Hausse des prix de la RAM, délais rallongés et pénurie, tout comprendre de la crise de la RAM

Micron Explosion

 
Vous entendez partout sans peut-être réellement comprendre les enjeux. La mémoire RAM s’arrache à prix d’or en ce moment et certains acteurs délaissent même le marché grand public. Une situation qui concerne en premier lieu les PC, mais pourrait par capillarité atteindre tous les produits tech. On vous explique tout ce que vous devez savoir à propos de la crise de la RAM.
Design pas fait par IA parce que faut pas déconner : Clément Gareau pour Frandroid

C’est l’une des actualités phares depuis le début d’années, le prix des barrettes de RAM et a fortiori des composants PC flambe depuis la seconde moitié de l’année. Une situation qui pourrait perdurer et surtout qui s’apprête à impacter durablement votre portefeuille.

Nous avons élaboré un dossier récapitulatif pour tout comprendre de la situation, ses enjeux et surtout les perspectives d’avenir.

Notre vidéo sur la situation

Que se passe-t-il ? La chronologie des événements

Vous l’avez sans doute vu passer dans votre fil d’actualité, le marché de la mémoire RAM connaît depuis quelques mois, une crise sans précédent. Le prix d’une simple barrette de RAM atteint désormais celui d’une console de jeu.

Par exemple, la paire Corsair Vengeance DDR5 à 32 Go, que nous recommandons dans notre guide d’achat des meilleures barrettes de RAM, est passée de 119 euros le 17 octobre 2025 à 439 euros le 26 mars 2026 sur Amazon, soit une augmentation de près de 268.91 % pour ce produit.

Dans la même veine, un composant comme le SSD Samsung 980 Pro NVMe 2 To qui peut être installé dans une PS5 subit la même inflation. Au 17 octobre, le produit était disponible à 190 euros, il est au 26 mars vendu à 437 euros sur Amazon soit une augmentation de 130 % sur cette période.

Surtout, ce qu’il est important de noter sur cette situation, c’est que celle-ci est amenée à durer. En effet, les acteurs construisant de la RAM concentrent leurs forces de production à destination de leur clientèle professionnelle de l’IA.

L’IA : le principal coupable

Comme évoqué plus haut, ce sont les acteurs de l’IA qui concentrent la plus grosse demande de mémoire RAM, vampirisant toutes les parts de marché. C’est ce que confirment nos confrères de Tom’s Hardware. En effet, pour entraîner leurs modèles de langage, chaque entreprise nécessite des datacenters avec des quantités énormes de mémoire RAM.

Attention toutefois, les géants de l’IA ont besoin d’une RAM différente de ce qu’on retrouve dans nos PC, smartphones ou consoles. Il s’agit de mémoire HBM pour High Bandwidth Memory. Cette dernière dispose d’une bande passante bien plus élevée afin d’y transporter beaucoup plus de données et de gérer plus d’informations.

Le problème ? Comme l’a prédit l’analyste Jeff Janukowicz, d’IDC auprès du MagIT, la demande exceptionnellement forte couplée à la fabrication coûteuse de la HBM a contribué à faire gonfler une bulle qui vient d’exploser sous nos yeux.

D’après une de nos sources interrogées lors du MWC, les principales entreprises de l’IA s’accaparent même le silicium, matière première pour fabriquer des composants.

« OpenAI, par exemple, n’achète pas des modules finis, ils achètent sur galette de silicium qu’ils stockent chez les fondeurs et se servent dedans quand ils en ont besoin en s’occupant eux-mêmes de l’encapsulage. »

La crise au Moyen-Orient

Le conflit armé en Iran initié par les Etats-Unis et Israël pourrait encore aggraver la crise des composants. D’après nos confrères de Reuters, les dirigeants sud-coréen craignent que le conflit se prolonge. En effet dans la région, le Qatar est le premier producteur d’hélium, un gaz très rare nécessaire pour stabiliser les températures lors de la gravure des puces.

Il vient s’ajouter à cela la situation du baril de pétrole. Avec les tensions régionales, le prix de ce dernier est passé, momentanément, au dessus des 100 dollars. Une barre symbolique mais qui peut avoir des répercussions sur les coûts de production.

De leur côté les marques comme SK Henix assurent avoir un stock de sécurité. Mais au regard des coûts humains de la crise en Iran, la question du tarif des composants peut paraître rapidement dérisoire.

Pourquoi la HBM est-elle si coûteuse ?

La HBM est un produit qui empile les puces à la verticale pour de meilleures performances, mais elle en requiert beaucoup. Ces dernières sont produites via des disques de silicium nommés wafers, mais en quantité limitée. C’est pourquoi les fabricants doivent choisir entre la DDR5 et la HBM.

Le marché de la RAM bipolarisé

D’autant plus que le marché de la mémoire RAM est un peu particulier. Seuls trois constructeurs se partagent un énorme gâteau à l’échelle mondiale : Micron, Samsung et SK Hynix. Ces derniers ont d’ores et déjà fait des choix drastiques sur leurs lignes de production.

Source : Crucial

D’abord au mois d’avril 2025, nous apprenions que Samsung arrêtait sa production de RAM DDR4. Un choix réalisé pour accentuer les forces du constructeur sur la DDR5 et la HBM. Ce qui a déjà fait augmenter le prix des barrettes en DDR4, même s’il s’agit d’une norme vieillissante.

C’est Micron qui a fait tomber le domino suivant avec l’annonce de l’arrêt des barrettes de RAM grand public Crucial et l’objectif assumé de se tourner vers plus de profit pour fournir les acteurs de l’IA. D’ici à juin 2026, les stocks vont donc se tarir.

SK Hynix et Samsung, de leur côté, n’ont pas l’intention d’augmenter leur production, ce qui est un terrain fertile à l’augmentation des tarifs.

Un contexte déjà fragile

Petit retour vers le passé. Il y a bientôt 6 ans, la crise du Covid frappait le globe avec un confinement nous forçant toutes et tous à rester chez nous. Sur ce laps de temps, les usines ferment les unes après les autres, mais la consommation continue. Les acteurs de composants se retrouvent avec des carnets de commandes pleins… Et personne pour les exécuter.

Résultat ? Certains composants se vendent à prix d’or, notamment les cartes graphiques. Une situation dont les acteurs du Bitcoin profitent pour créer une rétention sur le stock existant qui leur sert à miner la cryptomonnaie. Les conséquences sont simples : flambée des prix, stocks à flux tendus et il était resté difficile, quelques années après, de trouver des cartes graphiques à des prix raisonnables.

Les autres composants PC eux aussi siphonnés

Outre la rétention des barrettes de RAM, les autres composants PC sont eux aussi peu à peu siphonnés par les géants de l’IA. C’est ce que confirme Nikkei Asia citant le témoignage d’un fabricant de serveurs.

« Auparavant, le délai de livraison moyen pour un processeur était d’environ une à deux semaines, mais aujourd’hui, ce délai s’est allongé pour atteindre en moyenne huit à douze semaines. »

Ainsi les constructeurs de PC voient leurs délais rallongés avec donc des livraisons. Un impact qui est déjà répercuté dans les prix chez certains fabricants. C’est déjà le cas d’Asus et Acer qui ont annoncé une inflation de 30 % sur leurs prochains produits. Face à la rétention des GPU, les acteurs de l’IA se sont ainsi tournés vers AMD et Intel pour subvenir aux besoins de leurs calculateurs.

Une situation confirmée par les deux acteurs principaux sur le marché des CPU évoquant depuis le dernier trimestre de 2025 une demande de plus en plus importante. Lors de leurs derniers résultats financiers Lisa Su, CEO d’AMD le confirmait :

« Vous savez, nous constatons une forte demande en processeurs, pour être franc, en raison de l’augmentation de la demande en matière d’inférence* »

*L’inférence est l’exécution de l’IA lorsque vous lui demandez une requête.

Quelles conséquences sur le marché de la tech ?

Cette crise de la mémoire RAM à l’échelle mondiale a déjà un impact concret au niveau de la consommation : l’augmentation des prix moyens de 252 % entre septembre et décembre pour les différents les composants. Dans un premier temps, ce sont tous les composants qui trinquent (GPU, carte SD, SSD) avant de toucher les produits comme les PC, les smartphones et même la Nintendo Switch 2.

Les prévisions pour le marché du smartphone ne sont pas non plus au beau fixe. Selon le cabinet d’analyses TrendForce, les smartphones milieu de gamme, qui pour le moment ont droit jusqu’à 12 Go de RAM, pourraient être seulement limités à 8 Go. Il faut donc s’attendre à voir des smartphones un peu moins fiables en termes de fluidité.

Il en va de même sur le marché des PC portables. Alors que Windows 11 et les fonctions IA consomment de plus en plus de ressources, les constructeurs tendent à proposer 8 Go de RAM sur les appareils milieu de gamme. C’est en tout cas l’analyse, là encore, de TrendForce. Certains constructeurs ont même déjà annoncé cette intention de faire de la « Shrinkflation ». HP a déjà prévenu ses investisseurs en ce sens.

Pire, même, les constructeurs de GPU que sont Nvidia et AMD préparent déjà des mesures drastiques. Selon les informations de nos confrères, certains modèles d’entrée et milieu de gamme seraient purement et simplement annulés. À revers, les ventes de cartes mères s’effondrent, obligeant là encore les constructeurs à revoir leurs plans.

Surtout l’industrie technologique s’apprête à affronter un autre problème d’envergure : le downgrade. Beaucoup de constructeurs PC notamment envisageraient un retour en arrière des configurations PC notamment pour se contenter de faire tourner Windows 11. C’est ce que confirme notre source contactée au MWC.

« On est peut-être en train de réfléchir à refaire des PC en 8 Go / 256 Go ou 8 Go / 512 Go. Revenir aux ports microSD est aussi une solution à l’étude. »

Quel impact sur les marques ?

Comme attendu, beaucoup de constructeurs majeurs sont interrogés à propos d’une éventuelle augmentation de prix sur leurs produits. C’est le cas de la Nintendo Switch 2 très attendue au tournant, mais aucune augmentation n’est prévue d’après Shuntaro Furukawa. Toutefois, selon nos confrères de Bloomberg, la situation pourrait changer dans les mois à venir.

En revanche pour Sony, le son de cloche est différent. En effet, malgré une communication rassurante de la part des pontes de l’entreprise, le couperet est tombé : une augmentation de prix concernant toutes les consoles PlayStation. A la clé toutes les versions de la PS5, Digital Edition ou PS5 Pro prennent 100 euros. Dans un communiqué officiel, Isabelle Tomatis, vice-présidente et responsable marketing de Sony Interactive Entertainment, se justifie en évoquant « des pressions persistantes qui pèsent sur le paysage économique mondial ».

Hausse de prix des PS5 // Source : Frandroid

Cependant, il n’y a pas que des bonnes nouvelles. On sait d’ores et déjà que le prix de la Steam Machine est impacté par le crise. De même, nos confrères de The Verge ont constaté des ruptures de stock du côté des Steam Deck LCD et OLED. Du côté des augmentations de prix déjà actée, le Raspberry Pi voit son tarif augmenter jusqu’à 60 dollars. La marque indépendante Framework vient aussi d’annoncer une hausse de prix à cause de la flambée de la DDR5.

Le Raspberry Pi 3 // Source : Frandroid

Cela pourrait même conduire, d’après Pua Khein-Seng, fondateur de Phison, à de nombreuses faillites. Outre les acteurs de l’IA, c’est Nvidia qui est pointé du doigt

Une situation qui pourrait durer jusqu’en 2028

Comme évoqué plus haut, la stratégie de profitabilité de Samsung et SK Hynix provoque une rétention de l’offre sur le marché. D’autant plus que selon certains analystes, la demande en 2026 va bondir. Le temps que le marché se régule et réagisse en conséquence, un retour à la normale des prix est prévu pour 2028.

Pour le moment, les projections d’augmentation sont surtout prévues pour le premier trimestre de 2026. Ensuite, le marché risque de se stabiliser sur 6 mois selon les réactions du secteur de l’IA. Il est aussi possible que la bulle de l’IA explose en plein vol. Mais l’on entre ici dans le terrain de la spéculation…

Une bulle de l’IA prête à exploser ?

Du côté des acteurs de l’IA, l’actualité est aussi très riche avec des rebondissements et de premiers signes d’une fragilité et des recherches de solutions.

Google trouve des solutions pour réduire les ressources de RAM

D’abord avec Google qui propose une solution nommée TurboQuant. C’est un algorithme qui divise par six les besoins en RAM des grands modèles de langage. Pour vous ? Si vous n’êtes pas un usager régulier de l’IA, cela ne changera pas grand chose. En revanche côté entreprises, TurboQuant pourra alléger fortement les ressources nécessaires pour les fonctions IA.

Dans les faits, c’est rassurant mais pour le moment restons prudent. En effet, les géants de l’IA pourraient être tentés de développer des modèles d’autant plus complexes et gourmands en ressources. Il y a quand même de l’espoir pour que cet algorithme soit intégré dans les produits grands publics.

Open AI en difficulté ferme son générateur de vidéo

Chez OpenAI, le contexte est un peu plus morose. En effet dans un court message de service, Sam Altman CEO d’Open AI annonce la fermeture de son service de génération de vidéos par IA : Sora. Selon le Wall Street Journal, ce sont les coûts trop importants de la plateforme qui sont en cause.

Cet arrêt brutal de Sora fait tomber un autre élément majeur pour l’entreprise : la dissolution du deal à un milliards de dollars noué avec Disney. En ce sens, OpenIA cherche désormais la rentabilité et vise le marché professionnel.

Nvidia dans la tourmente

Chez Nvidia, la situation est un peu particulière puisque la firme est à la fois fournisseur et créateur de solutions IA notamment avec sa technologie phare le DLSS. Dans la cinquième version de sa technologie, le constructeur se base encore plus sur l’IA générative pour améliorer l’image et offrir un vrai rendu photoréaliste des jeux sur lesquels il est appliqué.

Or une fois les premières images proposés sur les différents internets, la polémique autour du DLSS 5 n’a cessé d’enfler. En effet, Nvidia est accusé via cette technologie de trahir l’intention créative des développeurs de jeu. Ce qui a logiquement obligé Jensen Huang, CEO de Nvidia, a tempérer les propos disant que la technologie est influencée par les contenus qu’elle doit modifier et non par sur son propre modèle.

Reste que la polémique montre que la communauté voit ce genre de technologies comme un véritable repoussoir quand bien même Nvidia présenterait les meilleures intentions du monde.

Peux t-on faire confiance aux fondeurs chinois ?

Depuis le début de la pénurie, plusieurs spécialistes se tournent vers le marché chinois des fondeurs comme CMXT pour donner un second souffle à l’industrie. Si dans un premier temps les prix venant de ces marques étaient intéressants, la réalité du marché les a rattrapés.

Ensuite parce que les fondeurs chinois, pour répondre à la demande mondiale, doivent mettre en place un projet d’envergure sur deux années. En bref pour le moment la situation s’enlise. Notre conseil, vous pouvez vous tourner vers des barrettes de RAM chinoise mais ne vous attendez pas à ce que ce soit la panacée.

Quels conseils pour vous ?

Pour vous aider à naviguer dans cette crise, la rédaction de Frandroid vous délivre quelques conseils pour vous épauler.

  • Achetez rapidement ce dont vous avez besoin. Ne faites pas de panic buy, mais prenez conscience d’une chose : les prix ne baisseront pas en 2026. Que ce soit un simple composant ou un produit comme un smartphone, c’est le moment opportun.
  • Si vous êtes à la recherche d’une barrette de RAM, pas besoin de se fournir obligatoirement en neuf. Le marché de l’occasion fourmille de produits fiables en DDR4 ou même en DDR5.
  • Repensez vos besoins en mémoire RAM. Vous avez un usage gaming assez peu poussé ? Parfois, 16 Go de mémoire vive sont suffisants pour vos usages.
  • Tournez-vous vers des marques grand public. Il est possible de choisir des marques comme Corsair, G.Skill ou Kingston. Si ces marques ne produisent pas elles-mêmes leurs composants, elles se destinent au grand public.
  • Essayer des OS alternatifs comme Linux pour faire tourner vos logiciels avec moins de ressources.

Faut-il se tourner vers des produits de seconde main ?

L’un des bons réflexes lorsque le marché du neuf est de se tourner vers de la seconde main. Par ailleurs, si vous trouvez une bonne affaire en occasion ou reconditionné, cela peut-être un moyen de payer moins cher. Cependant, d’après le long et très bon papier de Corentin Béchade pour nos confrères du site Les Numériques, la situation est bien différente pour les acteurs du secteur.

Sur le secteur des PC portables la plupart des machines revendues auprès de revendeurs spécialisés sont désormais dépourvues de stockage RAM et SSD. Pour les smartphones, la situation est un peu différente. Les cabinets d’analyse estiment que les mobiles et PC entrée de gamme vont le plus souffrir de la situation. Ce qui pousse les clients à se tourner vers les bonus de reprises voire le leasing.

La RAM, à quoi ça sert ?

Vous nous voyez discourir depuis de nombreuses lignes autour de la RAM sans savoir pour autant ce que cela veut dire. Celle-ci, appelée aussi « mémoire vive », est indispensable pour la plupart des produits tech exécutant des tâches.

Source : Crucial

La mémoire RAM stocke temporairement les données et programmes en cours d’utilisation. Ce qui permet ensuite de charger et de faire tourner les applications plus rapidement, de permettre un usage multitâche et d’offrir une fluidité globale accrue. Comprenez : plus vous avez de mémoire RAM, plus votre appareil sera fluide, à condition évidemment d’avoir suffisamment de puissance interne.


Certains liens de cet article sont affiliés. On vous explique tout ici.


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