
On pensait Starlink incensurable. C’était même son principal argument de vente auprès des dissidents du monde entier. La situation en Iran vient de doucher cet optimisme.
Depuis les récentes manifestations, les militants sur place rapportent une coupure quasi totale du service.
Le problème ? Ce n’est pas une simple interférence. Mehdi Yahyanejad, militant tech qui suit la situation de près, tire la sonnette d’alarme.
Si le trafic a d’abord chuté de 30 %, il atteint désormais -80 % dans les zones critiques. L’Iran ne se contente plus de gêner le signal : le régime l’éteint. Et pour arriver à ce résultat, le brouillage GPS classique ne suffit plus.
Au-delà du simple brouillage GPS
Il faut comprendre comment fonctionne votre antenne Starlink. Pour communiquer avec la constellation de satellites qui défilent à 550 km d’altitude, l’antenne a besoin de savoir exactement où elle se trouve. Elle utilise le GPS pour orienter son faisceau (le beamforming).
Jusqu’à présent, la stratégie de l’Iran était simple : brouiller le GPS. C’est « sale », ça perturbe les avions et les missiles, mais ça empêche l’antenne Starlink de se verrouiller. Mais cette méthode a ses limites. Les kits récents résistent mieux et le logiciel de SpaceX s’adapte.
C’est là que ça devient inquiétant. Les rapports indiquent que l’Iran est passé à l’étape supérieure : le ciblage direct des terminaux. Au lieu de simplement brouiller la géolocalisation, ils attaquent la communication satellite elle-même. C’est techniquement beaucoup plus complexe, car il faut viser les fréquences Ku et Ka avec une puissance suffisante pour couvrir le signal légitime, sans arroser tout le pays.
La piste russe et le système « Kalinka »
D’où vient cette soudaine compétence technologique ? Regardez vers le Nord. Moscou et Téhéran partagent déjà leurs drones Shahed, ils semblent maintenant partager leurs outils de censure. Les regards se tournent vers un système mobile de guerre électronique surnommé « Kalinka ».
Ce n’est pas une immense station radar fixe facile à repérer. On parle d’un système mobile, capable d’opérer sans antennes gigantesques, avec une portée efficace d’environ 15 kilomètres. C’est redoutable pour une répression urbaine : on déplace le camion dans un quartier contestataire, et on éteint numériquement la zone.
La Russie teste ces technologies depuis des mois sur le front ukrainien pour aveugler les drones. L’Iran semble en faire la première application civile massive pour de la censure pure.
Bien sûr, il existe des parades. En Ukraine, les soldats creusent des trous pour enterrer les antennes et utilisent des cages de Faraday partielles pour bloquer les interférences venant du sol (les brouilleurs) tout en laissant le ciel ouvert. Mais demandez à un civil iranien de construire un bunker pour son antenne au milieu de Téhéran… C’est irréaliste.
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