
Après avoir exploré la stratégie premium accessible de Changan avec la Nevo A06E, c’est au tour d’une autre entité du groupe de faire l’objet d’un essai routier : Deepal.
Le modèle S05, SUV électrique de taille intermédiaire, marque une étape cruciale puisqu’il concrétise l’arrivée physique du constructeur sur le sol européen. Ma prise en main sur route, complétée par les observations du lancement européen à Munich, permet de jauger ce concurrent direct des Volkswagen ID.4 et Tesla Model Y.
Changan et Deepal
Deepal (Shēnlán ou « Bleu Profond » en chinois) est la sous-marque dédiée aux véhicules à énergies nouvelles (hybrides rechargeables et électriques) de Changan, lancée en 2023.
Positionnée en milieu de gamme, l’ambition de la marque est colossale : atteindre 2 millions de ventes annuelles d’ici 2030, contribuant à l’objectif global de 5 millions d’unités du groupe Changan. Pour l’année 2025, la marque cible déjà une présence dans 90 pays et vise 56 000 unités à l’export. Le S05 est le fer de lance de cette conquête, conçu dès le départ avec des velléités internationales.
Lancement Chine et arrivée en Europe
La carrière commerciale du S05 a débuté en Chine le 20 octobre 2024, un mois après l’ouverture des précommandes. Le succès domestique a été immédiat avec 21 730 commandes enregistrées le premier mois, validant la pertinence du modèle sur son marché local. Parallèlement, Deepal a profité de l’IAA Mobility de Munich en septembre 2025 pour officialiser son lancement européen. L’Allemagne et le Royaume-Uni (prévu début 2026) servent de marchés pilotes avant une expansion plus large.
Design extérieur
Le style du Deepal S05 porte la signature de Klaus Zyciora, ancien chef du design chez Volkswagen, désormais aux commandes du style chez Changan. Avec des dimensions de 4 620 mm de long, 1 900 mm de large et 1 600 mm de haut, il s’inscrit parfaitement au cœur du segment des SUV de taille intermédiaire. Son empattement de 2 880 mm promet une bonne habitabilité. Le design se veut épuré avec une face avant fermée et des optiques à double étage.

Le coefficient de traînée (Cx) s’établit à 0,25, un score honorable favorisé par des poignées de porte affleurantes et des volets aérodynamiques actifs à l’avant. Ce Cx reste néanmoins supérieur au Luxeed R7 (0,219) et Tesla Model Y (0,22) mais inferieur à celui du Volkswagen ID.4 (0,28), se situant dans une fourchette moyenne pour le segment.
À l’arrière, le bandeau lumineux continu légèrement assombri évoque certaines productions comme l’Alfa Romeo Junior ou le Porsche Cayenne.

Un détail distinctif mérite d’être souligné : le logo illuminé sur le pilier C, qui fait également office d’indicateur de niveau de charge de la batterie.
Intérieur minimaliste
L’habitacle opère une rupture radicale en supprimant tout combiné d’instrumentation face au conducteur, reprenant l’approche minimaliste popularisée par Tesla. L’information repose intégralement sur un affichage tête haute (HUD) à réalité augmentée et sur un écran central tactile de 15,4 pouces (résolution 2,5K). Ce dernier, motorisé, peut s’orienter jusqu’à 15 degrés vers le conducteur, une fonctionnalité bienvenue pilotée par la puce Qualcomm 8155.

Cependant, l’examen détaillé des matériaux tempère l’enthousiasme. Si la sellerie en similicuir présente correctement, le reste de la finition souffre d’économies visibles. Les plastiques durs dominent le haut de la planche de bord et les contre-portes. Les surpiqûres tentent de donner un aspect premium, mais le rendu reste « plastique ». L‘imitation bois sur la console centrale manque de réalisme et n’apporte pas la touche qualitative espérée. De plus, l’absence de boîte à gants, un choix d’économie discutable, pénalise la praticité au quotidien.

Capacités de chargement
Le Deepal S05 se rattrape sur les volumes de chargement. Le coffre arrière offre 492 litres en configuration standard, extensible à 1 250 litres une fois la banquette rabattue. Ces chiffres le placent en retrait du Luxeed R7 (656 litres standard) mais devant le Volkswagen ID.4 (543 litres).

Le total de 1 250 litres banquette rabattue reste également inférieur aux 1 770 litres du R7. Mais c’est surtout à l’avant que le S05 se distingue avec un « frunk » (coffre avant) très généreux de 159 litres sur la version propulsion (152 litres sur la version 4 roues motrices), surpassant largement les 108 litres du Luxeed R7. C’est un point fort face à de nombreux concurrents européens qui négligent encore cet espace.

Motorisations
La gamme s’articule autour de deux configurations 100% électriques (BEV). L’entrée de gamme RWD Pro dispose d’un moteur arrière de 200 kW (268 ch) et 290 Nm de couple, suffisant pour abattre le 0 à 100 km/h en 7,5 secondes. C’est honorable mais loin des 3,5 secondes du Luxeed R7 en version AWD.
La version AWD Max ajoute un moteur avant pour une puissance cumulée de 320 kW (429 ch) et 502 Nm, réduisant le sprint à 5,5 secondes, toujours en retrait des références premium. La vitesse maximale est bridée électroniquement à 180 km/h sur les deux versions, et la capacité de remorquage atteint 1 600 kg.
Châssis et suspensions
L’architecture du châssis repose sur des solutions classiques mais éprouvées : une suspension indépendante de type MacPherson à l’avant et un train arrière multibras (five-link) indépendant.
Contrairement au Luxeed R7 qui bénéficie d’une suspension pneumatique adaptative de série, le S05 conserve des ressorts hélicoïdaux conventionnels et des amortisseurs passifs, un choix cohérent avec son positionnement tarifaire chinois. La suspension multibras est la bienvenue, pour le reste, Deepal ne cherche pas à innover mais à rester sur des solutions économes.
Batterie et recharge
Toutes les versions électriques sont équipées d’une batterie LFP (Lithium Fer Phosphate) fournie par CATL, d’une capacité de 68,8 kWh. L’autonomie homologuée WLTP s’élève à 485 km pour la version propulsion et descend à 445 km pour la version intégrale. La consommation WLTP est annoncée à 15,9 kWh/100km pour la version RWD.
Côté recharge, l’architecture reste en 400 volts (contrairement aux tendances 800 volts chez Nevo). La puissance de charge DC culmine à 200 kW, permettant théoriquement de passer de 30 à 80 % en 20 minutes, ou de 10 à 80 % en 28 minutes. Le chargeur embarqué AC est limité à 11 kW.
La fonction V2L (Vehicle-to-Load) est présente, délivrant jusqu’à 6 kW pour alimenter des appareils externes, mais il faudra passer par un adapteur qui n’est pas livré avec le véhicule. Le strict minimum.
Essai dynamique

Lors de notre prise en main à Huizhou, le comportement routier du S05 a révélé deux visages. Côté positif, les suspensions filtrent remarquablement bien les imperfections de la route, offrant un confort de bon niveau sans pompage excessif. L’accélération est linéaire, sans l’effet de cabrage désagréable.
La voiture vire à plat, renforçant le sentiment de sécurité, et la direction, similaire à celle de la Nevo A06, s’avère ici parfaitement calibrée et agréable. Pour autant, des essais menés sous la pluie en Chine ont mis en évidence une tendance au patinage du train arrière sur sol mouillé.
Le freinage est assuré par des disques pleins (non ventilés) à l’avant et à l’arrière. La répartition des masses est bien ajustée, comme souvent sur un véhicule tout-électrique, le S05 se rapproche du rapport 50:50 idéal.
L’insonorisation en milieu urbain est également à saluer, bien que les vitres ne disposent pas du double vitrage. Le réglage des suspensions a été défini comme « ferme mais confortable », une tentative de séduire la clientèle européenne généralement réticente aux amortissements trop souples typiques du marché chinois.
Cependant, l’expérience est ternie par des défauts ergonomiques et de finition agaçants. L’absence de commandes physiques pour le réglage des rétroviseurs extérieurs, obligeant à passer par l’écran, est un irritant majeur au quotidien.
Enfin, pendant mon test, le système de surveillance de l’attention du conducteur s’est montré excessivement intrusif, émettant des alertes dès que le regard se porte vers l’écran central… qui est pourtant la seule source d’information en dehors du HUD.

Technologies
Le S05 embarque la suite ADAS Deepal AD PRO de série, incluant une vision 360 degrés.

Cependant, ce système se limite à un niveau 2 d’autonomie disponible uniquement sur autoroute, et nos tests n’ont pas convaincu quant à sa réactivité et sa fiabilité.

Le système autonome de conduite ne sera donc pas un argument de vente à mettre en avant par les vendeurs, mais ce n’est certainement pas l’objectif de Deepal. Cela restera à vérifier pourtant car, après GAC, Deepal est parmi les deux nouvelles entités, avec Arcfox, à avoir obtenu une licence de conduite autonome niveau 3 par le gouvernement chinois… Cela me semble avoir eu plus de sens pour Nevo, j’attends la confirmation de Changan sur ce point.
Le mécanisme de rabattement de la banquette arrière, laissant la structure exposée, rappelle les standards automobiles des années 1990 et dénote dans un véhicule de 2025. Mais cela permet d’avoir un plancher plat lors qu’on rabat les sièges.
Verdict
Le Changan Deepal S05 est un véhicule sans aucune prétention si ce n’est le fait d’essayer de se distinguer avec son design, son volume et son confort de suspension appréciable. L’espace de chargement est généreux (notamment le frunk) mais la technologie embarquée minimale. En Chine, à moins de 15 000 euros, c’est une offre qui reste attractive pour un SUV de taille intermédiaire.
Positionnement Tarifaire Europe vs Chine
C’est ici que le bât blesse le plus sévèrement. En Chine, le Deepal S05 est proposé entre 119 900 yuans (14 586 euros) et 149 900 yuans (18 234 euros). Pour le marché européen, les tarifs annoncés débutent à 38 990 euros pour la version RWD Pro et grimpent à 44 990 euros pour la version AWD Max en Allemagne. Cela représente un coefficient multiplicateur de près de 2,7.
Ce triplement du prix, justifié par les coûts logistiques, les mises aux normes et surtout les droits de douane compensatoires de l’UE, place le S05 dans une position délicate. À près de 40 000 euros, il se retrouve frontalement opposé à des véhicules bien mieux établis, disposant de réseaux d’après-vente denses et d’une image de marque solide, ce qui fait cruellement défaut à Deepal aujourd’hui.
Les Tesla Model Y, Volkswagen ID.4, Peugeot 3008 et Renault Scénic E-Tech peuvent donc respirer, pour le moment.
L’analyse du Deepal S05 appelle naturellement une comparaison avec son grand frère, le Deepal S07, qui sera prochainement testé dans nos colonnes. Ce dernier, positionné sur le segment supérieur avec des dimensions plus généreuses et un positionnement tarifaire légèrement supérieur, pourrait-il mieux justifier l’équation économique européenne ? Réponse dans un prochain essai comparatif détaillé.

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