Gran Turismo 7 porté sur PC grâce à un émulateur PS5

Pole position, petit framerate

 
Jalousement gardé par Sony sur ses consoles, Gran Turismo 7 commence enfin à livrer ses secrets sur ordinateur. Grâce aux récents progrès de l’émulation PS5, la célèbre simulation automobile parvient désormais à lancer des courses sous Windows, même si la fluidité reste encore loin du compte.

C’est une petite prouesse technique que les amateurs de sport mécanique sur ordinateur attendaient de pied ferme. En début de semaine, la chaîne YouTube Unreal Gaming PC a mis en ligne une démonstration de Gran Turismo 7 en pleine course sur un PC, sans aucune console branchée en coulisses. Pour faire tourner le titre de Polyphony Digital, le vidéaste s’est appuyé sur une version modifiée de KytyPS5, un émulateur conçu pour imiter l’environnement logiciel de la PlayStation 5. À l’écran, la modélisation des voitures, le tracé des circuits et la gestion des éclairages s’affichent avec étonnamment peu de bugs visuels.

Ce tour de force met fin, à sa manière, à une longue frustration. Sorti en mars 2022 sur PS4 et PS5, cet opus est le dernier représentant d’une franchise monumentale qui a franchi le cap des 100 millions d’exemplaires vendus en juin 2025. Or, si Sony a volontiers converti des licences phares comme God of War ou Horizon pour Windows ces dernières années, Gran Turismo 7 n’a jamais eu droit à ce traitement. Ni l’éditeur japonais ni le studio de développement n’ont d’ailleurs commenté cette percée de la scène indépendante.

Une vingtaine d’images par seconde sur un PC de compétition

Reste que l’exploit relève encore davantage de la preuve de concept que du confort de jeu. Pour parvenir à ce résultat, le testeur a dû mobiliser une configuration musclée : un processeur AMD Ryzen 7 9800X3D épaulé par 64 Go de mémoire vive et une carte graphique Nvidia GeForce RTX 4080 (qui coûte à elle seule bien plus cher qu’une PS5 neuve). Si un tel arsenal fait habituellement tourner les blockbusters PC les plus gourmands sans sourciller, il plafonne ici entre 17 et 25 images par seconde, soit trois fois moins que les 60 images par seconde garanties sur la console de salon.

Surtout, cette courte séquence ne garantit en rien que le jeu soit praticable du début à la fin. Toujours en plein chantier, l’émulateur doit traduire à la volée les shaders, ces petits programmes chargés de calculer les effets de rendu et de lumière, pour les rendre compréhensibles par la carte graphique du PC, ce qui provoque d’inévitables saccades en pleine ligne droite. La stabilité varie en outre fortement d’une révision de KytyPS5 à l’autre, ainsi que selon les composants de chaque machine.

Des progrès fulgurants, mais une zone grise juridique

Cette démonstration confirme néanmoins le coup d’accélérateur spectaculaire de l’émulation PS5 ces derniers mois. Plusieurs titres commerciaux atteignent déjà les 60 images par seconde sur ordinateur, portés par des développeurs qui s’appuient désormais sur l’intelligence artificielle pour défricher le code plus rapidement. Il faut dire que l’architecture matérielle de la console leur facilite la tâche : contrairement au complexe processeur Cell de la PS3 qui avait donné des sueurs froides aux programmeurs pendant des années, la PS5 repose sur un couple processeur et puce graphique signé AMD très proche d’un PC classique. De quoi alimenter tous les fantasmes des joueurs, certains se demandant déjà si GTA VI pourra être émulé sur PC dès sa sortie, tandis que d’autres projets empruntent une voie différente à l’image de Dead Cells, devenu le premier jeu PS5 à tourner nativement sous Windows sans émulation.

En pratique, l’accès à ces logiciels se heurte toutefois à un sérieux obstacle légal. Un émulateur étant livré vide, l’utilisateur doit fournir sa propre copie déchiffrée de Gran Turismo 7, préalablement extraite d’une console. Une opération qui exige de posséder une PS5 « jailbreakée », c’est-à-dire débridée afin d’exécuter du code non autorisé par Sony. Or, le contournement de ces verrous numériques est formellement interdit en France depuis la loi DADVSI de 2006, et la frontière avec le piratage pur et simple reste extrêmement poreuse, comme l’a récemment illustré l’affaire Overdrive, une plateforme illégale proposant 1 600 jeux PS5 gratuits qui a été clonée quelques heures à peine après sa fermeture.

D’ici à ce que les émulateurs gagnent en maturité, les joueurs PC devront donc prendre leur mal en patience. Sony n’a toujours annoncé aucun portage officiel pour Gran Turismo 7, et Rockstar adopte exactement la même stratégie pour GTA VI, réservé dans un premier temps aux PS5 et Xbox Series. Pour parcourir les routes de Vice City dès le jour du lancement, la seule option viable restera bel et bien de s’équiper d’une console de salon.


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