Apple a lancé iTunes en 2003. À l’époque, Apple était le sauveur de toute une industrie, face au piratage. Douze ans plus tard, Apple lance Apple Music, un service de streaming musical. L’attente était importante pour les macophiles, mais la donne est différente : Spotify, Deezer, Tidal, QoBuz, Google Play Music sont présents sur le marché depuis longtemps… Les acteurs sont nombreux sur ce créneau et les offres se valent, tant au niveau du prix que du catalogue ou de la qualité audio. Bref, à quelques mois de l’arrivée de la première application Apple sur Android, nous avons testé Apple Music. Est-ce vraiment le Messie ?

Logo d'Apple Music

Logo d’Apple Music

Lorsque Apple a dévoilé Apple Music (Musique) à la WWDC 2015 le 8 juin, le PDG et fondateur de Spotify – Daniel Ek – a tweeté deux mots : « Oh ok. » Le tweet a depuis été supprimé, mais il montre que l’arrivée de Apple Music n’est pas spécialement une bonne nouvelle pour les acteurs du marché, pour Spotify mais aussi le français Deezer.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que Spotify lance sa contre-attaque, avec des offres promotionnelles, mais aussi des annonces : le 10 juin, deux jours seulement après l’annonce d’Apple Music, Spotify a publié un billet sur son blog officiel pour annoncer un total de 20 millions d’abonnés payants, et 75 millions d’utilisateurs actifs. Le résultat de 5 ans d’effort.

Depuis le 30 juin, Apple Music est disponible sur OS X et iOS. Il arrivera ensuite sur Windows, Apple TV et Android, d’ici l’automne. D’ailleurs, il s’agira de la première application Apple pour Android, ce qui me fait penser à notre blague du 1er avril 2014.

En réponse, Spotify et Deezer ont lancé des campagnes de promotion, ils ont également accéléré le développement de leurs fonctions, en intégrant les podcasts. Un peu plus de qualité sonore, mais aussi (et encore) des campagnes promotionnelles.

Tableau de comparaison

Tableau de comparaison des différentes offres de musique en ligne

Même si le lancement d’Apple Music est à prendre avec des pincettes – déploiement rapide avec iOS 8.4 (du fait que l’application est pré-embarquée sur la nouvelle version d’iOS) et les trois mois offerts de service – il y a tout de même des choses à analyser. Comme Beats 1, qui génère beaucoup de buzz : il s’agit d’une radio, tête d’affiche d’Apple Music. Apple a également lancé diverses campagnes sur les réseaux sociaux, comme Twitter et Facebook – avec des posts sponsorisés. Une première.

Il faut aussi souligner qu’Apple Music n’est disponible (pour le moment) que sur OS X et iOS. Evidemment, les macophiles sont ravis. Enfin, presque tous. Apple Music, par exemple, ne fonctionne pas sur Sonos. Et ce n’est qu’un exemple. Il est également impossible d’importer ses playlists, que l’on a pris du temps à créer sur tous les autres services. À ce propos, je vous conseille Soundiiz, qui permet de facilement partager et convertir ses playlists, Tidal, Spotify, Weezer, Rdio, QoBuz, SoundCloud, Xbox Music (enfin, Groove) ou encore Google Play Music.

Autre point important, les apps. Quand on voit également la tonne d’apps et de services que l’on retrouve chez Spotify et Deezer (App Studio), Apple Music accuse un gros retard.

Mais qu’en est-il vraiment ? Je teste le service depuis quelques jours, gros utilisateur de Google Play Music, Spotify, Weezer, Qobuz… je vous livre ici mes premières impressions.

 

L’histoire commence avec des bulles

Dès l’inscription, Apple Music vous pose quelques questions sur vos goûts. Avec un schéma sous forme de bulles, vous n’avez qu’à cliquer sur les genres musicaux que vous aimez, ou à faire disparaître ceux que vous n’aimez pas. Ensuite, l’opération est à refaire avec les groupes et les chanteurs sélectionnés par Apple. Ce sont des grands noms, mais Apple réussit à viser assez juste pour ma part, du Benjamin Biolay mais aussi The Killers.

A moi de choisir...

À moi de choisir…

Grâce à cette sélection, Apple Music est en mesure de me recommander des artistes, mais aussi des albums et des playlists. Notez qu’à chaque rafraîchissement de la page principale, de nouvelles recommandations apparaissent. C’est finalement un bon point pour commencer à utiliser ce service, surtout que l’import de playlists est impossible. Sur Spotify et Weezer, c’est un problème que j’ai connu – il était difficile de découvrir de nouveaux artistes (hormis les TOP) et j’écoutais toujours les même playlists… mais les services ont beaucoup évolué ces derniers temps avec l’ajout de fonctions de recommandation.

Sur Spotify, dans l’onglet recommandation, on peut aussi découvrir de nouveaux genres mais aussi des playlists, en fonction du moment de la journée mais aussi des événements. Par exemple, en ce dimanche plutôt rafraîchissant (surtout par rapport aux derniers jours de canicule), Spotify, par exemple, me recommande une playlist pour faire du sport, et une autre pour faire du ménage.

 

5 onglets, c’est déjà beaucoup

Côté expérience utilisateur, ce n’est pas si simple que cela. L’application utilise un menu situé en bas de l’écran avec différents onglets, qui suit les guidelines des applications iOS.

  • Pour vous : recommandations de musique en fonction de ses goûts
  • Nouveautés : comme son nom l’indique, une liste des nouveaux albums et nouveaux titres
  • Radio : accès aux radios, dont Beats 1
  • Connect : possibilité de suivre des artistes, comme s’il était possible de suivre des pages sur Facebook, l’aspect social est poussé avec la présence de commentaires, de « likes » et du partage
  • Ma musique : possibilité d’accéder aux titres « hors-ligne », mais aussi à la musique acheté sur iTunes et autres MP3 stockés (dans le nuage) sur le service iTunes Match

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« Pour vous », de la recommandation à gogo

Vous obtenez vos cinq onglets. Cela commence avec « Pour vous », qui présente de la musique en grande partie basée sur les choix que vous venez de faire lors du premier lancement de l’application.

Pour vous

Pour vous

Même si on retrouve des playlists éditoriales réalisées à la main chez Deezer et Spotify, Apple a basé une bonne partie de son système de recommandations sur le travail d’experts venant de Beats Music. Toute cette partie chez Spotify et Deezer est géré par un algorithme, basé sur ce que vous écoutez et vos styles de musique préférées.

 

« Radio », Beats 1 et les autres radios

Beats 1 est une fonction que certains utilisateurs vont adorer… les autres ignoreront sans doute cette fonction de radio. Ces radios sont gérées, théoriquement, par de vraies personnes – comme les radios de la bande FM. Ce qui implique qu’il y a en effet des répétitions. La radio « Rap français » semble même tourner en rond…

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Les principales radios, comme Beats 1, pourront même bénéficier d’exclusivités, et d’invités VIP. Une bonne idée.

 

« Connect », la partie sociale

Avec Connect, Apple fait dans le « Social ». Vous pouvez ainsi suivre des artistes, les « liker », commenter et partager tout ça. Les artistes peuvent également partager des photos, des vidéos, des textes avec leurs fans, à l’image des pages Facebook.

Connect

Connect

Cela peut être une vraie différentiation par rapport aux autres services, qui donnent peu la parole autres artistes. Néanmoins, Apple n’a jamais réussi à faire dans le social. Je suis sceptique sur l’évolution de ce service… Laissons-lui le bénéfice du doute.

 

« Ma musique », le bordel

Dans « Ma musique », c’est le bordel. On retrouve les titres achetés depuis plusieurs années sur iTunes, les playlists créées sur Apple Music, les MP3 stockés sur le service iTunes Match… et tout est mélangé, avec les anciennes playlists également. Il est même impossible de dissocier les titres stockés localement, de tout ce qui est ligne.

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D’ailleurs, cela m’a rappelé l’existence d’iTunes Match. Ce service Apple permet de stocker vos fichiers de musique sur les serveurs d’Apple pour une vingtaine d’euros par an, de sorte que vous pouvez les écouter à partir de votre ordinateur, votre iPad et votre iPhone. Bientôt sur Android… Avec iCloud Music Library, Apple scanne toute la musique que vous avez achetée sur iTunes ou ajouté à iTunes sur votre ordinateur (à partir d’un CD par exemple). Ce scan va lui permettre de « déverrouiller » des chansons qu’il peut trouver dans le catalogue iTunes, ce qui les rend disponibles partout. Pour information, Google Play Music le propose gratuitement pour plusieurs milliers de fichiers.

 

Des défauts de jeunesse…

Créer sa propre playlist n’est pas si facile. Une fois que vous avez sélectionné une chanson que vous souhaitez ajouter à une playlist, vous ne pouvez l’ajouter qu’à une playlist existante, car il n’y a pas d’option pour en  créer une nouvelle. Sûrement un défaut de jeunesse qui sera corrigé assez vite.

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Et même des clips !

Pour bricoler vos propres listes, vous devez utiliser le bouton « Plus » à côté de la piste désirée. Toutes les playlists, albums et les morceaux individuels peuvent être sauvegardés pour les écouter hors ligne (indispensable pour ceux qui ne veulent pas épuiser la quota de données, mais aussi pour ceux qui ont l’habitude d’emprunter le métro). Cependant, il n’y pas d’icône à côté d’une playlist téléchargée pour indiquer qu’elle est (justement) sauvegardée pour une écoute hors ligne.

J’ai également eu des difficultés à me rendre sur la page d’un artiste, à partir d’une chanson. Encore des défauts de jeunesse qui compliquent l’expérience utilisateur.

 

La qualité sonore : un critère important ?

Quid de la qualité ? Elle est dans la moyenne, globalement. Deezer compresse les morceaux en MP3 jusqu’à 320 kbit/s, Spotify utilise du OGG Vorbis (jusqu’à 320 kbit/s) et enfin Apple Music utilise l’AAC en 256 kbit/s. Si la qualité sonore est un point important pour vous, mieux vaut se diriger vers QoBuz qui propose de la qualité Hi-Res 24 bits sur une bonne partie de son catalogue. Mais peut-on vraiment choisir un service de streaming en fonction de ce critère ? Tout dépend de votre matériel, mais avec 97 % des produits « son » sur le marché, vous n’arriverez pas à vous rendre compte d’une quelconque différence de qualité sonore.

 

Alors, Apple Music : le Messie ?

Apple Music emprunte des idées partout, l’interface utilisateur est plutôt propre à l’image de Rdio – même si on retrouve beaucoup de menus comme sur iTunes, le catalogue est énorme comme Spotify (et les autres), et enfin l’éditorialisation (humaine) se ressent. C’est un service engageant et convaincant, qui n’a cependant pas réussi à me faire oublier Spotify.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est l’intégration avec Siri, l’assistant vocal d’Apple (Google Now s’est récemment ouvert aux applications et services tiers). Il ne faut pas oublier également Beats 1, avec des radios fraîches et de qualité. Enfin, j’ai apprécié la présence de quelques clips vidéos, mais sans qualité HD.

Pour être franc, pour l’instant, quand j’ouvre Apple Music… je lance Beats 1, à contrecœur. Apple a déjà réussi ça, mais ça ne suffira assurément pas. Je vois beaucoup d’utilisateurs mécontents, mais tous profitent des trois mois d’abonnement offerts – le temps pour Apple de corriger tout ça ? Pour ma part, j’ai réglé le renouvellement automatique de mon abonnement sur « off ». On verra lors du lancement sur Android…