
100 000 postes supprimés en l’espace d’un an chez BYD. Soit l’équivalent de 10 % de la masse salariale. C’est énorme. Nous avions déjà évoqué la baisse inédite des bénéfices de BYD pour l’année 2025, un contexte financier tendu qualifié de « phase éliminatoire impitoyable » par Wang Chuan-fu, le président du conseil d’administration.
Mais un autre chiffre du dernier rapport annuel interpelle : l’entreprise est passée de 970 000 à 870 000 salariés. Comment expliquer une telle saignée sociale alors que le constructeur continue de croître à l’international ?
Un paradoxe entre des ventes en hausse et des usines qui se vident
La première hypothèse qui vient à l’esprit face à un plan de départ d’une telle ampleur est souvent liée à une chute drastique des commandes. Pourtant, la réalité est toute autre.
Selon les données compilées par le média financier chinois Ifeng, BYD a vendu 4,6 millions de véhicules en 2025. Cela représente une augmentation de 330 000 unités par rapport à l’année précédente. Les produits trouvent donc preneurs, avec des exportations qui ont même bondi de 150 % pour dépasser le million d’unités.

Le licenciement massif n’est donc pas une mesure de survie dictée par des parkings remplis d’invendus. La véritable raison se trouve directement sur les lignes de montage. Le constructeur est en train de modifier en profondeur sa façon de fabriquer des voitures. L’heure est au remplacement de la main-d’œuvre humaine par des robots industriels et des systèmes automatisés.
La course à l’efficacité opérationnelle
Cette transition technologique radicale est d’ailleurs assumée par la direction. Interrogée sur cette coupe dans ses effectifs, la réponse officielle ne laisse aucune place au doute quant à la stratégie adoptée.
Selon Carnewschina, « l’entreprise a attribué cette baisse à une restructuration, à des améliorations de l’efficacité et à des mesures de gestion des coûts plutôt qu’à un affaiblissement de la demande. »
Dit autrement, BYD cherche à produire plus vite et moins cher grâce à la robotisation de ses usines. C’est une démarche vitale pour conserver son avance, surtout quand on sait que la Chine bénéficie déjà d’avantages structurels colossaux pour réduire ses coûts de fabrication face à l’Europe. L’automatisation à outrance permet de réduire la masse salariale tout en augmentant la cadence, une équation financière redoutable pour la concurrence.
Maintenir les marges après la guerre des prix
Si BYD cherche à faire des économies sur sa ligne de production, c’est aussi parce que sa rentabilité est attaquée. Le rapport financier montre une baisse de la marge brute, passant de 19 % en 2024 à environ 18 % en 2025. Cette érosion peut surprendre au premier abord, car les autorités chinoises ont sifflé la fin de la guerre des prix destructrice qui ravageait le secteur l’année dernière.
Cependant, la compétition s’est simplement déplacée. Au lieu de baisser frontalement les tarifs de son catalogue existant, BYD a lancé (énormément) de nouveaux modèles destinés à faire du volume, positionnés avec des prix de lancement particulièrement bas.

Il s’agit d’une guerre des prix déguisée, qui pèse inévitablement sur la rentabilité globale. Le constructeur indique d’ailleurs noir sur blanc dans son rapport annuel que « la concurrence sur les prix s’est intensifiée. ».
Des investissements colossaux pour l’avenir
Pour compenser cette pression sur le marché intérieur, BYD investit massivement pour s’exporter, avec des dépenses en immobilisations (achats de terrains, d’équipements, construction d’usines) qui pourraient dépasser les 200 milliards de yuans en 2025, toujours selon les estimations du média Ifeng.
Le constructeur prépare le terrain pour ses futures usines automatisées à travers le monde, notamment en Europe, avec des marges brutes à l’exportation qui atteignent déjà 19,46 %, soit près de 3 points de plus que sur son marché domestique.
Face à ce rouleau compresseur industriel qui optimise chaque robot pour faire baisser les coûts de production, l’industrie traditionnelle semble parfois hésiter sur la marche à suivre. Une frilosité politique et industrielle qui pourrait coûter cher, certains observateurs craignant que le ralentissement européen sur l’électrique ne finisse par offrir le marché sur un plateau d’argent aux constructeurs chinois.
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