L’alliance inattendue : quand les batteries géantes débloquent la surpuissance de l’intelligence artificielle

 
Stocker l’électricité lorsqu’elle est bon marché pour la restituer lorsque les prix s’envolent : tel est le rôle bien connu des batteries de stockage. Mais ces installations pourraient désormais trouver une nouvelle source de revenus en se connectant directement aux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.
Un data center OVH situé à Roubaix. // Source : OVH

Les batteries géantes explorent aujourd’hui un nouveau marché autre que celui de la flexibilité du réseau électrique. Elles pourraient notamment optimiser le fonctionnement des centres de données, dont le nombre explose avec l’essor de l’intelligence artificielle.

En apportant une gestion plus fine de l’énergie, les systèmes de stockage permettraient d’exploiter pleinement ces infrastructures, dont la consommation mondiale équivaut aujourd’hui à celle d’un pays entier.

Lisser les pics de consommation des centres de données

La consommation électrique des centres de données est loin d’être linéaire. Elle est marquée par des pics ponctuels importants, que les opérateurs doivent impérativement anticiper lors de leur raccordement au réseau. Concrètement, ils dimensionnent la puissance souscrite en tenant compte du pic le plus élevé possible afin de garantir une alimentation continue en toutes circonstances.

Une démarche dont le coût est très élevé, car la souscription d’une puissance importante renchérit fortement la facture. De plus, les fournisseurs d’électricité peuvent se montrer réticents face à des demandes de raccordement aussi élevées.

Pour limiter ces contraintes, certains opérateurs choisissent ainsi de réduire la puissance souscrite. En contrepartie, ils doivent brider la consommation de leurs équipements informatiques.

C’est là que les batteries pourraient entrer en jeu. Elles pourraient être mobilisées lors des pics de consommation. Résultat : avec une puissance de raccordement inchangée, l’opérateur peut éviter de limiter ses usages et exploiter pleinement ses infrastructures. Il peut également faire tourner davantage de processeurs afin d’accroître la capacité de calcul dédiée à l’IA.

Comme le résume Alejandro de Diego, analyste interrogé par ESS News : « Grâce à une batterie capable d’absorber ces pics, les opérateurs peuvent en réalité exploiter une capacité de calcul supérieure à celle autorisée par leur contrat de raccordement au réseau ».

Un nouveau modèle économique basé sur la valeur du calcul

Avec cette nouvelle application, c’est ainsi un tout nouveau marché qui s’ouvre pour les systèmes de stockage. Jusqu’à présent, les batteries intervenaient principalement pour équilibrer le réseau électrique : elles stockent l’électricité lorsque celle-ci est abondante et peu chère, puis la restituent lors des périodes de forte demande, lorsque les prix grimpent.

Tesla Megapack

Avec les centres de données, ce modèle économique change radicalement. Les revenus de la centrale de stockage n’est plus calculé en fonction du prix de l’électricité, mais de la capacité de calcul supplémentaire qu’elle permet de débloquer. Autrement dit, l’installation de stockage est rémunérée, non plus pour l’énergie qu’elle stocke et restitue sur le réseau, mais pour les performances informatiques qu’elle rend possibles.

Selon l’analyste, ce modèle pourrait s’avérer bien plus rentable que les approches traditionnelles basées sur le coût par mégawattheure, en particulier dans un contexte de forte croissance des besoins en calcul liés à l’IA.


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