Espionnage et réseau électrique : l’Allemagne déclare la guerre aux onduleurs solaires chinois

 
Considérés comme un potentiel point faible des réseaux électriques, les onduleurs chinois inquiètent de plus en plus les autorités européennes. En Allemagne, le gouvernement envisage de nouvelles mesures pour limiter leur utilisation dans les infrastructures énergétiques.
Les 8 panneaux solaires Anker Solix IBC 455 W // Source : Vincent Sergère pour Frandroid

Les onduleurs chinois sont toujours dans le collimateur des Européens. La Chine a jugé « injuste » le fait que la Commission Européenne la considère comme étant un pays à « haut risque » sans fondements. Mais l’Europe semble vouloir maintenir sa position : ces équipements sont sensibles pour les infrastructures énergétiques. En Allemagne, les mesures pourraient même se durcir afin de se protéger de ces dispositifs.

Selon PV Magazine, des députés du parti écologiste allemand ont récemment interrogé le gouvernement sur les risques liés à ces technologies pour la sécurité des infrastructures nationales. En réponse à cette question parlementaire, l’exécutif a officiellement révélé qu’il étudiait plusieurs mesures visant à limiter l’utilisation des onduleurs chinois.

La cybersécurité au cœur des inquiétudes

La principale crainte reste celle d’une cyberattaque. Les onduleurs sont des équipements connectés qui collectent et transmettent de nombreuses données relatives au fonctionnement des centrales. Si un acteur malveillant accédait à plusieurs dispositifs, il pourrait théoriquement perturber des milliers d’installations simultanément, au point de déstabiliser le réseau électrique.

Berlin s’inquiète également d’un cadre juridique chinois en particulier. Celui-ci impose aux entreprises, organisations et citoyens de coopérer avec les services de renseignement de l’État lorsque cela est requis. Disposant d’un accès à leurs équipements installés en Europe, les fabricants pourraient être tenus de fournir certaines informations ou de faciliter l’accès à leurs systèmes.

C’est d’ailleurs pourquoi les autorités allemandes estiment essentiel d’évaluer non seulement les caractéristiques techniques des équipements, mais aussi le cadre légal du pays d’origine du fabricant, ainsi que les risques géopolitiques associés. En cas de tensions diplomatiques accrues entre l’Europe et certains États, le risque d’attaques ou de pressions sur ces infrastructures critiques pourrait augmenter.

Vers la restriction des onduleurs chinois en Allemagne ?

Face à ces risques, l’Allemagne envisage plusieurs mesures, à commencer par la restriction ou l’interdiction de certains onduleurs chinois dans les infrastructures critiques. Le gouvernement étudie notamment le recours à l’article 41 de la loi relative à la sécurité des technologies de l’information. Cette dernière permettrait au ministère de l’Intérieur de limiter ou d’interdire l’utilisation de composants jugés sensibles.

Le pays soutient par ailleurs la récente décision de la Banque européenne d’investissement visant à cesser le financement de projets utilisant des équipements provenant de pays considérés comme risqués, tels que la Corée du Nord, l’Iran, la Russie, ou encore la Chine.

Une liste de fournisseurs à haut risque ?

C’est aussi une piste étudiée par l’Allemagne dans le cadre de la révision de ses politiques de cybersécurité. La création d’une liste de fournisseurs à haut risque est en réalité une proposition de la Commission Européenne. L’objectif serait d’identifier certaines entreprises susceptibles de présenter un risque pour la sécurité des infrastructures critiques, afin de restreindre, voire d’exclure, leurs équipements du marché européen.

Une telle liste permettrait d’harmoniser les décisions au niveau européen et de renforcer la protection des réseaux énergétiques face aux menaces numériques croissantes.


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