
Bruxelles donnerait-elle dans l’open source washing ? C’est en tout cas l’accusation qu’ont formulée plusieurs spécialistes du web social après le lancement en grande pompe de W Social, le réseau social supposément libre et souverain censé offrir une alternative à X.
Le 17 juin, les figures de proue de l’Union européenne, Ursula von der Leyen et Christine Lagarde en tête, ont migré leurs comptes Bluesky vers les serveurs de ce nouvel acteur européen. En parallèle, le vernis respectable et ouvert du site en a pris un coup, note la spécialiste du web social Elena Rossini.
Du code disparu sans laisser d’adresse
En effet, le dépôt hébergeant le code source d’une partie du site a été tout bonnement supprimé avant son lancement. La dernière trace visible date de mars dernier, mais, depuis, ce dernier a disparu de la surface du web, sans que l’entreprise derrière ou que la Commission européenne ne communique sur le sujet ou sur l’existence d’un autre dépôt quelque part sur le web. Dans les faits donc, « la Commission européenne a migré d’une plateforme open source (Bluesky) vers une plateforme propriétaire (W Social) », détaille une source s’étant livrée à Elena Rossini.
C’est précisément l’implémentation du protocole ATProto propre à W Social qui a disparu de la surface du web. Alors même que la présidente de la Commission européenne se vantait du fait que W était justement construit sur ce protocole open source dans son premier message posté sur la plateforme. Cette brique logicielle permet notamment à W d’être interconnecté avec le reste du monde Bluesky.
« Truth Social avec un accent européen »
Cet apparent changement de philosophie est d’autant plus surprenant que la Commission européenne a dévoilé sa stratégie en faveur des logiciels libres il y a à peine dix jours. En plus de ça, une autre instance européenne basée sur ATProto existe déjà : Eurosky. Cette dernière est gérée par une fondation néerlandaise et vient d’ailleurs de lancer une alternative complète et interopérable à Bluesky sur le domaine mu.social.
En face, W Social est géré par une entreprise privée tout ce qu’il y a de plus classique et qui accueille au sein de son conseil d’administration Yariv Adan (ancien de chez Google), Marc Placzek (ancien de PayPal) et Seàn Boyles (ancien de chez Twitter). La plateforme ne s’en cache pas, écrivant noir sur blanc que « W est une société privée à but lucratif enregistré à Stockholm » et que « des publicités seront prochainement affichées » sur le site.
Pour aller plus loin
Bluesky : comment ça marche ? Qui suivre ? Nos astuces pour adopter l’alternative à Twitter
Barry Prendergast, responsable de l’interface utilisateur au sein d’Eurosky, n’hésite pas à qualifier W Social de « Truth Social avec un accent européen ». Selon lui, l’approche souveraine, mais commerciale et le développement basé sur l’open source, mais avec de gros astérisques rappellent l’approche de Donald Trump, qui avait tout copié sur Mastodon pour lancer son réseau social maison. On pouvait espérer meilleure publicité pour un site qui voulait justement se débarrasser de l’influence étasunienne.
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