
On est peut-être passés un peu trop vite sur le Project Solara, hier. Il faut imaginer un ordinateur sans applications. Pas d’icônes à ranger, pas de logiciels à installer : juste des agents IA qui fabriquent, à la volée, l’interface dont vous avez besoin sur le moment.

C’est le pari un brin vertigineux de Project Solara, le nouveau projet que Microsoft vient de présenter. Et avant d’y croire, on a très envie de regarder dans le rétroviseur, parce que des plateformes matérielles, Microsoft en a déjà enterré beaucoup.
Concrètement, Solara repose sur une version open source d’Android, l’AOSP, celle que Google met à disposition sans ses services. Microsoft ne peut donc pas l’appeler Android : en interne, l’OS se nomme Microsoft Device Ecosystem Platform. L’idée centrale porte un nom, l’interface « juste-à-temps ». Plutôt que de dessiner à l’avance une interface pour une montre, un écran de bureau ou des lunettes connectées, Solara laisserait des agents générer l’affichage pertinent selon le contexte. Le même outil montrerait une ou deux fonctions sur un petit écran, et bien plus sur un grand. L’interface n’est plus figée, elle est créée sur mesure, en direct.
Deux concepts étranges, dont un badge à écran tactile
Pour illustrer son idée, Microsoft a montré deux appareils conceptuels. Le premier, le Desk Concept, ressemble à un écran connecté classique posé sur le bureau : tactile, avec micros et caméra, il vous tiendrait au courant de ce que vos agents font pour vous, et pourrait servir d’écran secondaire ou de PC Windows via le cloud.

Le second est plus déroutant : un badge de travail, celui qu’on porte au bout d’un cordon, mais doté d’un écran tactile, de la 5G, d’une caméra et d’un lecteur d’empreintes. L’idée : vous identifier d’un doigt, puis dicter des consignes à vos agents, le badge résumant au passage vos réunions. Sur le papier, c’est inventif. Dans la vraie vie, on a un peu de mal à se projeter avec un écran tactile autour du cou.

Microsoft l’assume : rien de tout ça ne fonctionne encore. Solara est un concept, une vision qui repose sur des agents IA « du futur » suffisamment intelligents pour générer ces interfaces, et qui n’existent pas vraiment aujourd’hui. L’entreprise compte d’abord montrer ces appareils à des partenaires industriels comme Best Buy, CVS Health, Levi’s ou Target. Autant dire qu’on est très loin d’un produit qu’on pourrait acheter.
Le lourd passif de Microsoft dans le matériel
Et c’est là qu’il faut sortir la mémoire longue. Construire des plateformes pour de nouveaux appareils, Microsoft a essayé, et raté, un nombre impressionnant de fois. Windows Phone, abandonné après avoir laissé des millions d’utilisateurs sur le carreau. Le bracelet Band, stoppé net. Les appareils Cortana, évaporés. La firme a régulièrement trébuché à chaque changement de paradigme matériel, notamment le passage au mobile, où elle n’a jamais réussi à attirer les développeurs et les applications. La liste est longue, et elle plane sur Solara.

Sauf que cette fois, la logique est inversée, et c’est tout l’intérêt. Le talon d’Achille historique de Microsoft, c’était toujours le manque d’applications. Or Solara supprime carrément la notion d’application : si l’interface est générée par l’IA à la demande, plus besoin de supplier les développeurs de porter leurs logiciels. Microsoft contourne ainsi le mur sur lequel il s’est fracassé pendant quinze ans. Habile, sur le principe.
Reste que tout repose sur un immense « si » : si les agents deviennent assez bons pour tenir cette promesse. Microsoft n’est d’ailleurs pas seul sur cette piste, Google explore lui aussi des interfaces générées par l’IA dans sa recherche. L’idée est dans l’air du temps, et elle est séduisante. Mais entre une démo de conférence portée par des agents « du futur » et un produit qui change vraiment notre façon d’utiliser nos appareils, il y a un gouffre que Microsoft, plus que tout autre, a appris à ne pas sous-estimer.
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