Des projets « finis » à l’IA : pourquoi l’un des leaders de la décompilation de jeux jette l’éponge

 
Le 15 octobre 2026, Luke Street a fermé l’index public de decomp.dev. Son site suivait depuis 2024 la décompilation de jeux rétro, et il n’accepte plus de nouveaux projets. Son créateur accuse l’IA d’avoir cassé l’entraide entre bénévoles.
Source : Nintendo

Vous avez peut-être déjà vu passer ces jauges qui montrent où en est la décompilation d’un vieux jeu Nintendo, de Metroid Prime à Pikmin 2. Beaucoup venaient de decomp.dev, un site lancé en 2024 par le développeur Luke Street, connu sous le pseudo « encounter ». Ce jeudi 15 octobre, il a retiré la liste publique des projets et bloqué l’ajout de nouveaux jeux. Il reproche à l’IA d’avoir transformé un travail d’équipe en course aux pourcentages.

La décompilation consiste à reconstruire le code source d’un jeu à partir du programme d’origine, fonction par fonction. Les projets suivis par le site s’imposent une règle stricte. Une fois compilé, le code réécrit en langage C doit redonner exactement le même code machine que le jeu d’origine, octet par octet.

Ce travail occupe souvent des équipes de bénévoles pendant des années. Une fois fini, il permet de comprendre le jeu, de le modifier ou de le faire tourner sur PC sans émulateur. C’est le cas de Super Mario Galaxy, devenu fin septembre le premier jeu Wii entièrement décompilé.

Des projets « finis » à l’IA, sans leurs auteurs

Luke Street ne s’en prend pas à l’outil lui-même. Dans son annonce, il reconnaît qu’avec de bonnes consignes, une intervention humaine et des relectures de code, l’IA peut accélérer la décompilation « de façon significative ». Par contre, il juge que l’aspect communautaire de la décompilation est désormais « cassé ».

Les projets listés sur decomp.dev sont open source, c’est-à-dire que leur code est public pour attirer des contributeurs. Selon Luke Street, certains en ont profité pour copier des projets en cours et les « finir » avec l’IA, contre l’avis de ceux qui les avaient lancés. D’autres se sont dépêchés de sortir des portages PC à peine fonctionnels, construits sur des décompilations auxquelles ils n’avaient pas participé.

Zelda : The Windwaker, l’un des premiers jeux recompilé grâce à l’IA

La recompilation statique complique encore les choses. Ces outils traduisent automatiquement le code d’un jeu pour qu’il tourne sur un PC moderne, sans passer par la décompilation. Plusieurs portages récents se sont fait aider par l’IA, comme celui qui fait tourner Zelda Wind Waker sur PC sans émulateur. Et la méthode divise les développeurs passionnés.

Luke Street avait conçu decomp.dev pour faire de la décompilation un jeu. Voir la jauge monter motivait les bénévoles, à une époque où chaque fraction de pourcentage demandait un vrai effort humain. Pour lui, l’idée est devenue « un jeu de chiffres creux », porté par des gens qui veulent juste brûler des tokens (l’unité de texte que facturent les modèles d’IA) pour faire grimper le compteur.

Microsoft s’intéresse aussi aux portages

Le phénomène ne touche pas que les bidouilleurs. Ce mardi 13 octobre, Asha Sharma, CEO d’Xbox, a lancé Xbox Labs. Cette petite équipe doit explorer de nouvelles façons de porter et de remixer des jeux, après plusieurs semaines de mods faits avec l’IA. Côté PlayStation, l’émulation PS5 sur PC avance elle aussi très vite avec l’aide de l’IA.

Pour autant, decomp.dev ne disparaît pas complètement. Les pages des projets déjà inscrits et leur historique restent en ligne, et la page d’accueil affiche encore les dernières mises à jour de Super Smash Bros. Melee ou de Metroid Prime.

Un remplaçant s’est déjà manifesté. ByteMatch se présente comme un successeur open source de decomp.dev. Il promet que les badges de progression existants continuent de marcher : il suffit de remplacer le nom de domaine dans leur adresse.


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