Puces : les Pays-Bas tentent de bloquer une loi américaine qui menace les ventes d’ASML en Chine

Souveraineté technologique en jeu

 
Les Pays-Bas ont envoyé leur ministre du Commerce à Washington pour freiner une loi qui priverait ASML d’une partie de son marché chinois. Le fabricant de machines à puces, sans qui aucun processeur moderne n’existe, se retrouve coincé entre deux alliés.
Source : ASML

Voir un ministre européen faire le déplacement jusqu’au Congrès américain pour plaider la cause d’une seule entreprise, c’est rare. C’est pourtant ce qu’a fait cette semaine le ministre néerlandais du Commerce extérieur, Sjoerd Sjoerdsma.

Sa cible : le « MATCH Act », un projet de loi américain qui couperait un peu plus la Chine des machines à fabriquer des puces. Et qui taperait droit sur ASML, l’entreprise la plus valorisée d’Europe.

Petit rappel pour ceux qui découvrent le nom. ASML est le seul fabricant au monde de machines de lithographie de pointe : ces engins qui gravent les circuits sur les galettes de silicium dont sortent nos processeurs. Sans elles, pas de puce moderne, point. Le constructeur néerlandais a donc un quasi-monopole sur un maillon vital de toute l’industrie tech mondiale, des smartphones aux serveurs d’intelligence artificielle.

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Une loi qui décide à la place des Pays-Bas

Le MATCH Act a été déposé au Congrès américain en avril 2026. Il n’est pour l’instant passé ni à la Chambre des représentants ni au Sénat. Son principe : étendre les restrictions d’exportation déjà en place.

Aujourd’hui, ASML ne peut pas vendre à la Chine ses machines EUV (lithographie ultraviolette extrême), les plus avancées. La loi y ajouterait certaines machines DUV (ultraviolet profond) par immersion, plus anciennes, que les fabricants chinois peuvent encore acheter.

Comme le rappelait le CEO d’ASML Christophe Fouquet à TechCrunch en mai, il s’agit d’une technologie livrée pour la première fois il y a une dizaine d’années.

Ce qui irrite vraiment La Haye, c’est moins la restriction elle-même que sa portée. Selon le NL Times, le texte donnerait à Washington le pouvoir de décider ce qu’une entreprise néerlandaise, opérant sous droit néerlandais, a le droit d’expédier en Chine. Et si les Pays-Bas refusent de s’aligner, les États-Unis se réservent le droit de leur imposer eux-mêmes des restrictions à l’export. Sjoerd Sjoerdsma a résumé l’ambiance à sa sortie de réunion : il est « exceptionnel » qu’il vienne ainsi exposer directement ses inquiétudes au Congrès.

19 % du chiffre d’affaires en jeu

Pour ASML, l’enjeu est énorme. La Chine représente environ 19 % de ses ventes nettes de systèmes. Le marché chinois pèse d’ailleurs encore plus lourd quand on regarde l’année écoulée : il a compté pour environ un tiers du chiffre d’affaires 2025, l’entreprise ayant elle-même prévenu que cette part redescendrait autour de 20 % en 2026. Sur un groupe qui a fait 32,7 milliards d’euros de ventes en 2025, on parle de plusieurs milliards d’euros par an.

Le MATCH Act va même plus loin que la simple vente. Selon le Taipei Times, il viserait aussi la maintenance des machines déjà installées en Chine : pièces détachées, calibrage, mises à jour logicielles. Sans ce suivi, un équipement de gravure se dégrade tout seul au fil du temps. C’est une source de revenus récurrente pour ASML qui passerait aussi à la trappe.

Et se mettre à dos ASML n’est pas la meilleure idée. Les États-Unis veulent ralentir la Chine, soit, mais le fabricant qui encaisse la facture ne vote pas à Washington (et fournit aussi TSMC et Samsung, dont dépendent Nvidia et Apple).


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