Data centers : l’IA prive-t-elle déjà des habitants d’eau et d’électricité ?

 
Qui doit passer en priorité lorsque les ressources viennent à manquer : les infrastructures de l’intelligence artificielle ou les besoins des populations ? La question mérite d’être posée, alors que les centres de données se multiplient en poussant certains territoires à arbitrer entre les besoins du numérique et ceux des habitants.
OVH ROUBAIX DATA CENTER

Automatiser les tâches, accélérer la recherche, optimiser les chaînes de production, améliorer les services… L’IA promet toute une révolution. Alors que la technologie s’est progressivement intégrée dans différents secteurs, les infrastructures physiques qui la rendent possible sont de plus en plus critiquées : les centres de données.

Nous avons souvent parlé de l’immense consommation énergétique de ces systèmes, qui fait craindre des tensions sur les réseaux électriques et une hausse des émissions de gaz à effet de serre. Mais les data centers soulèvent également d’autres conflits d’usage du fait qu’ils mobilisent des ressources importantes, voire vitales pour les populations.

Des réseaux électriques sous pression

En plus de l’électrification des usages, les centres de données devraient compter parmi les principaux moteurs de la hausse de la demande mondiale d’électricité. Le problème est qu’ils se multiplient trop rapidement, au point que les nouvelles capacités électriques peinent à suivre leur rythme d’expansion.

La situation suscite des inquiétudes concernant d’éventuelles tensions sur les réseaux. De plus, une demande d’électricité qui progresse plus rapidement que l’offre pourrait contribuer à faire grimper les prix. Dans certains territoires, cela peut se répercuter directement sur les factures des ménages.

Face à ces préoccupations, certains États américains commencent à envisager des mesures pour encadrer le développement des data centers. À New York, par exemple, le processus d’autorisation pour les installations de plus de 50 mégawatts (MW) a été suspendu pendant un an. Cette période doit permettre à l’État de mettre en place des mesures limitant les impacts économiques et environnementaux de ces infrastructures.

D’autres collectivités américaines sont déjà passées à l’acte : en juin 2026, la ville de Seattle a voté un moratoire d’un an sur les data centers de plus de 20 mégawatts, en raison des risques pesant sur l’approvisionnement électrique et des conséquences environnementales associées à l’essor des centres de données.

D’autres sources de tension

En plus de l’électricité, la consommation d’eau des centres de données est également problématique. Les plus grandes installations peuvent consommer plus de 18 millions de litres d’eau par jour, notamment pour assurer le refroidissement des équipements informatiques. Pourtant, certains futurs centres de données sont prévus dans des régions arides. Aux États-Unis, une part importante des projets à venir se situerait, selon The Guardian, dans des zones déjà touchées par la sécheresse.

Au Royaume-Uni, les débats autour de la consommation en eau des data centers ont pris de l’ampleur, en particulier en cette période de sécheresse et de fortes chaleurs. Les compagnies des eaux du pays ont d’ailleurs déjà alerté sur les difficultés que pourrait poser l’alimentation en eau des futurs projets.

Source : Freepik

Le foncier devient lui aussi une ressource disputée. L’implantation de centres de données peut en effet entrer en concurrence avec d’autres usages considérés comme prioritaires par les collectivités. C’est par exemple le cas à Londres, sur le site de l’ancienne brasserie Truman, à Brick Lane : le conseil de Tower Hamlets défendait un plan de 350 logements, mais le gouvernement a finalement approuvé un centre de données, assorti de seulement 44 logements.


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