Voitures électriques : l’arme secrète du Maroc qui attire les constructeurs chinois

 
Au fil des années, et en toute discrétion, le Maroc a su s’imposer auprès des constructeurs chinois. Ces derniers y produisent des batteries de voitures électriques destinées à l’Europe, afin de contourner les droits de douane.
Usine Audi
Des batteries Audi en cours de fabrication

Les constructeurs chinois sont de plus en plus nombreux sur le marché, puisque l’on en compte actuellement environ 150. Et parmi eux, beaucoup sont désormais bien décidés à se faire une place sur le marché européen. Sauf que Bruxelles ne voit pas les choses de la même manière, et ne veut pas se laisser faire. C’est ainsi que la Commission européenne a mis en place les droits de douane, et envisage désormais d’instaurer un « bonus CO2 » pour les autos produites en Europe.

Or, tout cela complique bien évidemment la vie des marques venues de l’Empire du Milieu, qui n’ont d’autre choix que de produire leurs voitures en Europe. Le problème, c’est que la main d’œuvre et l’énergie coûtent très cher. Mais voilà qu’une autre alternative séduit de plus en plus les entreprises chinoises. Il s’agit du Maroc, comme le rapporte Le Monde. En effet, le royaume nord-africain a su se faire discrètement une place dans le cœur des constructeurs asiatiques, et dans leur stratégie. S’ils ne produisent pas encore de voitures électriques, ils pourraient y fabriquer leurs batteries.

Usine Porsche, pour illustration // Source : Porsche

Pour le moment, seuls les groupes français Stellantis et Renault y possèdent des usines. Mais cela devrait bientôt changer. Car entre 2023 et 2025, le pays a attiré de nombreux investisseurs chinois, au nez et à la barbe des autres pays du Moyen-Orient, dont l’Egypte et l’Algerie. Parmi eux, Gotion High Tech, actuellement le 6ème plus grand fabricant au monde de batteries. Ce dernier a lancé dès 2024 un vaste projet d’usine située à Kénitra, avec un premier investissement de 1,2 milliard d’euros. Le site sera opérationnel dès la fin 2026.

Une stratégie maline

Mais pourquoi les entreprises chinoises se tournent elles de plus en plus vers le Maroc ? Et bien la réponse est simple, comme l’explique Ahmed Aboudouh, chercheur associé du think tank britannique Chatham House.

Ce dernier rappelle que « ces délocalisations d’une partie du processus de fabrication des véhicules électriques sont une mesure de contournement des droits de douane imposés par les Européens et les Américains ». En effet, sur le Vieux Continent,cette taxe atteint 35 % chez nous et peut aller jusqu’à 100 % aux Etats-Unis.

Et le choix de ce pays est assez évident quand on sait que celui-ci possède des accords de libre-échange avec Bruxelles et Washington. Les entreprises doivent simplement respecter « la règle d’origine stipulée dans la convention Pan-Euro-Méditerranéenne ». Celle-ci exige que « les composants provenant de pays situés hors de cette zone ne doivent pas excéder 45 % de la valeur des voitures ». Mais ce n’est pas tout. Car il faut aussi savoir que le Maroc possède la plus grande réserve de phosphate au monde.

Or, il s’agit d’un matériau indispensable à la production des batteries LFP (lithium – fer – phosphate), qui s’impose de plus en plus dans les voitures électriques. Ainsi, et selon certains experts, le pays pourrait devenir un hub de la production mondiale d’accumulateurs, grâce aux investissements chinois. Et cela d’ici à mi-2030 d’après les premières estimations. Et l’accord conclu en 2022 avec l’Europe sur les investissements européens pourrait ne pas suffire à contrer la vague chinoise qui débarque…


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