
Sans onduleur, une installation photovoltaïque ne peut tout simplement pas fonctionner. C’est cet équipement qui transforme le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif, utilisable par les appareils domestiques et injectable sur le réseau électrique. Mais l’onduleur est devenu un sujet de préoccupation croissante en raison de sa connectivité : ces dispositifs sont reliés à Internet, peuvent être surveillés à distance et régulièrement mis à jour par leurs fabricants.
Craignant le pire, notamment un blackout orchestré par le biais de cette connectivité, la Commission européenne a récemment décidé d’agir. Bruxelles a ainsi annoncé qu’elle ne subventionnerait plus les projets utilisant des onduleurs provenant de pays jugés « à risque », parmi lesquels figurent la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord.
Une décision qui frappe directement l’industrie chinoise, premier fournisseur d’onduleurs en Europe, mais dont l’Union européenne elle-même pourrait bien payer le prix.
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Un solaire européen fragilisé
La première conséquence prévisible est une hausse des coûts. Les développeurs bénéficiant de financements européens devront se tourner vers des fournisseurs alternatifs, aux tarifs sensiblement plus élevés : les modèles européens sont généralement 20 à 40 % plus chers que leurs équivalents chinois, selon Reuters.
En plus du coût, c’est le rythme même du déploiement solaire qui pourrait en pâtir. Le même média estime qu’une interdiction à l’échelle européenne affecterait au moins 14 GW de nouvelles capacités, soit plus de 20 % des installations annuelles de l’Union. Les pays d’Europe centrale et orientale seraient particulièrement exposés, du fait de leur forte dépendance aux subventions européennes.
L’European Solar Manufacturing Council (ESMC), qui regroupe les industriels européens du photovoltaïque, considère néanmoins que cette décision pourrait profiter à l’industrie européenne : selon l’organisation, les fabricants locaux seraient en mesure d’absorber la demande supplémentaire créée par ces restrictions. D’autres se montrent plus prudents. Car les entreprises chinoises ont su, au fil des années, tisser des réseaux de distribution, de maintenance et d’assistance technique dans de nombreux pays. Changer de fournisseur ne suffit pas, il faudrait reconstruire tout un écosystème, ce qui pourrait considérablement compliquer la transition.
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Une protection encore insuffisante ?
Mais cette mesure est-elle réellement suffisante pour se protéger ? Pour bon nombre, la réponse est non. La restriction ne concerne en effet que les projets bénéficiant de financements européens. Les développeurs, notamment ceux qui ne dépendent pas de ces subventions, restent libres d’utiliser des onduleurs chinois. En Pologne, certains responsables évoquent ainsi la possibilité d’une interdiction totale de ces modèles si les évaluations de sécurité concluent à l’existence d’un risque significatif.

Par ailleurs, la nouvelle restriction européenne ne concerne que les projets en cours, sans toucher aux installations déjà en service. Or, plus de 200 GW de capacité d’onduleurs solaires en provenance de la Chine ont déjà été déployés à travers le réseau européen. C’est d’ailleurs pour cela que certains pays pensent déjà à sécuriser leurs installations existantes. La Lituanie, en effet, a commencé à restreindre l’accès à distance des fournisseurs chinois à certains systèmes de contrôle.
La Chine avait déjà réagi à l’annonce de cette décision européenne. Pékin avait dénoncé une mesure « injuste », estimant que son classement parmi les pays considérés comme risqués reposait sur des accusations infondées.
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