Des chiffres sur le vélo électrique comme on n’en a plus vu depuis 2018 : mais que se passe-t-il à Taïwan ?

 
Impacté par un net recul du marché américain et une délocalisation stratégique de sa production vers le Vietnam, Taïwan enregistre au premier trimestre 2026 son plus bas niveau d’exportations de vélos électriques depuis 2018.
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Source : Winston Chen via Unsplash

Taïwan fait face à une baisse importante de ses exportations de vélos en ce début d’année 2026, alors que l’île reste l’un des principaux pays producteurs de cycles au monde, avec environ 60 % de la production mondiale. Les chiffres du premier trimestre montrent en effet un net recul de l’activité, tant pour le segment électrique que pour le cycle traditionnel.

Selon les chiffres compilés par Bike Europe, l’île a exporté moins de 77 000 vélos électriques sur les trois premiers mois de l’année, soit une baisse de 15 % par rapport à 2025. Il s’agit du volume le plus faible pour un premier trimestre depuis 2018.

Le marché américain en fort repli, l’Europe stagne

La valeur des exportations de vélos classiques a également diminué de 17 % sur la même période. Pour le deuxième trimestre consécutif, le montant total des exportations du secteur est repassé sous le seuil des 10 milliards de dollars taïwanais (environ 280 millions d’euros).

Les trois grands constructeurs taïwanais cotés en Bourse, Giant, Merida et Ideal, ont tous publié des revenus en baisse sur le premier trimestre 2026. Giant, le numéro un mondial, affiche notamment un chiffre d’affaires trimestriel de 12,52 milliards de dollars taïwanais (environ 336 millions d’euros), en recul d’environ 25 % sur un an, après des baisses mensuelles de plus de 20 % en janvier et de 40 % en février.

Le ralentissement global est principalement dû à la situation aux États-Unis. Les expéditions vers le marché américain ont chuté de 54 %, passant de 27 000 unités au premier trimestre 2025 à seulement 12 500 unités début 2026. En cause : l’instabilité de la politique tarifaire américaine depuis le retour de Donald Trump, qui a poussé importateurs et distributeurs à geler leurs commandes en attendant d’y voir clair.

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Source : Mariano Alvarez via Unsplash

En Europe, la situation semble plus maîtrisée. Les volumes vers l’Union européenne restent stables avec environ 50 000 unités expédiées. Certains indicateurs locaux montrent même des signes de reprise :

  • Les Pays-Bas, porte d’entrée majeure du marché européen, affichent une progression de 7 % en volume.
  • L’Allemagne maintient ses importations taïwanaises autour de 11 000 unités pour la troisième année de suite.

Toutefois, la valeur des exportations vers l’Union européenne a reculé de 18 % sur un an, atteignant 2,5 milliards de dollars taïwanais (environ 70 millions d’euros) au premier trimestre 2026.

Une production qui se déplace vers le Vietnam

Lors du Forum de l’industrie au salon Taipei Cycle 2026, Robert Wu, président de l’Association taïwanaise du vélo (TBA), a tenu à rappeler le rôle capital de l’île dans l’industrie du cycle, malgré les baisses observées : « Taïwan est une plateforme de ressources mondiale et un centre névralgique pour l’approvisionnement du marché mondial en vélos haut de gamme ».

Selon les données de la TBA, l’expertise et les capitaux taïwanais influent encore énormément sur la production mondiale : 39 % du marché premium et 48 % du segment haut de gamme sont conçus en collaboration avec Taïwan.

L’autre pression vient de Chine : des marques comme XDS (X-Lab) attaquent désormais le segment premium en sponsorisant des équipes professionnelles du Tour de France, avec des cadres carbone qui rivalisent directement avec les modèles taïwanais. La concurrence ne se joue plus seulement sur le prix, mais aussi sur le très haut de gamme, terrain historique de Taïwan.

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Source : Georg Eiermann via Unsplash

Par ailleurs, la baisse des chiffres d’exportation nationaux s’explique en partie par une délocalisation de la production vers d’autres régions, notamment pour répondre aux contraintes géopolitiques et réglementaires.

Le Vietnam s’impose ainsi comme point de chute stratégique. Le pays bénéficie d’accords commerciaux avantageux avec l’Union européenne et de son adhésion au Partenariat économique régional global (RCEP). Robert Wu précise que 16 % du segment haut de gamme est désormais assemblé au Vietnam par des industriels taïwanais (label « Made by Taiwan »), contre 21 % en Chine. « Nous possédons toujours les compétences essentielles pour servir le marché mondial avec des produits de qualité, des livraisons ponctuelles et des prix compétitifs », a-t-il ainsi affirmé.


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