
Habituée aux installations photovoltaïques géantes, la Chine prévoit d’ériger ce que les médias locaux surnomment déjà la « Grande Muraille photovoltaïque ». Il s’agira d’un corridor solaire de 400 kilomètres de long, déployé le long du désert de Kubuqi, en Mongolie intérieure, au nord du pays.
Derrière ses dimensions spectaculaires, ce projet ne vise pas seulement à accélérer la transition énergétique du pays, mais a également pour objectif de freiner l’avancée du désert et de restaurer les écosystèmes dégradés.
Un corridor solaire de 400 kilomètres
Point important qu’il convient de préciser : il ne s’agit pas d’une unique centrale solaire. La Grande Muraille photovoltaïque sera en réalité constituée d’une succession de parcs photovoltaïques développés par différents acteurs du secteur de l’énergie. L’idée est de border toute la limite nord du désert de Kubuqi avec des panneaux solaires.
À terme, ce corridor énergétique s’étendra sur environ 400 kilomètres de long, avec une largeur pouvant atteindre jusqu’à 5 kilomètres par endroits. L’ensemble disposera d’une puissance installée de 100 GW d’ici 2030. La capacité annoncée est vertigineuse, atteignant près de 40 térawattheures d’électricité par an.
À titre de comparaison, cela représente près de 9 % de la consommation annuelle de la France en 2025. Une telle production suffirait à alimenter plusieurs grandes métropoles chinoises.
Une partie du projet est déjà sortie de terre. Parmi les installations présentes figure notamment la centrale de Junma, célèbre pour ses panneaux disposés en forme de cheval au galop. Cette réalisation est d’ailleurs inscrite au Guinness World Records en tant que la plus grande image photovoltaïque au monde. Selon un média chinois, plus de 10 GW de capacités solaires étaient déjà installés en 2025, couvrant environ 47 000 hectares. Et près de 29 GW supplémentaires étaient en cours de construction.
Une nuance s’impose sur l’avancement réel : si l’objectif affiché est de 100 gigawatts d’ici 2030, seuls 5,4 gigawatts environ avaient été installés à l’échelle du projet selon les chiffres relayés par la NASA fin 2024. Autrement dit, la « Grande Muraille » reste pour l’essentiel sur le papier, et le calendrier 2030 suppose un rythme de déploiement que la Chine est néanmoins capable de tenir : le pays a ajouté 93 gigawatts de solaire pour le seul mois de mai 2025.

En parallèle, des lignes à très haute tension sont également en développement afin d’acheminer l’électricité produite vers la région Pékin-Tianjin-Hebei, située à 1 300 kilomètres du désert.
Des panneaux solaires pour freiner la désertification
La Chine s’est certes lancée dans une course folle aux énergies vertes, mais ce projet va bien au-delà. Car le pays, il faut le savoir, est fortement touché par la désertification. Plus de 17 % du territoire chinois est concerné par ce phénomène.
Pour y faire face, le pays multiplie les stratégies de restauration des zones arides, dont l’une consiste à installer des panneaux photovoltaïques dans les déserts. Ces vastes espaces présentent en effet un excellent potentiel solaire en plus des immenses surfaces disponibles.
Les panneaux photovoltaïques réduisent en effet l’exposition directe du sol au rayonnement solaire. Cela limite l’évaporation et permet de préserver davantage d’humidité. Des conditions plus favorables à la végétation se mettent alors progressivement en place. Dans le désert de Kubuqi, les premières installations ont d’ailleurs déjà favorisé la réapparition de plusieurs espèces végétales.
Un détail vient cependant nuancer l’étiquette « muraille verte » : la plus grosse installation du corridor, la base de Three Gorges Kubuqi près d’Ordos, est adossée à une centrale à charbon destinée à prendre le relais quand le soleil manque. Le solaire désertique ne fonctionne pas seul, et l’image d’un mur 100 % vert mérite d’être relativisée.

La Grande Muraille photovoltaïque devrait également servir de brise-vent. En ralentissant les vents dominants, elle contribuera à limiter le déplacement des dunes et à réduire les tempêtes de sable. L’objectif est notamment de mieux protéger le fleuve Jaune situé au nord du désert contre les risques d’ensablement, et de renforcer la stabilité des sols.
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