
Bart Butler, directeur technique de Proton, a publié le dimanche 1er novembre sur le blog de l’entreprise suisse le texte complet de son manifeste pour l’utilisation de l’IA chez Proton.
Il avait écrit ce mémo il y a environ un mois pour les équipes techniques. Sur le fond, sa publication n’apprend pas grand-chose : 404 Media avait déjà rendu le texte public le 29 octobre, dans l’enquête qui a lancé la polémique.
L’enquête du journaliste Joseph Cox reposait sur les témoignages de huit salariés et d’un ancien employé, des conversations Slack et des enregistrements de réunions. Elle rapportait notamment qu’Andy Yen, CEO de Proton, avait traité de « mentalité de loser » une demande de tests de sécurité. Le patron s’était ensuite défendu sur Reddit en parlant de propos sortis de leur contexte, sans démentir les avoir tenus. Puis l’entreprise a présenté ses excuses le 30 octobre, comme nous l’expliquions lors de son changement de ton.
Proton veut recontextualiser
Le directeur technique de Proton a ajouté une préface qui ne figurait pas dans la version interne.
Bart Butler y rappelle que les gouvernements ont dépensé des milliards pour apprendre à coder à la population, un métier qu’on pensait à l’abri, alors que l’écriture de code fait partie des tâches où l’IA est la plus douée. Il cite plus d’un million de suppressions de postes dans la tech ces dernières années. Il évoque aussi les 60 000 départs volontaires proposés par Microsoft le 26 octobre, soit environ un quart de ses 223 000 salariés.
Surtout, il précise que le mémo « ne rentre pas dans les détails des question de sécurité, de la fiabilité ou de l’infrastructure ». Il répond ainsi au reproche principal des salariés, qui accusaient la direction de passer la sécurité au second plan.
Le mémo lui-même ne prend pas de gants. Il cite un ingénieur senior de Proton : « Plus personne n’écrit de code dans » sa division. Bart Butler compare l’écriture de code à la main à la mémorisation des numéros de téléphone au XXe siècle. Selon lui, « chaque ingénieur est désormais un chef d’équipe », dont les subordonnés sont les modèles et les agents IA.
La « phase 2 » consiste à supprimer les étapes qui ralentissent le travail : la capacité de l’intégration continue (les serveurs qui compilent et testent chaque modification), les validations, les spécifications et la relecture du code, puisque « l’essentiel de la revue de code humaine prendra fin ». Le texte ne donne aucune date, seulement l’idée qu’il faut y arriver « maintenant ».
Proton adopte une position publique
On peut désormais lire en entier le passage sur le « problème d’action collective », qui avait été tronqué dans les révélations. Bart Butler y explique qu’un ingénieur peut utiliser un LLM tout seul, pour produire du code, mais reconstruire totalement une architecture ou repenser le travail d’équipe entière demande une organisation et des moyens que Proton n’a pas encore engagés.
Mais il est grand temps que notre organisation s’engage dans la transformation qu’exige la situation actuelle.
En publiant le mémo, Proton transforme une consigne interne en ligne officielle, défendue publiquement devant des clients dont plusieurs ont annoncé résilier leur abonnement payant.
Proton a aussi promis de publier en open source ses règles internes sur l’IA, ses méthodes de revue de code et de sécurité, ainsi que des versions inédites de son assistant Lumo. Le billet du 1er novembre ne donne aucun calendrier. Le mémo annonce seulement des mesures pour accompagner les ingénieurs « dans les jours et les semaines à venir ».
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