Les écrans flexibles existent depuis longtemps. Pourtant, cette technologie peut sembler très novatrice et presque futuriste. Elle existe depuis 1974 et pour le moment, les téléphones flexibles ont tous échoué.

La semaine dernière a été présenté le premier smartphone flexible. Il s’agit de Royole, entreprise spécialisée dans le développement d’interfaces homme-machine, la première à lancer un smartphone pliable, le FlexPai. Il possède un énorme écran de 7,8 pouces de diagonale de définition encore inconnue, capable de se plier à 180 degrés horizontalement (cela devient un écran de 4 pouces). Même ce modèle sera commercialisé, cela devrait être malheureusement un échec commercial. Il semble aussi inabouti qu’onéreux.

En 1974, le premier écran flexible

En 1974, Nicholas K. Sheridon, employé de Xerox, a inventé le Gyricon. Ce papier électronique était constitué de sphères de polyéthylène d’un diamètre compris entre 20 et 100 micromètres. Les sphères étaient maintenues prisonnières dans une bulle d’huile permettant leur rotation libre, le tout pris dans une feuille de silicone transparent.

Cela fait donc longtemps que ce papier à encre électronique existe, il y a eu ensuite de nombreuses améliorations et alternatives avec d’autres matériaux et formes. Quelques années après, Joseph Jacobson a créé un autre papier électronique au MIT, c’est le cofondateur de la société E Ink.

En 2004, le laboratoire de recherche des forces armées des États-Unis (ARL) a investi près de 44 millions de dollars pour étudier les écrans souples et résistants aux rayures. De grandes installations ont été consacrées à ce projet à l’Université de l’État de l’Arizona. Après un an, les premiers prototypes ont commencé à apparaître. En association avec Hewlett Packard, un dispositif a été présenté. Il était constitué uniquement d’un écran à encre électronique enroulable. Les derniers prototypes étaient intéressants à plus d’un titre : il s’agissait d’un écran OLED jusqu’à 7,4 pouces de diagonale.

Au Canada, l’équipe Human Media Lab dirigée par Roel Vertegaal a été l’une des plus actives dans l’élaboration de prototypes d’écrans flexibles. Il s’agissait de PaperWindows, un prototype présenté en 2007. D’un point de vue technologique, ce n’était pas l’écran le plus intéressant : une simple image était projetée sur une feuille, ils utilisaient un système de suivi 3D avec des caméras. Le plus intéressant était surtout l’interface graphique conçue pour les écrans flexibles.

C’est seulement en 2010, que l’on a vu arriver le premier téléphone portable flexible : le PaperPhone. Il était conçu avec une technologie d’encre électronique. Ce prototype était construit autour d’écran électrophorétique flexible de 3,7 pouces qui ne consomme pas d’électricité lorsqu’il n’est pas rafraîchi (comme nos livres électroniques). Les capteurs Thinfilm permettaient au téléphone de répondre à la flexion de l’écran pour naviguer dans les pages des ebooks, lire ou mettre en pause les MP3, passer des appels téléphoniques, ou naviguer dans les applications.

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L’équipe canadienne a ensuite conçu le MorePhone, ce qui devait être le premier prototype d’un smartphone commercialisé. Evidemment, la commercialisation n’est jamais arrivée.

 

Le finlandais Nokia et le japonais Sony imaginaient un futur pliant

Nokia Morph était un projet de téléphone utilisant les nanotechnologies, Conçu en 2008, c’était une vision du futur par Nokia : une batterie qui se chargeait à partir de l’énergie solaire, de l’auto-nettoyage et un clavier sensitif. Le plus intéressant c’est que le téléphone aurait du porter au poignet comme un bracelet. Ce projet n’a été développé qu’à un stade de concept.

Sony a également mené des expérimentations dès 2005, le constructeur japonais avait d’ailleurs annoncé qu’un téléphone flexible serait commercialisé en 2010. C’était une technologie OLED enroulée autour d’un crayon, plutôt impressionnant comme démonstration. Un projet créé en collaboration avec RIKEN, l’un des plus grands instituts de recherche au Japon.

LG et Samsung ont profité de leurs avancées pour se différencier

Finalement, Samsung et LG ont été les premiers à commercialiser un écran flexible. En effet, vous vous rappelez sans doute du LG Flex qui a été commercialisé en deux versions. L’écran était flexible mais il était installé dans un corps qui ne l’était pas, néanmoins cela permettrait d’avoir un écran incurvé.

Pour Samsung, vous en avez certainement un dans la poche. Les derniers Galaxy, depuis le S7 Edge, utilisent des écrans AMOLED flexibles. C’est ce qui permet à ces smartphones d’avoir des bords incurvés. Evidemment, difficile de parler d’échec concernant ces produits. Néanmoins, ils ne sont pas flexibles : ils utilisent une des caractéristiques de cette technologie pour supprimer les bordures d’écran sur les côtés.

Samsung Galaxy S7 Edge

Apple a d’ailleurs bénéficié de cette technologie sur l’iPhone X, qui utilisait un écran OLED de Samsung pour pouvoir réduire la taille du menton du smartphone. L’écran est plié à l’intérieur.

Il y a eu ensuite de nombreux prototypes d’écrans flexibles, à l’image de ReFlex. Malheureusement, aucun d’entre eux n’a été un succès.

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A l’heure où de nombreuses entreprises, comme Lenovo-Motorola, LG, Samsung s’apprêtent à commercialiser des smartphones pliables… il est légitime de se demander si nous en avons vraiment besoin. De plus, il existe des défis techniques à surmonter avec une telle technologie. Les téléphones pliables et flexibles nécessitent des matériaux durables capables de résister à de nombreuses ouvertures et à la fermetures, il faut également concevoir d’autres composants flexibles, telles que des batteries flexibles. J’ai bien peur que les performances actuelles de nos produits, comme la qualité d’affichage ou l’autonomie, ne soient pas au rendez-vous.

Cependant, il existe une bonne raison pour que les smartphones flexibles soient l’avenir de l’industrie : contrairement aux smartphones actuels, ils seraient très résistants. De plus, ils apporteraient de nouveaux usages : on pourrait imaginer un smartphone enroulé autour du poignet, comme une montre connectée, ou encore un smartphone qui se déplierait pour devenir une tablette tactile.

Ces multiples tentatives illustrent également le temps passé par les fabricants à développer ces technologies, ce qui laisse entrevoir les difficultés rencontrées pour créer un tel écran et le produire en quantités suffisantes pour le commercialiser auprès du grand public.

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