
Pendant longtemps, j’ai rangé Linux sur PC dans la catégorie des serveurs et de mes loisirs du dimanche. Mon Framework Desktop tourne sous Ubuntu, et je le laisse tel quel, parce que je n’ai aucune envie de passer une soirée à régler la couleur d’une barre de tâches. C’est un homelab, un serveur IA, j’applique les mises à jour toutes les semaines, ça tourne tout seul. J’ai aussi un mini PC avec SteamOS, mais ça reste une utilisation très spécifique. J’ai eu longtemps un Framework Laptop 13 avec Linux Mint, mais le dernier MacBook Air m’a convaincu de quitter Linux pour retourner sur macOS.
Puis, un soir d’août, un ami développeur m’a envoyé une capture d’écran. Pas de barre de titre, pas de bouton fermer, des fenêtres rangées comme un carrelage, une palette rétro qu’on aurait dit sortie d’un jeu vidéo de 1994. J’ai répondu « c’est quoi ce truc ? ». Sa réponse tenait en cinq mots : « Omarchy. Tu installes, tu touches à rien ». Tout est parti de ce « tu touches à rien », parce que sur Linux, j’avais appris que c’était une promesse qu’on ne tenait jamais.
Derrière Omarchy, il y a un homme qu’on ne présente plus dans le monde du développement web : David Heinemeier Hansson, DHH pour les intimes, créateur de Ruby on Rails et cofondateur de 37signals, l’éditeur de Basecamp et de HEY. Un monsieur qui a passé vingt ans sur Mac, et qui a claqué la porte d’Apple en 2024 pour passer sous Linux. Il revendique environ 3 000 heures investies dans son système en un an, précisément pour que les autres n’aient pas à les passer. Sa formule : « je ne veux pas assembler une boîte de Legos à chaque fois que je configure un ordinateur ».

Sa première tentative s’appelait Omakub, une configuration d’Ubuntu pour développeurs. La seconde, en juin 2025, va beaucoup plus loin : un Arch Linux entièrement préconfiguré, livré avec Hyprland, un gestionnaire de fenêtres en mosaïque qui aligne les applications sans qu’on ait à les déplacer, et une sélection d’outils décidée par lui seul. Le choix d’Arch a de quoi faire sourire : c’est la base la plus nue du monde Linux, celle qui vous accueille avec un simple invite de commande et une réputation de bizutage. Omarchy en fait l’inverse, tout est déjà monté. Le mot « opinionated » du slogan résume la méthode maison. Si les mots Arch ou Hyprland vous parlent peu, notre guide pour débuter sous Linux remet les bases en place.

L’obsession fondatrice, c’est le temps d’installation. DHH raconte avoir déballé un PC Windows neuf qui a réclamé une heure et demie de mises à jour avant d’être utilisable, puis un MacBook qui en a demandé 42 minutes, chronomètre en main. Omarchy s’installe en une minute sur une machine récente, 38 secondes sur un Framework 13 selon mon record personnel, et une mise à jour majeure passe en une trentaine de secondes. Et sur un vieux PC de récupération : trois minutes.

La comparaison n’est pas tout à fait honnête, un OS grand public traîne des années de cas particuliers qu’Omarchy ignore, mais l’ordre de grandeur dit quelque chose de la philosophie.

Pendant un an, Omarchy grandit à l’ombre, porté par des vidéos YouTube et le bouche-à-oreille des développeurs. Puis l’été 2026 s’emballe. Le 14 août sort la version 4, baptisée « Quattro ». Le 19, DHH annonce une Core Team. Le 21, une fondation dotée de 8 millions de dollars. Le 24, elle passe à 10 millions. Le 28, il publie un compteur : 100 000 ISO téléchargées en sept jours, près d’un pétaoctet servi via Cloudflare, sans que le site ne tousse. Les mécènes s’appellent Tobi Lütke (Shopify), Patrick Collison (Stripe), Michael Dell, Jack Dorsey (Block), Matthew Prince (Cloudflare) ou Drew Houston (Dropbox), chacun à hauteur d’un million. Pour situer, ce sont des budgets que GNOME ou KDE, qui font tourner le bureau de millions de machines depuis vingt ans, ne voient pas passer tous les ans.

L’argent ne dort pas dans les caisses. La fondation a déjà annoncé ses premiers financements : à partir du 10 octobre, elle devient le sponsor exclusif de Hyprland et de son développeur Vaxry, pour trois ans reconductibles deux fois, et fait de même pour Quickshell et le gestionnaire de versions mise. En échange, l’abonnement payant Hyprperks de Hyprland disparaît et ses avantages deviennent gratuits pour tout le monde.
Des revendeurs s’y mettent aussi : une boutique danoise vend désormais des ThinkPad avec Omarchy préinstallé, et DHH s’est amusé à en commander un pour vérifier qu’on arrive sur le bureau « en moins de deux minutes » après avoir ouvert le carton. Quattro prévoit d’ailleurs le cas : l’installateur peut laisser la création du nom d’utilisateur et du mot de passe pour le premier démarrage, exactement ce qu’il faut à un vendeur de PC ou à une DSI qui prépare des machines en série.
Clavier d’abord : la philosophie de la maison
Le parti pris tient en trois idées. Tout se pilote au clavier, les fenêtres se rangent toutes seules, et l’esthétique compte autant que la fonction. Oubliez le bureau à icônes et le menu Démarrer : Omarchy propose des espaces de travail numérotés, un menu universel qui répond à Super+Espace, et la touche Super, celle qui porte un logo Windows sur la plupart des claviers, comme chef d’orchestre. Super+1 à Super+9 sautent d’un espace à l’autre, Super+Entrée ouvre un terminal, Super+Maj+Entrée un navigateur. Le « tiling » fait le reste : chaque nouvelle fenêtre prend sa place dans la mosaïque sans qu’on ait à la redimensionner, et on garde l’habitude de laisser le terminal sur l’espace 2, la messagerie sur le 3, jusqu’à ce que les doigts y aillent seuls, sans tourner la tête ni empiler six écrans.

« Opinionated » veut dire que les choix sont faits pour vous, et c’est précisément ce qui rend le système cohérent. Le terminal, l’éditeur, la barre, les notifications et l’écran de verrouillage parlent le même langage visuel, chaque outil répond à un raccourci logique, et l’ensemble tient debout dès le premier démarrage.

On peut tout modifier ensuite, rien n’oblige à le faire pour être productif le premier jour. Le prix à payer, c’est un temps d’apprentissage réel, quelques jours de doigts hésitants, que j’ai essayé de raccourcir dans un guide pour débutants rédigé au fil de mes propres tâtonnements.
Sous le capot, voici ce qu’on trouve dans la boîte :
- Hyprland, un compositeur Wayland, la tuyauterie graphique moderne de Linux, plus sûre et plus fluide que le vieux X11. Tiling réactif, animations soignées, gestion propre du multi-écrans ;
- Btrfs et ses instantanés : le système de fichiers sait photographier son état, chaque mise à jour crée un cliché restaurable depuis le menu de démarrage Limine. Une mise à jour ratée n’est jamais une catastrophe, on redémarre sur la version d’avant ;
- Chiffrement du disque (LUKS) proposé d’office : les données sont illisibles sans la phrase de passe, ce qui vaut de l’or sur un portable oublié dans un train ;
- 21 thèmes complets qui changent tout le système d’un coup, terminal et applications comprises ;
- Une sélection d’outils : le terminal foot, Neovim préconfiguré avec LazyVim, Chromium, Docker,
yaypour piocher dans le dépôt communautaire AUR, des webapps épinglées comme des applications natives, la capture avec OCR, l’enregistrement d’écran et la dictée vocale ; - Une mise à jour d’un seul geste, la commande
omarchy-update, qui s’occupe du système, du shell et des thèmes en même temps.
Un bureau réécrit de fond en comble
Quattro laisse le noyau intact et réécrit tout ce qui se voit. Jusqu’ici, Omarchy empilait huit outils distincts pour la barre, le lanceur, les notifications ou l’écran de verrouillage, chacun avec son fichier de configuration, son format maison et son idée de ce qu’est une couleur.
Les habitués du « ricing », ce sport qui consiste à personnaliser son bureau Linux pixel par pixel, connaissent la punition : un outil met à jour son format, et tout est à refaire. Tout a été réécrit sur Quickshell, un seul processus qui héberge barre, lanceur, notifications et verrouillage sous forme de plugins, comme des extensions de navigateur.

Changer de thème bascule l’intégralité du système d’un coup, terminal et applications comprises, et un outil baptisé Aether fabrique même un thème complet à partir d’un simple fond d’écran. Il y a le site omarchythemes qui liste de nombreux thèmes.

Un dépôt communautaire recense déjà plus de 1820 plugins, et un concours organisé fin août a récompensé une radio mondiale, un tamagotchi qui vit dans la barre et un panneau pour gérer ses AirPods. On sent le côté « jouet pour adultes », et c’est assumé.


L’IA générative crée du contenu en quelques secondes, mais souvent au prix de vos données personnelles. Avec Lumo AI, l’assistant européen de Proton, vos conversations restent 100 % confidentielles.

Le reste du quotidien a reçu le même soin maniaque. La dictée vocale s’active par raccourci et tourne sur un modèle local, sans GPU dédié, dans n’importe quel champ de texte. L’enregistrement d’écran est intégré, la capture aussi, le manuel complet se consulte hors ligne, et le partage du Wi-Fi s’affiche en QR code comme sur un iPhone.
Le widget calendrier cache même un œuf de Pâques légèrement morbide : renseignez votre année de naissance et il affiche le nombre de jours qu’il vous reste à vivre, histoire de bien employer celui-ci. Les mises à jour passent par des canaux (stable, RC, edge, dev) et par un miroir maison des paquets Arch, volontairement décalé d’environ un mois pour amortir la casse du rolling release, sauf urgence de sécurité type faille de navigateur. Une option de réinitialisation d’usine efface les données et la clé de chiffrement pour donner ou revendre la machine. Ce sont des attentions qu’on croise rarement chez les distributions communautaires.
Passons quand même le discours au tamis. « Léger », Omarchy ne l’est pas : sur mon PC, il pèse 14 Go sur le SSD après la première mise à jour et environ 1,5 Go de mémoire au repos, quand DHH ne revendique les « moins de 300 Mo » que pour son seul shell. On est loin d’un système pour ressusciter un vieux PC portable. C’est un système avec tout dedans, Docker, Neovim, Obsidian, Discord, WhatsApp et OBS compris, dont on ne choisit pas le contenu. Autrement dit, on achète le menu du chef, pas la carte.
Le jeu vidéo fait partie du menu, ce qui surprend pour un système pensé par des développeurs. Le menu Install propose Steam, Battle.net en installation autonome sous GE-Proton (Diablo, StarCraft, World of Warcraft sans passer par Lutris ou Heroic), RetroArch préréglé avec un filtre CRT, ainsi que les applications Xbox Cloud Gaming et GeForce Now.

Le client Moonlight est même préinstallé pour streamer les jeux d’un PC Windows resté dans une autre pièce, ce qui reste, de l’aveu du manuel, la meilleure façon de jouer à Fortnite sur Linux. Les limites sont celles de tout Linux sous Wayland : on consulte ProtonDB avant d’acheter, on force parfois une version précise de Proton titre par titre, et les jeux à anti-triche noyau restent à la porte. Un mini PC sous SteamOS reste plus simple pour ne faire que ça.
L’IA en colocataire, jusque dans les rapports de bug
Omarchy se présente comme un « OS pour l’ère des agents », et pour une fois le slogan recouvre quelque chose de concret. Sur un système classique, Windows, macOS ou Ubuntu, un agent de code comme Claude Code est un programme parmi d’autres : on l’installe, on l’ouvre dans un terminal, et l’OS ne sait rien de lui. Il ignore ce qui vient de planter, il ne connaît pas la façon dont la machine est configurée, et pour qu’il touche à un réglage système, il faut lui expliquer où tout se trouve. DHH assume d’ailleurs le pari à contre-courant : une partie de la communauté Linux traditionnelle est ambivalente, voire hostile à l’IA, et Omarchy revendique le camp inverse.

Omarchy inverse la relation. On choisit son agent par défaut dans un menu, Claude Code, Codex, Gemini, Copilot ou d’autres, il s’installe tout seul, et un raccourci clavier l’ouvre en surimpression comme une console de jeu vidéo. Le système livre des « compétences », des fichiers qui expliquent à l’agent comment Omarchy est organisé, où vivent les réglages, quelles commandes existent. Résultat, on peut lui demander de créer un thème complet, écran de veille compris, ou de bâtir un minuteur Pomodoro dans la barre, et le regarder faire. Un utilisateur X s’est généré un thème Windows XP fonctionnel pour le plaisir. Un widget affiche la part du quota hebdomadaire d’IA consommée, et Herder, un multiplexeur de terminal conçu pour les agents, sert de tour de contrôle quand plusieurs travaillent en parallèle.

La boucle va jusqu’à la maintenance du système lui-même. Quand un programme plante, une notification propose de confier le diagnostic à l’agent : il analyse le rapport d’erreur, détermine si la faute revient à Omarchy ou au logiciel, et dans le premier cas prépare un rapport de bug qu’il peut envoyer directement sur le dépôt GitHub du projet.
En face, DHH fait relire ces rapports par ses propres agents, qui proposent des correctifs. Il revendique plus de 1 000 pull requests fusionnées en trois mois pour construire Quattro, soit une dizaine par jour.
Sa démonstration favorite : l’écran de veille du système reposait sur une bibliothèque Python un peu lente, il a demandé à une IA de la traduire en Rust, et le binaire obtenu, 27 fois plus rapide au terme d’une passe d’optimisation, vit désormais en projet quasi autonome dont les mises à jour sont gérées par agent. C’est vertigineux ou inquiétant, selon le côté de la barrière où l’on se trouve, et on y reviendra plus bas.
Côté concurrence, Omarchy ne joue donc ni contre Ubuntu ni contre Fedora : il vise celui qui vit dans un terminal et veut un bureau beau sans y sacrifier ses week-ends. Notre comparatif des distributions Linux couvre les options plus classiques.
Omarchy et Windows, dans un sens comme dans l’autre
Le frein numéro un à Linux tient en une phrase, que la page tryomarchy.com formule sans détour : Omarchy est génial, repartitionner son disque juste pour voir si ça plaît, non.
Un développeur de la communauté, sans lien officiel avec 37signals, a donc sorti Try Omarchy pour Windows. On télécharge un exécutable signé de 8 Mo, on l’ouvre, Windows 11 demande l’autorisation d’activer la virtualisation qu’il embarque déjà (la même que WSL2), redémarre une fois, puis l’application récupère le moteur graphique et l’image d’Omarchy 4.0.1, environ 1,5 Go en tout, avec vérification SHA256 au passage. QEMU est inclus, aucune ligne de commande n’apparaît, et le bureau Omarchy complet s’ouvre dans une fenêtre ordinaire, thèmes et économiseurs d’écran compris.
Le détail qui fait la différence avec une machine virtuelle classique, c’est le soin apporté aux frottements. La touche Windows pilote Omarchy quand sa fenêtre a le focus et redevient la touche Windows partout ailleurs. Le presse-papiers circule dans les deux sens, l’audio passe, un dossier peut être partagé, et l’accélération GPU via VirGL ou Venus fait que le bureau ne rame pas, avec repli sur le processeur si la carte graphique refuse. Sur un portable Ryzen 5 milieu de gamme, l’auteur annonce le bureau en six secondes après le premier lancement. Ni VMware, ni VirtualBox, ni partition, ni chargeur de démarrage : tout le système vit dans un seul fichier, et la désinstallation consiste à supprimer un dossier.
Une version pour Mac existe sur le même principe. C’est, de loin, la façon la moins risquée de savoir si Hyprland est fait pour vous avant de sortir la clé USB.
L’inverse existe aussi, et il est officiel cette fois. Depuis le menu Install > Windows, Omarchy télécharge et installe Windows 11 Pro dans une machine virtuelle basée sur Docker, en dix à quinze minutes, puis le lance en plein écran par RDP depuis le lanceur d’applications. DHH l’a baptisé « WIO », Windows in Omarchy, en écho moqueur au WSL de Microsoft. Le confinement est sérieux : la VM ne voit qu’un dossier partagé, ses ports ne répondent qu’en local, et le reste du disque lui est invisible. Le manuel donne les prérequis, la virtualisation KVM activée dans le BIOS, 10 Go pour l’image plus 64 Go minimum à réserver à Windows, et une limite nette : pas de passthrough GPU, donc parfait pour Office ou un logiciel métier, inutile pour jouer ou monter de la vidéo.
Sur la licence, prudence. Une commande « omarchy windows key » récupère bien la clé OEM restée dans le firmware d’un PC vendu avec Windows, et DHH s’en est réjoui publiquement, avant de supprimer son message : cette clé est liée à la machine physique, et le manuel précise qu’elle n’active en général pas la copie tournant dans la VM. Windows y reste donc « non activé » tant qu’on n’achète pas une licence, un fond d’écran verrouillé et une mention en filigrane en prime. Pour ceux qui veulent les deux systèmes à pleine vitesse, Quattro accepte enfin l’installation sur une seule partition à côté de Windows, chiffrée par défaut, là où les versions précédentes exigeaient tout le disque.
Vieux MacBook cherche second souffle
Il y a pourtant une catégorie de machines qu’Omarchy veut explicitement ressusciter : les Mac Intel. Apple a acté avec macOS Tahoe la fin du support de cette génération, qui va de 2009 à 2020, soit des millions de MacBook Air, MacBook Pro et Mac mini en parfait état mécanique mais condamnés à ne plus recevoir de mises à jour.
DHH, l’ancien fidèle d’Apple, y voit une revanche personnelle autant qu’une mission : « plutôt que de reprendre votre vieux MacBook, passez à Omarchy », écrivait-il dès août 2025. Depuis Omarchy 3, l’installateur détecte le matériel Apple et applique lui-même les rustines qui empoisonnaient l’existence des linuxiens sur Mac : pilotes Wi-Fi Broadcom, pilote SPI pour le clavier des modèles récents, correctif de mise en veille pour le SSD NVMe. Le manuel affirme avoir mesuré 36 % de performances en plus sur un MacBook Pro de 2019 par rapport à macOS, un chiffre maison sur un seul test, à prendre comme un ordre de grandeur. Sur Discord, on croise des MacBook de 2012 remis en service pour un week-end de bidouille.
Le mode d’emploi a toutefois ses lignes en petit. L’installation efface tout le disque, macOS ne redémarre plus, et il faut désactiver le démarrage sécurisé sur les modèles à puce T2 (2018 à 2020), dont le clavier et le Touch Bar restent capricieux selon les cas. Il y a une semaine, DHH a annoncé vouloir « doubler la mise » sur le sujet, avec une couverture qu’il juge presque complète pour l’ère Intel, et les puces M1 et M2 dans le viseur.

Un projet communautaire, omarchy-mac, fait déjà tourner le système sur Apple Silicon « avec un peu d’huile de coude », selon ses mots. L’objectif affiché est une ISO unique qui s’installe aussi simplement que sur un PC x86, mais ce n’est pas encore le cas : sur Mac M1 ou M2, on reste sur des instructions manuelles, et le manuel précise que ce n’est pas officiellement pris en charge. Notre tutoriel d’installation de Linux détaille la préparation de la clé et la sauvegarde qui va avec, indispensable ici puisqu’il n’y a pas de retour arrière sans Internet Recovery.
Pour aller plus loin
Comment installer Linux sur un PC Windows 10 : le guide complet
Qui décide, et qui ça dérange
Le code est public sur GitHub et n’importe qui peut proposer une modification, mais l’arbitrage reste entre les mains de DHH, qui signe chaque annonce et tranche sur les pull requests.
La Core Team officialisée le 19 août compte cinq personnes, dont Tobi Lütke, le patron de Shopify qui code des plugins entre deux courses automobiles, Spencer Bull, ingénieur chez Dell chargé de faire marcher les tout derniers portables XPS, et HANCORE, un ingénieur mécanique devenu l’auteur des thèmes les plus populaires, qui gère aussi le catalogue de plugins.
Autour gravitent des « Rangers » bénévoles pour l’entraide, un Discord qui ne dort jamais, des meetups dans plusieurs villes et une résidence rémunérée de six mois pour les artistes de thèmes. Le week-end, les gens y postent leurs bureaux comme d’autres postent leurs voitures. C’est une communauté de fans plus qu’une démocratie de contributeurs, et le projet l’assume.
Alors, est-ce pour vous ? DHH répond « quiconque aime déjà son ordinateur, ou a envie de l’aimer », et il assume la contraposée : ce n’est ni pour ceux qui voient l’ordinateur comme un outil sans intérêt, ni même pour tous les développeurs. Pas de barre de titre, pas de bouton fermer, on apprend que Super+W ferme une fenêtre et on ne le cherche plus jamais avec « sa petite souris idiote », dixit l’intéressé. La première heure est compliquée, vraiment. Le manuel a beau consacrer un chapitre à ceux qui viennent de Mac ou de Windows, avec un Super+C qui copie partout, terminal compris, il faut accepter de réapprendre à se servir de ses mains, et c’est pour ça que j’ai fini par écrire mon propre guide de prise en main. Pour le développeur curieux, l’installation tient en une ISO et quelques minutes, dual boot possible depuis la version 4 sur PC. Les mises à jour, elles, passent par un script maison plutôt que par les commandes habituelles.
Il y a aussi ce que la page d’accueil ne dit pas. Le nom de DHH divise, et pas qu’un peu : quand Framework a fait la promotion d’Omarchy et sponsorisé Hyprland en octobre 2025, un fil de plus de 1 500 messages a enflammé son forum, à cause des prises de position politiques du créateur et du passé houleux de la communauté Hyprland. Le fabricant de portables réparables a dû défendre sa philosophie du « big tent » devant ses propres clients. Pour beaucoup, utiliser Omarchy, c’est donc aussi choisir un camp, même sans le vouloir. Ceux qui veulent juste du tiling propre peuvent regarder Pop!_OS, sans le folklore.
« Du vibe code à 10 millions de dollars » : ce que disent les détracteurs
La critique la plus sérieuse ne porte ni sur le look ni sur la politique, mais sur la fabrication. Réduit à sa mécanique, Omarchy est un Arch avec Hyprland et plusieurs milliers de lignes de scripts Bash par-dessus, environ 7 400 selon le décompte d’un détracteur, dont l’installation en une commande passait longtemps par le fameux « curl | sh », ce réflexe consistant à exécuter directement un script téléchargé, que les administrateurs système rangent entre le péché véniel et la faute professionnelle. Des scripts en partie générés par IA, relus à la vitesse où l’on fusionne 1 000 pull requests en trois mois. D’où le surnom qui circule : du « vibe code » à 10 millions de dollars.
Le casier n’est pas vide. Jusqu’à la version 3.1.0 sortie fin octobre 2025, le pare-feu était configuré mais jamais activé, le service n’ayant simplement pas été enclenché dans systemd, alors que le manuel le présentait comme actif par défaut. L’utilisateur créé à l’installation appartenait au groupe Docker, ce qui équivaut en pratique à des droits root sans mot de passe pour tout programme exécuté. La version 4.0 a ajouté ses propres perles, documentées dans un billet au vitriol intitulé « Merchants of Insecurity » : une injection de commandes via un simple titre de vidéo dans un utilitaire maison, et des notifications capables de faire exécuter du code arbitraire. Des failles prévisibles, insiste l’auteur, du genre qu’on apprend à éviter en cours d’introduction à la sécurité. La 4.0.1, sortie cette semaine, corrige le tir sur le groupe Docker et une partie du reste, et les plugins communautaires, non vérifiés et exécutés sans bac à sable, restent un angle mort assumé où la prudence revient à l’utilisateur.
La défense du camp Omarchy tient en deux arguments. D’abord la vitesse : les failles signalées sont corrigées en jours, parfois en heures, là où un éditeur classique laisse mariner des mois sous embargo. Ensuite le statut : un poste de travail personnel chiffré n’est pas un serveur exposé, et aucune exploitation réelle n’a été documentée à ce jour. L’argument se tient pour un bidouilleur averti. Il se tient moins pour un projet qui vise le grand public des développeurs, encaisse 10 millions de dollars et rêve tout haut d’automatiser la revue de son propre code par des agents. Entre le rythme d’itération revendiqué et la rigueur qu’exige un OS, il y a une tension que le projet n’a pas encore résolue, et l’arrivée d’un ingénieur sécurité financé par la fondation serait un meilleur signal que n’importe quel thème cyberpunk.
Un mot quand même sur ce procès en « vibe code », devenu l’insulte à la mode de 2026, parce qu’il mélange à mon avis deux débats. Reprocher à Omarchy des scripts mal relus qui laissent un pare-feu éteint, c’est légitime, et on vient de le faire. Reprocher au projet d’avoir été écrit avec des agents IA, c’est un autre sujet, et il est déjà perdu d’avance. Tout logiciel récent est désormais « vibe codé » à des degrés divers, l’IA s’est glissée dans le quotidien de tous les développeurs, des studios de jeux aux banques, et même Linus Torvalds, le créateur de Linux et critique historique du code généré, a admis en janvier avoir laissé une IA écrire l’outil de visualisation de son petit projet audio de vacances, en gardant la main sur le cœur en C. La vraie question n’a jamais été l’outil qui tape le code, c’est la relecture, les tests et la responsabilité de celui qui fusionne. Sur ce terrain, Omarchy a des progrès à faire. Sur le terrain du principe, ses détracteurs ont surtout une guerre de retard.
Pour aller plus loin
Même Linus Torvalds vibe-code
Omarchy n’invente rien techniquement, c’est un assemblage de configurations soigné, et c’est peut-être ce qui manquait à Linux pour séduire au premier regard. Le pari des 10 millions, c’est que l’esthétique, les agents IA et un chef qui décide tout suffisent à faire une distribution, et que les MacBook orphelins d’Apple et les curieux de Windows lui fourniront ses prochains convertis. Mon ami n’a toujours pas touché à sa config. On lui redemandera dans six mois, après une centaine de mises à jour Arch, si le « tu touches à rien » tient encore.
Comment installer Omarchy, en pratique
Avant tout, sauvegardez, et si vous hésitez encore, passez d’abord par Try Omarchy évoqué plus haut, qui ne risque rien.

Pour l’installation réelle, il faut une clé USB de 8 Go minimum et une machine x86 en UEFI. La marche à suivre :
- Téléchargez l’ISO (un peu moins de 6 Go) sur omarchy.org, puis écrivez-la sur la clé avec balenaEtcher sous Windows et macOS, ou caligula sous Linux ;
- Dans le BIOS, désactivez Secure Boot et le TPM, une exigence du manuel officiel, qui les qualifie au passage de « dispositifs de sécurité Microsoft ». C’est l’étape qui fait tiquer les experts en sécurité, on ne vous l’apprend plus ;
- Démarrez sur la clé, répondez aux questions (disposition du clavier, nom d’utilisateur, mot de passe, fuseau horaire), puis choisissez le disque cible, en sachant que le chiffrement intégral est activé d’office et que le mot de passe choisi sert aussi à déverrouiller le disque ;
- Pour cohabiter avec Windows, libérez d’abord une partition depuis l’outil de gestion des disques de Windows, l’installateur de Quattro sachant désormais s’installer dessus sans toucher au reste ;
- Laissez faire : moins d’une minute sur une machine récente, cinq au maximum sur un vieux PC, puis redémarrez.
Deux pièges à connaître. Un clavier Bluetooth ne peut pas saisir le mot de passe de déchiffrement au démarrage, il faut du filaire ou un dongle 2,4 GHz.

Et si vous préparez la machine pour quelqu’un d’autre, un Ctrl+C sur le premier écran de l’installateur reporte toute la configuration personnelle au premier démarrage. Au premier lancement, retenez surtout deux raccourcis : Super+Espace ouvre le menu qui fait tout, et Super+K affiche la liste des raccourcis. Pour la suite, les premiers réglages, les raccourcis à mémoriser et les pièges classiques de la première semaine, tout est dans le guide Omarchy pour débutants que je tiens à jour. Pour la partie création de la clé USB et les réflexes de sauvegarde, notre tutoriel d’installation de Linux reste le bon compagnon.
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