Écran de smartphone incassable et inrayable : pourquoi c’est scientifiquement impossible

 
Les constructeurs arrangent la réalité, la résistance des smartphones ne s’améliore pas d’autant chaque année.
Google Pixel 7 Pro // Source : ElR – Frandroid

« Ça lave plus blanc que blanc ». J’emprunte cette expression à Coluche puisqu’elle s’adapte parfaitement à ce que l’on connaît aujourd’hui sur la résistance des écrans de smartphones et tablettes.

D’année en année, on nous présente des dalles de plus en plus solides, résistantes aux chocs et aux rayures. Oui, mais alternativement.

Chocs ou rayures, il faut choisir

Pour l’iPhone 16 Pro, Apple avait poussé son Ceramic Shield avec une résistance accrue aux chocs « de 50 % de plus que la première génération et deux fois plus solide que pour tout autre smartphone. »

Pour l’iPhone 17 Pro, changement de discours. La publicité suivante le montre bien, pour cette génération, ce sont les rayures qui sont en ligne de mire. Et cette bascule, on la connaît depuis des années, mais on n’y prête pas attention. Et pourtant, ça a son importance. Comme l’indique Marques Brownlee dans une récente vidéo, c’est la faiblesse des constructeurs : ils ne peuvent chasser ces deux lièvres en même temps.

Et il suffit de lire l’étude « Transparent Glass-Ceramics With High Hardness and Fracture Toughness » de l’American Ceramic Society pour comprendre cela. Les chercheurs y réaffirment un principe fondamental en science des matériaux.

Les stratégies conventionnelles visant à améliorer les propriétés mécaniques se heurtent souvent à un compromis fondamental : une dureté élevée est généralement corrélée à une faible résistance à la rupture, et vice versa.

Et quand on parle du verre, on conçoit bien que plus il est dur, plus il est cassant ; plus il est « mou », plus il se raye. De fait, on ne peut avoir les deux en même temps, il faut faire des compromis.

L’alternance ou la stratégie du filou

Pour ne jamais stagner ou annoncer un recul sur la résistance aux chocs ou aux rayures à chaque génération, les constructeurs ont donc adopté la stratégie de l’alternance. On va augmenter l’un ou l’autre ou l’un des deux plusieurs fois de suite, mais juste en bougeant le curseur dans le même sens, celui du positif.

Illustration de l’alternance entre les améliorations de résistance contre la casse et contre les rayures. // Source : « Glass is Glass » – MKBHD

Il faut donc lire qu’un écran annoncé comme bien plus résistant aux chocs que la précédente génération sera aussi mécaniquement plus exposé aux rayures. Le compromis est documenté, même si le rapport exact entre les deux dépend de la formulation du verre.

Corning, le marionnettiste

Et les constructeurs n’inventent rien. Pour la plupart d’ailleurs, ils se contentent de transmettre le discours marketing de leur fournisseur de dalles de protection, le presque seul et unique Corning.

« Parmi les principaux fabricants mondiaux de smartphones, seuls deux (Vivo et Huawei) n’utilisent pas le verre de Corning. Cela confère à Corning une part de marché de 72 % sur le marché mondial du verre aluminosilicate destiné aux appareils électroniques, part qui passerait à 80 % si l’on incluait le Ceramic Shield d’Apple (également fabriqué par Corning) », rapporte le cabinet en conseil économique Fideres.

Ce monopole n’est pas passé inaperçu côté régulateurs. En novembre 2024, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre Corning, qu’elle soupçonne d’abuser de sa position dominante sur le marché du verre aluminosilicate via des contrats d’exclusivité et des rabais conditionnels imposés aux fabricants. Corning a depuis proposé des engagements pour clore le dossier, signe que l’argumentaire antitrust tient la route.

Possédant ce monopole, Corning fait la pluie et le beau temps. Et Marques Brownlee le schématise magnifiquement en montrant l’alternance de la résistance des différentes générations de Gorilla Glass, son verre phare que l’on trouve sur quasiment tous les smartphones.

Malgré tout, ce n’est pas pour cela que les verres ne s’améliorent pas d’année en année. C’est en progression, mais une montée pas aussi nette que pourrait le laisser suggérer le discours marketing.

Du « Ça lave plus blanc que blanc », on pourrait juste dire aujourd’hui que « du verre reste du verre ».


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