, tant il leur paraissait impossible que l’iPhone, tel qu’il était présenté par un Steve Jobs survolté, puisse être vrai.

Évolution et stagnation

Que l’on soit amateur ou détracteurs des produits Apple, on ne peut que reconnaître à la firme de Cupertino d’avoir complètement changé le visage de la mobilité, pas forcément en étant les premiers à adopter une technologie ou une fonctionnalité, mais souvent en étant les meilleurs pour combiner ces innovations et exploiter leur potentiel au sein d’un même produit. Néanmoins, pour reprendre l’analogie du patinage et du hockey sur glace, Apple a tout de même passé pas mal de temps, ces cinq dernières années, à rattraper des palets qu’elle n’avait pas vu lui filer sous le nez.

L’exemple le plus flagrant est la diversification des tailles d’écran. Passant complètement à côté des succès de constructeurs comme Samsung en la matière, s’entêtant dans l’idée qu’un smartphone doit forcément être utilisable à une main, Apple a fini par faire sauter les barrières avec les iPhone 6 et 6 Plus, en 2014, soit trois ans après les Galaxy Note ou Galaxy Nexus. Et c’était pour stagner à nouveau. Le design, vieux de trois ans, est reconduit sur les iPhone 8 et 8 Plus. Mêmes tailles d’écran, mêmes résolutions, et mêmes bordures qui paraissent aujourd’hui gigantesques.

iPhone X : Apple réinvente l’iPhone ?

Avec l’iPhone X, le message que veut délivrer Apple est clair : voilà l’iPhone qui remet des années dans les jambes de ses concurrents, le vrai successeur de l’iPhone original. On peut d’ailleurs s’étonner du fait qu’il soit présenté en même temps que les 8 et 8 Plus qui brouillent un peu la communication, mais soit. Le chiffre X est là pour marquer le coup et la présentation dans le nouveau Steve Jobs Theater multiplie les références à l’ombre du cofondateur d’Apple et à sa mythique révélation de 2007.

C’est un exercice délicat de parler d’un produit qui vient d’être annoncé et je précise que ce que j’expose ici ne remet pas en cause les qualités, sans aucun doute réelles, du nouvel iPhone. Le 3 novembre, on s’émerveillera sans doute devant la qualité de l’écran, la réactivité de FaceID — si ça marche mieux que lors de la première démo — ou les performances de la puce A11 Bionic.

Mais je n’y peux rien : quand je regarde cette présentation de l’iPhone X, je ne peux pas m’empêcher d’en voir une autre. Celle d’un smartphone dont l’écran sans bord ne serait pas gâché par une encoche aussi disgracieuse, qui ne renoncerait pas complètement au bouton Home et à TouchID parce qu’Apple aurait trouvé un moyen d’intégrer un capteur à l’écran, et dont l’interface ne présenterait pas des signes de bricolages tardifs ne correspondant pas à l’image méticuleuse que l’on se fait de l’intégration matériel/logiciel propre à la marque.

Je ne peux pas faire comme si Samsung n’avait pas sorti le Galaxy S8, comme si LG ne nous avait pas bluffé il y a à peine deux semaines avec le V30, comme si ces constructeurs, qui ont déjà bien avancé sur le sujet de l’écran sans bords (voir le Xiaomi Mi MIX 2, ou l’Essential Phone malgré ses défauts), n’étaient pas déjà eux aussi en train de patiner dans la bonne direction.

La position d’Apple est assez délicate : d’un côté ils ne peuvent plus retarder cet iPhone nouvelle génération, sous peine de passer définitivement pour le constructeur qui ressort les mêmes smartphones tous les ans. Et même si ça n’est pas vrai, c’est l’impression que ça donne. De l’autre, il apparaît assez clairement qu’il n’est pas tout à fait « fini », enfin pas tout à fait tel qu’Apple l’imaginait, ni prêt à être produit aussi massivement, ce qui les contraint à l’accompagner d’iPhone 8 et 8 Plus qui, eux, portent l’évolution naturelle et la maturité de leurs prédécesseurs. Ce sera peut-être pour l’iPhone XI.

 

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