
Tout s’est accéléré dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 octobre, lorsqu’un développeur opérant sous le pseudonyme de Ravens Claw X a publié sur X une vidéo montrant une Switch 2 faire tourner un « Homebrew Launcher ».
Ce menu d’accueil alternatif sert de tableau de bord pour lancer des logiciels faits maison (les homebrews, comme des émulateurs ou des utilitaires) que le constructeur japonais n’a jamais autorisés. Cette démonstration survient à peine un jour après la mise en ligne par le chercheur Sammy Hajhamid de ns2jb, le tout premier débridage (jailbreak) purement logiciel de la machine, comme nous l’expliquions lors de son annonce. Publiée le jeudi 22 octobre comme une preuve de concept, la faille dispose donc déjà d’une interface graphique prête à accueillir les futures applications de la communauté.
La vidéo montre un écran bleu d’abord vierge qui se remplit d’une liste de programmes, le tout pilotable aussi bien à la manette qu’avec l’écran tactile de la console.
Quelques heures plus tôt, le même développeur avait préparé le terrain en affichant un cube 3D en rotation affiché grâce à Vulkan (l’API graphique moderne qu’utilisent les jeux récents), avant de valider la prise en charge des boutons.
Le clin d’œil parlera immédiatement aux vétérans du piratage sur Nintendo 3DS et sur la première Switch, où un menu portant exactement le même nom servait déjà de rampe de lancement aux logiciels tiers, d’où le message « Welcome back! » affiché à l’écran.


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Fort de cette avancée, Ravens Claw X a fait voter ses abonnés pour choisir le premier outil complet à coder, entre une simple calculatrice, un serveur FTP pour transférer des fichiers sans fil entre un PC et la console, et l’inévitable portage du jeu culte Doom. Le serveur FTP, baptisé ftpd-sb, est sorti dès le vendredi 23 octobre. Il n’accède toutefois qu’aux fichiers de SmileBASIC, ni au reste du système ni à la carte SD.
Un menu encore prisonnier des limites de SmileBASIC
Ce lanceur repose toutefois sur un socle technique très étroit. En l’état, la faille ns2jb ne détourne que quelques modules du système d’exploitation (dont le module « fs », chargé de gérer les fichiers) et n’atteint pas le noyau, et la manipulation s’efface dès qu’on éteint la console, obligeant à tout relancer à chaque redémarrage.
L’opération nécessite d’ailleurs d’avoir un Mac ou un PC sous Linux connecté au même réseau Wi-Fi que la Switch 2 pour injecter l’attaque.
Selon le site spécialisé OneJailbreak, Ravens Claw X reconnaît lui-même les limites de ses démonstrations : ses programmes restent enfermés dans le bac à sable de SmileBASIC (le logiciel qui sert de cheval de Troie), et la console refuse toujours d’exécuter librement du code non certifié par Nintendo avec un accès total à la machine.
Fait amusant, la biographie X du bidouilleur prévient que tout son travail est « vibe coded », c’est-à-dire généré en grande partie par une intelligence artificielle, exactement comme le jailbreak ns2jb conçu avec l’aide de Codex, l’assistant de programmation d’OpenAI.
Nintendo contre-attaque en vidant les rayons de l’eShop
Du côté de Kyoto, la riposte n’a pas attendu l’apparition de ce menu pirate. D’après les constatations de Nintendo Life, le géant japonais a discrètement retiré l’application SmileBASIC 4 de sa boutique en ligne juste après la divulgation de ns2jb, sans faire le moindre commentaire officiel.
Toute la mécanique du piratage démarre en effet dans ce petit logiciel d’apprentissage du code, initialement sorti sur la première Switch : c’est aujourd’hui le seul point d’entrée public du jailbreak, même si Sammy Hajhamid et le hacker hexkyz estiment, d’après GBAtemp, que tout logiciel capable d’atteindre le module « fs » pourrait exploiter la même faille.
La manœuvre rappelle trait pour trait l’épisode de 2016 sur Nintendo 3DS, lorsque l’éditeur avait banni une précédente version de ce même programme avant de la remettre en vente un mois plus tard, une fois la brèche colmatée.
Ce retrait rapide donne d’ailleurs raison à Gezine, figure du jailbreak sur PS5 qui travaille aussi sur la Switch 2 depuis des mois, et qui a estimé sur X que Sammy Hajhamid avait dévoilé sa faille trop tôt.
Pour autant, ce retrait de l’eShop ne règle le problème qu’à moitié pour le constructeur. Si plus aucun nouveau curieux ne peut acheter le logiciel fautif, les exemplaires déjà téléchargés par les joueurs restent parfaitement fonctionnels sur la mémoire de leurs consoles.
Pour fermer définitivement la porte, les ingénieurs de Nintendo vont devoir déployer une mise à jour du système d’exploitation afin de réparer directement le module de gestion des fichiers.
D’ici là, toute Switch 2 maintenue sous la version logicielle 23.0.1 et possédant déjà SmileBASIC 4 dans sa bibliothèque reste grande ouverte aux expérimentations du jailbreak.
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