
Sur la vidéo promotionnelle, un robot humanoïde sort d’un minivan, entre dans un appartement de San Francisco et se met à passer l’aspirateur, essuyer un plan de travail, sortir les poubelles. Fin juillet, la startup Tau Robotics a lancé ce qu’elle présente comme le premier service de ménage par robot humanoïde ouvert au grand public.
Sur invitation seulement, une heure par visite, à 30 dollars de l’heure, soit environ 26 euros. Le site pousse même trois « personnalités » de robots : Chelsea pour la cuisine et la salle de bain, Elon qui apprend où ranger vos affaires au fil des visites et Tony pour le grand nettoyage.
Attention : ce robot n’est pas autonome. Un opérateur humain le télépilote en direct depuis les locaux de Tau, avec un coup de main de l’IA. Alexander Koch, cofondateur et CEO de Tau Robotics, le reconnaît lui-même : l’intelligence artificielle d’aujourd’hui ne suffit pas à contrôler seule un humanoïde.
Le corps de la machine, lui, est un Unitree G1, une base chinoise d’1,30 mètre pour 35 kilos, vendue autour de 13 500 dollars (environ 11 700 euros), sur laquelle Tau greffe ses propres caméras et calculateurs.
Le robot filme tout votre intérieur, à vie
Sachez par ailleurs que chaque visite est filmée de bout en bout, caméras sur la tête et les poignets. D’après TechTimes, les conditions du service accordent à Tau une licence mondiale, permanente et gratuite sur ces images, visages non floutés compris, une licence qui survit même à la fermeture du compte de l’utilisateur. Ces vidéos servent à entraîner les modèles d’IA de l’entreprise. Le ménage à 30 dollars ne rapporte presque rien : la vraie valeur, c’est la donnée récoltée dans de vrais salons, précieuse pour bâtir un futur robot vraiment autonome.
Détail gênant, toujours selon TechTimes : le service a démarré le 28 juillet, le jour même où la FCC, le régulateur télécoms américain, a interdit l’importation de nouveaux robots humanoïdes chinois pour des failles de sécurité. Le modèle pointé du doigt ? Le Unitree G1, exactement la base utilisée par Tau.
Une nuance s’impose sur cette interdiction : elle bloque les nouveaux modèles qui demandent une autorisation à la FCC après le 28 juillet 2026, mais ne retire pas du marché les Unitree G1 déjà certifiés. Selon la FCC, ces unités peuvent continuer à être vendues et utilisées. Tau n’est donc pas hors-la-loi du jour au lendemain, mais son approvisionnement en nouvelles machines chinoises se complique nettement.
Les robots au lieu des humains ?
À 30 dollars de l’heure, Tau casse les prix face à un ménage professionnel à San Francisco, plutôt facturé entre 150 et 300 dollars (130 à 260 euros). Tout le monde n’y croit pas pour autant. Ken Goldberg, professeur d’ingénierie à l’université de Californie à Berkeley, juge la technologie beaucoup trop précoce : ramasser un objet au sol reste un défi pour un robot aujourd’hui. Il pointe aussi les vidéos promotionnelles, dont une accélérée, impossibles à vérifier.
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