Solaire en Espagne : 397 heures de prix négatifs en un trimestre, la filière victime de son succès

 
L’électricité solaire n’a jamais été aussi abondante en Espagne. Mais le pays devient à présent victime de son succès, à tel point que la filière commence à vaciller.
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L’Espagne récolte aujourd’hui les fruits de plus d’une décennie d’investissements massifs dans les énergies renouvelables. En quinze ans, plus de 80 milliards de dollars (environ 74 milliards d’euros) ont été injectés dans le secteur, une grande partie étant consacrée au solaire devenu pilier de la transition énergétique du pays.

En juin, selon Red Eléctrica de España (REE), le gestionnaire du réseau espagnol, cette filière a représenté 29,5 % de l’électricité produite dans le pays. Ce record a fait du solaire la première source de production électrique nationale durant le mois dernier. Mais ce succès est en train de se retourner contre la filière.

Des nombres records d’heures de prix négatifs

En Espagne, les périodes de surproduction, durant lesquelles l’offre dépasse largement la demande, se sont fortement multipliées. Le phénomène se traduit par une importante chute des prix du mégawattheure, passant parfois à zéro, voire en dessous. 

Sur le seul premier trimestre, l’hiver à peine terminé, le gestionnaire du réseau espagnol avait déjà comptabilisé 397 heures de prix négatifs, contre seulement 48 sur la même période en 2025. Et le chiffre continue de monter en flèche avec l’arrivée du printemps et de l’été, saisons les plus propices à la production solaire.

Le nombre d’heures de prix négatifs est en hausse dans de nombreux pays d’Europe, mais en Espagne il est bien plus marqué. Le Portugal, par exemple, a enregistré 222 heures sur la même période. La France, quant à elle, a à peine dépassé le chiffre de l’Espagne en six mois, de janvier à juin, avec 408 heures comptabilisées.

Une rentabilité qui s’effondre et des investisseurs qui s’inquiètent

Pour les consommateurs, cette abondance d’électricité est un avantage à court terme, avec des prix parmi les plus bas d’Europe. Mais les producteurs en pâtissent et perdent la confiance des investisseurs. Pour cause : la rentabilité des projets est sérieusement remise en question, à mesure que les perspectives de revenus se dégradent.

Car en plus des heures de prix négatifs, les centrales subissent aussi un autre phénomène : les écrêtements. Cela consiste à stopper temporairement la production de certaines centrales afin de préserver l’équilibre du réseau électrique. Et rien qu’au mois de juin dernier, l’Espagne a totalisé 1,2 TWh d’électricité écrêtée, soit six fois plus qu’en juin 2025. C’est donc le volume qu’auraient produit les centrales durant le temps d’arrêt si elles continuaient de fonctionner.

D’ailleurs, selon le cabinet d’analyse Aurora Energy Research, les écrêtements ont fortement augmenté après la panne électrique géante d’avril 2025, qui avait plongé une grande partie de l’Espagne et du Portugal dans le noir. Depuis cet événement, le gestionnaire REE a renforcé ses mesures de contrôle et ordonné davantage de réductions de production.

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La situation pousse déjà certains propriétaires à chercher de nouveaux acheteurs. Selon plusieurs sources citées par Bloomberg, au moins quatre projets et entreprises solaires espagnols auraient récemment été mis en vente.

Mais trouver un acquéreur est devenu plus difficile, les propriétaires espérant encore valoriser leurs actifs sur la base des performances passées. Sur les marchés financiers d’ailleurs, les investisseurs parient désormais sur une baisse de la valeur des entreprises solaires espagnoles, et ce, malgré la forte progression de leur production.

Un réseau à la traîne ?

Le véritable problème n’est pas tant le solaire, mais en grande partie le réseau. La crise que traverse le pays révèle un grand décalage entre la vitesse de déploiement des nouvelles centrales et celle à laquelle le système électrique parvient à s’adapter. En clair, le pays manque d’infrastructures pour acheminer et stocker l’électricité produite.

Il faut savoir qu’une grande partie des nouvelles capacités photovoltaïques installées ces dernières années se trouve dans des zones rurales, où l’ensoleillement est favorable et le foncier moins coûteux. Mais ces territoires sont souvent éloignés des principaux centres de consommation. Résultat : quand plusieurs centrales produisent simultanément au même endroit, le réseau atteint rapidement ses limites, et l’électricité ne peut pas toujours être acheminée là où elle est nécessaire.

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Face à cette difficulté, le gouvernement assure que cette crise du solaire n’est que transitoire. Le pays prévoit près de 30 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux électriques d’ici 2030. Mais ces infrastructures prendront du temps à se déployer. En attendant, plusieurs entreprises ont déjà choisi d’investir massivement dans le stockage pour tenter de limiter la casse.


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