Omarchy, le Linux de DHH : peut-on séparer le logiciel de son créateur ?

Séparer l’homme de l’œuvre

 
Omarchy, la distribution Linux de David Heinemeier Hansson, vient d’ajouter SpaceXAI et ses tokens Grok à une liste de soutiens qui dépasse 23 millions de dollars. Derrière le succès, un créateur dont les billets de blog mettent une bonne partie du monde Linux mal à l’aise.
Crédits : Frandroid

Depuis quelques semaines, je suis assez fier de mon nouveau Linux. Les fenêtres se rangent toutes seules en mosaïque et le thème est plus soigné que celui de notre propre ordinateur. Quelle distrbution ? C’est « Omarchy », mais j’aimerai ne pas trop parler de son auteur. Cette distribution qu’on a déjà passée au crible est devenue, en un an, le Linux le plus commenté du moment.

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Omarchy est né en juin 2025 sous la plume de David Heinemeier Hansson, alias DHH, créateur du framework Ruby on Rails et copropriétaire de 37signals, l’éditeur de Basecamp et HEY.

Au départ, il s’agissait de ses fichiers de configuration personnels posés sur Arch Linux et le gestionnaire de fenêtres Hyprland. Le projet a désormais son image ISO, sa fondation et des portages vers les Mac Apple Silicon et les PC Snapdragon. D’après ses propres chiffres, la version Quattro a dépassé 200 000 téléchargements en 18 jours.

L’argent a suivi le même rythme : depuis le 8 octobre, SpaceXAI, née de la fusion de SpaceX et xAI, a promis 1,5 million de dollars en tokens Grok, ce qui porte le total annoncé par la fondation Omacom à environ 23,2 millions de dollars, réunis en sept semaines.

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Une distribution d’auteur qui divise les linuxiens

Omarchy surfe sur une tendance nette : des systèmes « d’auteur », très opinionnés, assemblés et maintenus avec l’aide d’agents IA, que DHH dit avoir utilisés pour écrire la quasi-totalité de Quattro.

Sur le plan technique, la critique la plus fréquente veut qu’Omarchy ne soit qu’un Arch recouvert des préférences de son créateur. Le reproche est en partie fondé, mais CachyOS ou EndeavourOS fonctionnent sur le même principe sans déclencher de guerre. La vraie friction est culturelle. La « doctrine » du projet revendique une « dictature bienveillante » et promet d’en finir avec les codes de conduite, assimilés à des « séances d’autocritique ». Dès octobre 2025, Framework s’était fait étriller sur son forum pour avoir mis en avant Omarchy et sponsorisé Hyprland, dont le développeur principal avait été banni de freedesktop.org.

Côté finances, les 23,2 millions sont des promesses, souvent étalées sur trois ans, et une partie est versée en tokens valorisés au prix catalogue.

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Meta Superintelligence Labs et SpaceXAI paient ainsi dans leur propre monnaie, des crédits qui font tourner Omabot, le robot chargé de relire les quelque 7 000 pull requests du projet. Au tarif public de Grok 4.7, l’enveloppe suffirait à relire chacune d’elles des centaines de fois.

Le reste vient notamment de dons d’un million de dollars signés Michael Dell, Jack Dorsey, Patrick Collison (Stripe) ou Tobi Lütke (Shopify), et de chèques de DigitalOcean et Alibaba Cloud.

Séparer l’homme de l’œuvre

Le malaise tient surtout aux écrits de David Heinemeier Hansson. En septembre 2025, il regrettait un Londres où les « Britanniques de souche » ne seraient plus qu’un tiers, ce qui a poussé des développeurs Ruby à réclamer, par lettre ouverte, une nouvelle gouvernance pour Rails.

Le 21 juillet dernier, il comparait la prolifération des loups au Danemark à un campement de Roms à Copenhague, en concluant : « quand les gitans s’emparent de l’espace public, on les expulse ». Le billet est toujours en ligne.

Des clients de 1Password ont protesté contre son parrainage du projet, tandis que Matthew Prince, patron de Cloudflare et donateur, estime que ce n’est pas son rôle de faire la police des opinions politiques.

La position est délicate, et elle rappelle beaucoup celle de X avec Elon Musk : on peut apprécier l’outil, mais chaque utilisateur vient grossir l’audience de son propriétaire.

Le contexte n’aide pas. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la tech américaine s’est alignée en vitesse, entre patrons installés au premier rang de l’investiture, chèques d’un million de dollars au comité d’organisation, fin du fact-checking chez Meta aux États-Unis et programmes de diversité supprimés chez Meta ou Amazon. Omarchy colle parfaitement à cette époque, jusqu’aux tokens Grok qui font revenir Elon Musk dans l’histoire par la petite porte.

Il faut aussi entendre l’autre camp. Pour ses défenseurs, une bonne partie des critiques relève de la « cancel culture », puisqu’on juge un logiciel libre sur les opinions de son auteur plutôt que sur son code. DHH, lui, balaie le sujet sur X en rangeant ses détracteurs parmi les « utilisateurs Linux vexés » que leur hobby exclusif attire soudain la foule, ou parmi les distributions concurrentes jalouses de ses chiffres.

Sur le papier, la séparation est possible : le code est sous licence MIT, n’importe qui peut le reprendre sans rien devoir à son auteur. Mais en pratique, DHH écrit la doctrine, choisit les sponsors et brandit les chiffres d’installation à chaque annonce. Korben, lui, a tranché : « Alors oui, je sais, les idées de merde ont le vent en poupe en ce moment, et je vais encore tendre des strings avec cet article mais bon, comme toujours je m’en tape parce que c’est impossible pour moi d’ignorer ça« .

Si vous voulez Hyprland prêt à l’emploi et que vous vous moquez du reste, l’outil fait le travail, et notre prise en main d’Omarchy détaille ce qu’il vaut au quotidien. Les autres, il faudrait plutôt aller voir du côté Fedora, CachyOS ou dans un Arch configuré à la main le même terrain de jeu, sans l’éditorialiste livré avec.

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