« Sous les 200 dollars, il est presque impossible de fabriquer des smartphones rentables » : Omdia prédit la fin des smartphones pas chers

 
Lors d’une table ronde organisée en marge du lancement des Oppo Find X10, le cabinet Omdia a détaillé les conséquences de la hausse des coûts des composants. Les smartphones à moins de 100 dollars deviennent impossibles à rentabiliser.
Runar Bjørhovde // Source : Frandroid

Produire un smartphone neuf sous la barre des 100 dollars devient de plus en plus difficile. En cause, une hausse brutale du tarif des semi-conducteurs et plus particulièrement de la mémoire au cours des douze derniers mois. Runar Bjørhovde, analyste principal chez Omdia, l’a expliqué cette semaine lors d’une table ronde organisée en marge du lancement européen des Oppo Find X10 : « L’industrie du smartphone traverse probablement l’année la plus drastique de son histoire. »

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Le prix de la mémoire multiplié par cinq ou six

La première raison est matérielle. Les constructeurs font face à des tarifs de mémoire jusqu’à cinq à six fois plus élevés que l’année dernière. Cela touche la mémoire vive et le stockage.

Sur les produits abordables, cette hausse a un impact immédiat sur la facture matérielle. Le coût de la mémoire sur un appareil d’entrée de gamme est passé d’environ 10 dollars à 60 dollars en un an. Ce seul composant représente désormais 60 % du coût total des composants.

Runar Bjørhovde est catégorique : « À l’heure actuelle, il est presque impossible de fabriquer un téléphone qui coûte moins de 100 dollars. » L’analyste rapporte à ce sujet une déclaration d’Elvis Zhou, CEO Europe d’Oppo : « Si nous vendons un téléphone qui coûte moins de 100 dollars, nous pouvons quitter l’industrie du smartphone et faire de la distribution de mémoire à la place, car 80 % de ce que vous avez sera essentiellement le coût de la mémoire. »

Même sous la barre des 200 dollars, il devient presque impossible pour les marques de concevoir des appareils rentables. Or, d’après les études consommateurs d’Omdia, les acheteurs de téléphones pas chers privilégient quatre critères matériels : la mémoire, le stockage, la batterie et la durabilité. Deux sur quatre ne sont plus tenables sur l’entrée de gamme.

Une crise alimentée par l’IA

La demande en mémoire des infrastructures d’intelligence artificielle exerce une forte pression sur la chaîne d’approvisionnement et restreint les stocks disponibles pour les fabricants de téléphones. Omdia n’attend aucune accalmie avant 2028 au plus tôt, comme Runar Bjørhovde l’a expliqué à The Register. Le cabinet prévoit encore un recul de 6 % des ventes de smartphones en 2027.

En pratique, cette crise fait chuter les ventes en volume. Après un premier et un deuxième trimestre un peu plus positifs, les livraisons ont reculé de 20 % au troisième trimestre 2026 sur un an, à environ 255 millions de smartphones, selon les premières estimations d’Omdia.

Sur l’ensemble de l’année 2026, les prévisions d’Omdia tablent sur une baisse de 12 % des ventes en unités. En revanche, le marché progresse de 16 % en valeur. De fait, le prix de vente moyen d’un smartphone a bondi sur les douze derniers mois, passant de 445 dollars au premier semestre 2025 à près de 520 dollars au premier semestre 2026. Selon Runar Bjørhovde, il grimpera encore au second semestre.

Le repli des constructeurs vers le milieu et le haut de gamme

Faute de pouvoir compter sur les volumes, les constructeurs changent de stratégie. Ils augmentent leurs tarifs et repoussent leurs appareils vers le milieu de gamme et le segment premium pour compenser.

Ce repli profite d’abord aux deux poids lourds du marché. Selon Omdia, Samsung et Apple représentent désormais environ 45 % des livraisons mondiales de smartphones, 8 points de plus qu’il y a un an.

Le segment haut de gamme enregistre une forte demande, particulièrement auprès des acheteurs âgés de 25 à 34 ans. Aux États-Unis, près de 70 % des smartphones vendus coûtent 600 dollars ou plus, sur un marché verrouillé à 90 % par trois acteurs (Apple, Samsung et Motorola). La croissance du premium se confirme également en Europe, en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique.

Pour justifier ces prix élevés auprès des consommateurs, les marques s’appuient sur trois arguments : la photo, la batterie et l’IA en local.

Les nouveaux Find X10 et Find X10 Pro Max d’Oppo cochent ces trois cases avec leurs capteurs de 200 mégapixels, leurs grosses batteries de plus de 7000 mAh et leur agent IA intégré à l’application Mind Pilot. Ils sont vendus respectivement à partir de 1299 euros et à 1799 euros, le Pro Max n’existant qu’en une seule version (12 Go + 512 Go). Des tarifs en nette hausse par rapport aux Find X9 de 2025. On parle ici de 300 à 500 euros de plus que ces derniers avec une coupe sur la RAM du Pro Max qui était de 16 Go sur le Find X9 Pro et tombe à 12 Go sur le Find X10 Pro Max.

Il devrait en être de même pour les Xiaomi 18 Pro et Pro Max dont les prix pourraient même être encore plus élevés. Selon une fuite du site YTechB, reprise par GSMArena, le Xiaomi 18 Pro Max serait affiché à 1849 euros en version 512 Go, soit 30 euros de moins que l’iPhone 18 Pro Max dans la même capacité (1879 euros). Étonnamment, dans cette équation, les iPhone pourraient bientôt devenir bon marché.


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