Prix de la RAM qui s’envolent : Samsung, SK Hynix et Micron accusés d’avoir organisé la pénurie

RAMpocalypse au tribunal

 
Trois fabricants se partagent quasiment tout le marché de la mémoire vive, les prix explosent, et des clients américains les accusent de s’être entendus. Si vos prochains achats tech coûtent plus cher, c’est en partie ce qui se joue ici.
La crise de la RAM perdure // Source : Frandroid

Le 25 juin 2026, Samsung, SK Hynix et Micron ont été attaqués devant un tribunal fédéral de Californie. La plainte accuse les trois fabricants d’avoir verrouillé l’offre et les prix de la mémoire vive. Le nom donné à cette période par les plaignants résume l’ambiance : la « RAMpocalypse ».

Concrètement, la DRAM n’a jamais coûté aussi cher. On vous expliquait récemment que les tarifs pourraient encore doubler, et les chiffres des cabinets spécialisés confirment la tendance.

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Ce que reproche la plainte aux trois géants

Samsung, SK Hynix et Micron contrôlent ensemble la quasi-totalité du marché de la DRAM. D’après IEEE Spectrum, ce trio compte pour plus de 95 % de la production mondiale. La plainte affirme que les trois ont coupé leur production en même temps, organisé un virage coordonné vers la mémoire HBM destinée à l’IA, et abandonné d’anciens formats comme la DDR3 et la DDR4 pour resserrer l’offre de mémoire classique.

Petit décodage du jargon. La HBM (High-Bandwidth Memory) est une mémoire empilée en couches, très rapide, que les fabricants collent autour des puces d’intelligence artificielle de Nvidia ou d’AMD. Elle se vend bien plus cher que la mémoire grand public, d’où l’intérêt à réorienter les usines vers elle. Le problème, c’est que les mêmes lignes de production servent aux deux. Chaque plaque de silicium attribuée à une pile HBM pour un GPU Nvidia est une plaque retirée à la mémoire d’un smartphone milieu de gamme ou au SSD d’un ordinateur portable.

La plainte va plus loin sur un point : elle reproche à Micron d’avoir fermé Crucial, sa marque de mémoire grand public, au moment où ce segment était pourtant le plus rentable de son histoire. Pour les plaignants, représentés par le cabinet new-yorkais Bathaee Dunne, ces décisions contredisent la logique économique normale et trahissent une entente.

Pourquoi les prix s’envolent vraiment

L’envolée des tarifs est bien réelle, et elle ne fait pas débat. Les prix contractuels de la DRAM classique devaient grimper de 90 à 95 % sur le premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Pour la mémoire des PC, la hausse attendue dépassait même les 100 % sur un seul trimestre. Autrement dit, un doublement du prix en trois mois.

La cause de fond, c’est l’appétit des centres de données pour l’IA. IDC s’attend à ce que les centres de données absorbent 70 % de toute la mémoire produite dans le monde en 2026, contre 20 à 30 % il y a encore quelques années. La demande des géants du cloud (Microsoft, Google, Meta, Amazon) a littéralement inversé les priorités de l’industrie. Ce ne sont plus les smartphones et les PC qui tirent la production, mais les serveurs d’IA.

Le souci pour le portefeuille, c’est que la mémoire pèse lourd dans le coût d’un appareil. Selon IDC, elle représente 15 à 20 % du coût total des composants d’un smartphone milieu de gamme. Quand son prix double, les fabricants n’ont que deux options : augmenter les tarifs ou rogner sur les caractéristiques. Apple a déjà relié plusieurs hausses de prix à cette flambée. Cette obsession pour l’IA fait clairement grimper le prix de vos appareils, des consoles aux PC.

Entente illégale ou simple loi du marché ?

C’est tout l’enjeu, et il faut rester prudent. Le même trio avait déjà été attaqué pour entente sur les prix de la DRAM. La cour d’appel du Neuvième Circuit avait écarté cette précédente plainte : les juges avaient estimé que le comportement parallèle des trois fabricants s’expliquait plus probablement par une concurrence rationnelle dans un marché très concentré que par un accord secret.

La nuance est de taille. Trois acteurs qui dominent un marché et prennent les mêmes décisions au même moment, ça ressemble à une entente, mais la justice américaine exige des preuves d’un véritable accord, pas seulement une coïncidence de stratégie. La nouvelle plainte devra apporter ce « quelque chose en plus » qui avait manqué la dernière fois. Ses chances d’aboutir restent donc très incertaines.

Pour l’acheteur, le procès ne changera rien à court terme. Que les hausses viennent d’une entente ou de la simple mécanique offre-demande, le résultat est le même dans les rayons. Smartphones, PC, consoles et SSD vont coûter plus cher en 2026, et probablement au-delà. Si vous pensiez à changer de machine ou à ajouter de la mémoire, l’attente risque de vous coûter davantage qu’un achat anticipé.


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