
Si quelqu’un roule en voiture électrique dans votre entourage, vous l’avez sans doute remarqué : après quelques trajets avec lui, les craintes sur l’autonomie ou la recharge pèsent beaucoup moins lourd que ce qu’on lit en ligne.
Deux économistes, Patrick Bigler, de l’Université de Lausanne, et Benedikt Janzen, de l’Université de Passau, ont mesuré un effet d’entraînement comparable avec les panneaux solaires, dans une étude publiée le 30 juillet dans le Journal of Public Economics. Quand un foyer pose des panneaux sur son toit, ses voisins, même à 100 mètres, s’équipent davantage à leur tour, passent plus souvent à la voiture électrique et consomment moins d’électricité.
Le solaire traîne ses propres idées reçues : des panneaux qui ne dureraient pas, des fuites sur la toiture, un prix d’entrée trop élevé, une rentabilité incertaine. Sur la durée de vie, on a pourtant déjà vu des panneaux encore en état de produire après trente ans sur un toit, et la filière qui gère la fin de vie et le recyclage des modules se développe en France.
Pour autant, un article ou un devis convainc rarement autant qu’un voisin qui montre sa facture. L’étude suisse est d’ailleurs l’une des premières à mesurer l’effet des panneaux d’un voisin sur sa propre consommation d’électricité.
Qu’ont mesuré les chercheurs ?
Les deux chercheurs ont travaillé sur les données de 260 000 foyers du canton de Berne, en Suisse, suivis entre 2008 et 2019. Ils ont croisé les factures d’électricité des deux principaux fournisseurs locaux, le registre national des installations solaires, les immatriculations de véhicules et les données fiscales.
Pour chaque foyer et chaque année, ils ont calculé la distance avec toutes les installations photovoltaïques des alentours, en donnant plus de poids aux plus proches.

Ce genre d’étude risque de confondre l’influence du voisin avec un simple effet de quartier, comme un installateur qui démarche une rue entière ou des foyers aux revenus proches qui font les mêmes choix.
Pour écarter ce biais, les auteurs ont utilisé deux données que les voisins ne contrôlent pas : l’ensoleillement de chaque toiture alentour, calculé par l’Office fédéral de l’énergie, et la baisse du prix mondial des panneaux. Quand les prix chutent, les toits bien exposés s’équipent les premiers, que leurs habitants soient très écolos ou non.
Un panneau à 100 mètres, combien ça change ?
Prenons d’abord la consommation. Chaque installation supplémentaire à 100 mètres fait baisser la consommation annuelle d’un foyer de 0,21 %, soit environ 11 kWh par an. Les auteurs donnent eux-mêmes un repère : c’est à peu près une machine à laver de moins par mois. À 10 mètres, donc chez le voisin direct, la baisse atteint 2,1 %. L’effet s’estompe ensuite vite avec la distance, jusqu’à 0,04 % à 500 mètres.
Une installation à 100 mètres augmente de 2 % la probabilité de s’équiper en solaire et de 2,3 % celle d’acheter une voiture électrique. À 10 mètres, ces hausses grimpent à 20 % et 23 %.
Ces résultats vont dans le même sens que des travaux plus anciens. En 2012, deux économistes américains, Bryan Bollinger et Kenneth Gillingham, avaient déjà observé en Californie qu’une installation supplémentaire dans un code postal augmentait de 0,78 point la probabilité d’une nouvelle installation dans ce même code postal.

L’étude suisse va plus loin, puisqu’en suivant chaque foyer, elle montre que l’effet s’étend aussi à la voiture électrique des voisins et à leur consommation de tous les jours.
Une question de norme sociale, surtout à la campagne
Pourquoi des panneaux sur le toit d’à côté feraient-ils baisser sa propre facture ? Les auteurs avancent une explication liée aux normes sociales. Voir des panneaux chez ses voisins donne l’image d’un quartier qui fait des efforts pour le climat, et pousse à suivre le mouvement.
Leurs calculs suggèrent que la baisse de consommation ne vient pas d’abord des foyers qui s’équipent eux-mêmes. Les foyers dont le toit est mal exposé réagissent d’ailleurs surtout en consommant moins, puisqu’ils ne peuvent pas facilement poser de panneaux.
L’effet varie selon les profils. Il est plus marqué à la campagne qu’en ville, où l’anonymat atténuerait l’influence des voisins, selon l’hypothèse des auteurs. Pour l’achat de panneaux, il concerne surtout les propriétaires de maisons individuelles. Les locataires, qui n’ont pas la main sur leur toiture, le ressentent beaucoup moins.
La baisse de consommation est aussi nettement plus forte chez les foyers dont les revenus dépassent la médiane ; parmi les explications possibles, les auteurs citent les contraintes budgétaires des ménages plus modestes.
Le même effet en France ?
En France, le terrain s’y prête de plus en plus. D’après les données d’Enedis compilées par Hello Watt, 6 % des maisons individuelles avaient des panneaux solaires fin juin 2026, contre 3,26 % trois ans plus tôt.
Le rythme des nouvelles installations ralentit toutefois. Toujours d’après les données d’Enedis compilées par Hello Watt, 185 030 installations solaires ont été raccordées en 2025, 26 % de moins qu’en 2024, puis 62 759 au premier semestre 2026. Ces chiffres couvrent toutes les installations raccordées, et pas seulement les toits des particuliers.
Pour toute demande de raccordement déposée depuis le 5 juin 2026, la prime à l’autoconsommation a disparu et le surplus injecté sur le réseau n’est plus racheté que 1,1 centime le kWh, contre plus de 10 centimes il y a quelques mois encore.
Un voisin raccordé avant cette date garde le tarif obtenu à l’époque. Pour un nouveau projet, la rentabilité dépend surtout de la part de production consommée sur place, et l’installation d’une batterie de stockage, aussi appelée batterie solaire.
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