Test de la batterie Jackery SolarVault 3 Pro Max : installation plug and play et raccordement solaire

 
Connu pour ses batteries portables, Jackery se lance dans la batterie de maison avec la gamme SolarVault 3. Le modèle Pro Max se branche soi-même, sans installateur, et accepte jusqu’à 4 000 W de panneaux en direct. On l’a testée !
Jackery SolarVault 3 Pro Max // Crédits : Ulrich Rozier pour Frandroid

Quand on installe des panneaux solaires, on découvre vite un paradoxe agaçant. La production est au maximum en milieu de journée, exactement au moment où la maison est vide. L’électricité gratuite que produit le toit part alors sur le réseau. Et le soir, quand tout le monde rentre et que la consommation grimpe, il faut racheter du courant. Une batterie domestique sert précisément à corriger ce décalage : elle stocke le surplus de la journée pour le restituer quand vous en avez besoin.

C’est dans cette catégorie que Jackery arrive avec sa gamme SolarVault 3. J’ai installé et utilisé le modèle Pro Max pendant plusieurs semaines dans une maison de 120 m² au sud de Nantes, branchée sur une installation photovoltaïque déjà en place.

L’argument de vente est simple : un système « plug and play », c’est-à-dire que l’on raccorde soi-même sans faire appel à un installateur. Voici ce que ça donne concrètement, du carton au tableau électrique.

Pour aller plus loin
Meilleures batteries plug and play pour panneaux solaires : comment bien choisir et les modèles qu’on recommande

Présentation

Jackery n’est pas un nom inconnu. La marque s’est fait une réputation avec ses stations d’énergie portables, ces grosses batteries que l’on emporte en camping ou en van pour brancher un frigo ou recharger des appareils.

Sur ce terrain, ses produits offrent un bon rapport entre capacité et encombrement. Le SolarVault 3 est son passage au résidentiel fixe, avec trois déclinaisons : le 3 Pro, le 3 Pro Max et le 3 Pro Max AC. Le Pro Max que j’ai testé est le modèle intermédiaire, conçu pour ceux qui veulent une puissance confortable et la possibilité de brancher des panneaux directement sur la batterie.

Avant d’entrer dans le matériel, il faut comprendre l’intérêt réel d’une batterie domestique solaire, car ce n’est pas un petit investissement. Sans stockage, l’autoconsommation plafonne vite : on consomme directement ce que le toit produit en temps réel, et le reste est perdu ou revendu pour quelques centimes (quand on a un contrat).

Avec une batterie, le surplus de la mi-journée est mis de côté et réutilisé le soir. On se rapproche d’une vraie indépendance, on lisse sa facture, et on garde une réserve en cas de coupure.

Selon Jackery, un système de cette taille permet d’économiser de l’ordre de 500 € par an sur l’électricité, ce qui le rembourse en un peu plus de quatre ans, un calcul à vérifier selon votre installation et votre fournisseur.

Côté matériel, le SolarVault 3 Pro Max est modulaire et s’empile à la verticale. On part d’un socle, on pose dessus un ou plusieurs modules de batterie, puis on coiffe le tout avec l’unité centrale, la « tête pensante » qui gère la charge, la décharge et la sécurité. La finition est soignée : courbes propres, coloris sobres, l’objet ne dépare pas dans une buanderie ou un coin de terrasse. Chaque élément pèse un peu plus de 25 kg (25,5 kg mesurés sur la balance), donc une configuration à deux batteries approche déjà les 50 kg : ce n’est pas un produit que l’on déplace tous les jours.

À l’arrière, un large dissipateur passif en forme de V évacue la chaleur sans ventilateur. On en reparlera, mais le système est quasiment silencieux, on perçoit tout au plus un très léger bruit de relais lors des changements d’état.

L’architecture modulaire ajuste la capacité au besoin réel. Chaque module stocke 2,52 kWh, et l’on peut empiler jusqu’à cinq modules en plus de l’unité centrale, soit une plage allant de 2,52 à 15,12 kWh environ.

Mon conseil pour démarrer : ne pas surdimensionner. Commencez avec un module, observez en quelques jours si vous videz complètement la batterie sur un cycle, et ajoutez des modules ensuite si nécessaire. Un point à ne pas négliger toutefois : pour préserver la cohérence chimique de l’ensemble, mieux vaut ajouter les modules supplémentaires dans l’année qui suit, pas deux ou trois ans plus tard, sous peine de faire vieillir le pack de façon hétérogène. La chimie retenue est du LFP (lithium-fer-phosphate, ou LiFePO4), réputée pour sa longévité, sa stabilité et sa tolérance aux charges et décharges répétées. C’est le choix logique pour un usage domestique quotidien, et il justifie la garantie de 10 ans et la durée de vie annoncée de 15 ans.

Jackery SolarVault 3 Pro Max // Crédits : Ulrich Rozier pour Frandroid

Mais la batterie seule ne suffit pas à fonctionner intelligemment : il lui faut savoir ce que consomme la maison. C’est le rôle du compteur intelligent, à installer dans le tableau électrique. Jackery propose le sien, mais le système est aussi compatible avec le Shelly Pro 3EM, un modèle très répandu en domotique.

Concrètement, il s’agit d’un boîtier de la taille d’un disjoncteur, accompagné d’une pince ampèremétrique que l’on referme autour du câble de phase, en sortie du disjoncteur général. Cette pince mesure en temps réel le courant qui entre et qui sort : elle voit ce que vous tirez du réseau comme ce que vos panneaux y réinjectent. L’information remonte à la batterie par Wi-Fi ou câble réseau. Si la maison appelle 1 000 W, le SolarVault produit 1 000 W depuis la batterie pour ramener la consommation réseau à zéro, si les panneaux produisent 1 500 W de trop, il stocke ces 1 500 W au lieu de les laisser filer. Sans ce compteur, les modes les plus utiles (autoconsommation et mode IA) ne peuvent pas faire leur travail.

Jackery m’a fourni également un lecteur TIC, pensé pour les compteurs Linky français (comptez environ 119 € en monophasé). Le principe est d’une simplicité extrême : on raccorde le boîtier au port TIC, pour télé-information client, du Linky, on l’alimente, et c’est terminé. Pas de tableau à ouvrir, pas de pince à refermer autour d’un fil de phase sous tension.

Dernier point sur l’installation physique : où poser la batterie. Le boîtier est certifié IP65, donc étanche à la poussière et aux projections d’eau, ce qui autorise une pose en extérieur, sur une terrasse, un balcon ou sous un carport. Il fonctionne de -20 à +55 °C, et en dessous de zéro il préchauffe automatiquement ses cellules, au prix d’une légère consommation. Cela dit, je recommande de ne pas l’exposer directement au soleil ni à la pluie battante, pour ménager sa durée de vie.

Une fois la pile montée, l’ensemble n’est pas d’une stabilité parfaite : Jackery fournit des équerres pour le fixer au mur, et c’est une précaution à prendre au sérieux. Petit bémol relevé pendant le test, le cadre métallique d’empilage présente un léger jeu — rien de bloquant, mais c’est perceptible.

CaractéristiqueJackery SolarVault 3 Pro Max
Capacité par module2,52 kWh
Capacité totale2,52 à 15,12 kWh (unité centrale + 1 à 5 modules)
Chimie des cellulesLFP (LiFePO4)
Puissance de charge1 800 W (1 batterie) / 3 600 W (2) / 4 500 W (3 et plus)
Puissance de décharge1 200 W (1 batterie) / 2 500 W (2 et plus)
Charge solaire max4 000 W
Indice de protectionIP65
Plage de température-20 à +55 °C
ConnectivitéWi-Fi, Ethernet (RJ45)
Poids~20 kg par élément
Garantie / durée de vie annoncée10 ans / 15 ans
Prix testé~1 797 € (socle + 1 module + tête Pro Max)

Connectiques

Le côté droit de l’unité centrale regroupe l’essentiel du raccordement électrique. On y trouve d’abord la prise réseau, par laquelle la batterie se charge depuis le secteur et restitue son énergie à la maison.

La fiche est propriétaire et étanche, vissée pour rester en place, un détail qui rassure quand l’appareil vit dehors. Le câble fourni est généreux en longueur, ce qui évite la rallonge de fortune. À côté se loge l’antenne Wi-Fi, doublée d’une prise Ethernet pour les installations où le réseau sans fil passe mal, typiquement au fond d’un garage ou d’un abri de jardin. On repère enfin une petite soupape de sécurité, destinée à évacuer d’éventuels gaz, et une vis de mise à la terre, inutile en France sur une installation conforme, mais obligatoire dans certains pays.

Sur l’autre flanc, le Pro Max propose quatre entrées solaires au format MC4. Chacune accepte jusqu’à 1 000 W (60 V, 28 A), soit un total de 4 000 W de panneaux raccordables directement sur la batterie. L’intérêt est double. D’une part, vous n’avez pas besoin d’acheter de micro-onduleur séparé : c’est l’unité centrale qui convertit le courant continu des panneaux en 230 V utilisable par la maison. D’autre part, la charge par le solaire grimpe jusqu’à 4 000 W, contre 2 500 W au mieux par la prise secteur. Avec des panneaux de 500 W (44 V, 14 A), on les associe par paires en parallèle pour atteindre les 1 000 W par entrée. C’est exactement le type de fonctionnalité qui sépare le Pro Max du modèle « AC », pensé lui pour les maisons déjà équipées d’une installation classique.

La prise de secours justifie à elle seule l’achat pour beaucoup d’utilisateurs. C’est une prise 230 V réversible, alimentée en temps normal par le courant de la maison, et qui bascule sur la batterie en cas de coupure. La transition est annoncée à environ 20 millisecondes, assez rapide pour qu’un ordinateur branché dessus ne redémarre pas. Tant que le réseau est présent, elle délivre jusqu’à 3 680 W, en mode îloté, lors d’une panne, elle plafonne à 2 500 W. C’est là que l’on branche un congélateur, du matériel médical ou tout appareil que l’on veut garder allumé coûte que coûte. Un mot d’avertissement, en revanche : par défaut, l’injection vers la maison est bridée à 800 W. Ce n’est pas une limite technique de la batterie, mais une précaution liée à la norme NFC 15-100, sur une ligne partagée par d’autres appareils, le disjoncteur risquerait de ne plus voir passer toute la puissance réelle, ce qui peut faire chauffer le câblage.

Pour débloquer les 2 500 W, il faut impérativement installer le SolarVault sur une ligne dédiée, protégée par un disjoncteur de 20 A. À pleine puissance, on manipule de l’électricité, et le raccourci d’une simple multiprise est à proscrire.

Un mot sur le contexte réglementaire, souvent passé sous silence. Avec 4 000 W de panneaux raccordables, l’installation dépasse le seuil du simple appareil « prêt à brancher » : au-delà de 800 W injectés, elle doit être déclarée au gestionnaire de réseau, et un dépassement de puissance de panneaux fait basculer le montage dans le régime d’une installation photovoltaïque classique, avec les démarches qui vont avec. À vérifier selon votre configuration avant d’acheter, car cela relativise l’argument « on branche soi-même, sans installateur ».

ConnectiqueDétail
Prise réseau (entrée/sortie secteur)Fiche propriétaire étanche, jusqu’à 2 500 W
Entrées panneaux solaires4 × MC4 — 1 000 W / 60 V / 28 A par entrée, 4 000 W au total
Prise de secours (backup)3 680 W (réseau présent) / 2 500 W (mode îloté)
Temps de bascule en coupure~20 ms
CommunicationWi-Fi 2,4 GHz, Ethernet (RJ45)
Compteur intelligent compatibleShelly Pro 3EM ou compteur Jackery
Bridage par défaut / débridé800 W (ligne partagée) / 2 500 W (ligne dédiée, disjoncteur 20 A)

L’application et le pilotage

Toute la vie du SolarVault passe par l’application Jackery. C’est là, et seulement là, que l’on choisit le mode de fonctionnement, que l’on règle les limites de charge et que l’on active la prise de secours.

Quatre modes sont proposés. L’autoconsommation vise le zéro-injection : la batterie suit la consommation de la maison mesurée par le compteur et cherche à ne rien renvoyer au réseau. Le mode tarifaire optimise sur les prix dynamiques, par créneaux de 15 minutes, mais ses réglages de rentabilité restent sommaires (pas de prise en compte des pertes ou des marges). Le mode personnalisé laisse programmer des plages de charge et de décharge à la main, sans distinction semaine ou week-end. Et le mode IA combine tout cela avec la météo et l’état de la batterie, il réclame plusieurs semaines d’apprentissage avant de donner sa pleine mesure, et je ne l’ai pas encore laissé tourner assez longtemps pour le juger. Aucun autre test ne l’a vraiment évalué non plus à ce jour.

Là où Jackery se distingue, c’est sur l’ouverture domotique. Depuis le firmware 1.2 (bêta fin 2025, stable autour de mai 2026) et l’application 2.0, la batterie sait dialoguer en MQTT local. Le MQTT est un petit protocole de messagerie très répandu dans la maison connectée. La batterie vient se connecter à un serveur qui tourne chez moi, un broker Mosquitto, sans ouvrir le moindre port sur l’appareil, ce qui est une bonne pratique de sécurité. J’ai donc pu la brancher directement dans Home Assistant, sans passer par le cloud. Sur ce segment, c’est encore rare, et la marque en fait à juste titre un argument.

En lecture, l’ouverture est totale : 53 entités remontées, rafraîchies toutes les 5 à 10 secondes. J’accède à l’état de charge, aux puissances de charge et de décharge, aux quatre entrées solaires suivies une par une, aux imports et exports réseau, à la prise de secours, à la consommation de la maison, à la température des cellules et à tous les compteurs d’énergie cumulés. De quoi alimenter le tableau de bord énergie de Home Assistant et automatiser le suivi sans rien laisser de côté.

En écriture, c’est plus partiel, mais bien réel. Six paramètres répondent aux commandes : les limites de charge et de décharge, le plafond de sortie vers le réseau, l’allumage de la prise de secours, la veille automatique et l’état des prises connectées Jackery. C’est davantage que ce que la documentation officielle annonce, puisque le dépôt de la marque se présente comme « lecture seule » alors que ces commandes existent et fonctionnent. En jouant sur le plafond de sortie et la limite de décharge, on peut même bricoler une régulation locale sans ouvrir l’application. En revanche, l’essentiel du pilotage reste dans le cloud : impossible en local de changer de mode, de lancer une charge sur le secteur ou de programmer des horaires. L’ouverture est donc franche mais incomplète, et la communauté (le forum allemand Photovoltaikforum, le guide Alles-Automatisch) aboutit exactement au même constat.

J’ai chronométré les commandes en aller-retour, en restaurant à chaque fois l’état d’origine. Une seconde environ pour un réglage, c’est net et suffisant pour du pilotage domotique au fil de la production ou des tarifs. Seule la prise de secours prend son temps au rallumage, cinq secondes : la batterie vérifie visiblement quelque chose avant de refermer le relais.

CommandeTemps d’acquittement
Puissance de sortie max, 800 → 600 W1,04 s
Puissance de sortie max, 600 → 800 W1,05 s
Limite de décharge, 10 → 15 %1,05 s
Limite de décharge, 15 → 10 %1,06 s
Prise de secours, extinction2,06 s
Prise de secours, rallumage5,14 s

Un mot sur le réseau, parce qu’il faut savoir à quoi s’attendre. La batterie se connecte en Wi-Fi via un module ESP32, la puce que l’on retrouve dans quantité d’objets connectés. Depuis son emplacement, j’ai relevé un signal à -71 dBm, une latence moyenne de 164 ms et, surtout, zéro paquet perdu sur cent tentatives et aucune commande ratée de la journée. La latence part parfois dans tous les sens (de 9 à 851 ms), signature classique d’un ESP32 en économie d’énergie Wi-Fi, mais comme le protocole fonctionne en question-réponse à la seconde, on ne le ressent pas à l’usage.

Dernier point, et c’est une bonne surprise : le compteur. Le SolarVault a besoin de connaître la consommation de la maison pour réguler, et Jackery vend ses propres accessoires pour ça, dont un lecteur TIC qui se branche sur le Linky. Mais l’application accepte aussi les compteurs tiers, et mon Shelly Pro 3EM, déjà installé au tableau, s’est appairé directement, sans que j’aie à racheter le compteur maison de la marque.

Les performances

Avant les chiffres, une remarque de méthode. En instrumentant la batterie, j’ai pu lire ce qu’elle déclare elle-même dans son protocole, souvent plus fiable qu’une fiche produit. Et un écart saute aux yeux : si l’onduleur affiche bien 2 500 W, l’injection utile vers la maison est plafonnée à 800 W par défaut. Autrement dit, les 2 500 W ne se voient réellement qu’en charge ou sur la prise de secours, pas dans l’usage quotidien en autoconsommation, où c’est le plafond de 800 W qui compte (relevable à 2 500 W, mais seulement sur une ligne dédiée). Gardez ce chiffre en tête, c’est lui qui décrit la vraie vie de l’appareil.

Passons à la charge sur le secteur. Charge lancée à 12 h 48, terminée à 14 h 00 : de 21 à 90 % en une heure et quart. La puissance est restée parfaitement plate du début à la fin, autour de 1 800 W côté batterie et 1 880 W au mur, sans la moindre décrue progressive. À ce rythme, un 0 à 100 % complet demanderait environ une heure quarante-cinq. Ce plateau à 1 800 W n’est pas un bridage de l’application : en configuration de base, sans pack additionnel, la charge est limitée à 1 800 W et la décharge à 1 600 W. Les 2 500 W de l’onduleur ne deviennent accessibles qu’à partir d’environ 5 kWh de batterie, soit un pack de plus. C’est une valeur mesurée par energienerds, cohérente au watt près avec ma propre courbe.

MesureValeurDétail
Tiré du réseau2,16 kWhcompteur d’import
Compté côté batterie2,01 kWhconversion secteur vers batterie d’environ 93 %
Stocké (théorique)~1,74 kWh69 points de charge × 2,52 kWh nominal
Rendement mur vers stock~81 %sous réserve que la capacité nominale soit exacte

Ces 81 % restent à confirmer par une décharge complète mesurée, mais ils tombent pile dans la cible du genre : energienerds relève un rendement aller-retour moyen de 84,7 % sur quatre cycles complets à 800 W, qui glisse vers 75 à 80 % à faible puissance. Rien d’anormal, donc.

Une anomalie tout de même : la charge s’est arrêtée net à 90 %, alors que j’avais réglé la limite à 100 %. Protection thermique, marge de sécurité des cellules, ou réglage caché de l’application ? Je n’ai pas encore tranché sur ce sujet, il faut que je continue les tests.

Pendant cette charge à pleine puissance, les cellules sont passées de 29,8 à 46 °C, avec un pic une dizaine de minutes après la fin de charge, puis un retour vers 39 °C deux heures plus tard. C’est chaud pour du LFP, et un point à surveiller sur des charges répétées en été (la température de la pièce était à 28 °C, ce qui reste raisonnable en pleine canicule). J’ai même mesuré 48 °C à 1 800 W sur les ailettes arrière.

Le refroidissement est entièrement passif, sans ventilateur, grâce au gros dissipateur en V à l’arrière : moins de 32 dB, et de fait la batterie est inaudible à un mètre. Le seul bruit, c’est le petit clic du relais aux bascules charge et décharge. Prévoyez malgré tout un peu d’air autour de l’appareil, quelle que soit la batterie.

Passons à la consommation au repos. C’est peut-être le chiffre le plus parlant de ce premier tour de mesures. Batterie à l’arrêt, sans aucun flux, j’ai relevé une décharge résiduelle stable entre 3 et 9 W. Cela paraît dérisoire, mais ramené sur une journée, cette veille grignote environ 0,12 kWh, soit près de 5 % de la capacité de base par jour. Une batterie pleine et laissée inutilisée se viderait donc toute seule en trois semaines. Ce genre de produit n’a d’intérêt que s’il travaille tous les jours, et oui, une batterie qui dort vous coûte de l’énergie.

En autoconsommation, l’objectif est de ne rien renvoyer au réseau, et sur ce terrain le SolarVault tient la route, je n’ai mesuré que des fuites d’import et d’export résiduelles minimes sur une nuit entière. La prise de secours, elle, bascule en moins de 20 millisecondes sur une coupure simulée, assez pour qu’un ordinateur branché dessus ne redémarre pas.

Prix et alternatives

Le SolarVault 3 Pro Max seul, avec ses 2,52 kWh, est affiché à 1 379 € en prix conseillé, mais se trouve plutôt autour de 1 079 à 1 199 € dans les faits. Ramené au kWh, cela donne 436 à 476 € le kWh stocké. Ce n’est pas la batterie la moins chère au kWh du marché.

C’est en fait avec un pack additionnel que le calcul devient intéressant. La configuration Pro Max plus une batterie BP2500 (5,04 kWh) revient à environ 1 798 €, soit près de 357 € le kWh, un ratio bien plus sain. C’est aussi cette configuration à deux batteries qui débloque les 2 500 W de sortie, contre 1 600 W pour l’unité de base. En clair, le vrai point d’équilibre du produit se situe autour de 5 kWh, et non sur l’unité seule.

Jackery propose par ailleurs des lots avec panneaux (environ 1 509 € avec quatre panneaux de 500 W), et un support à roulettes en option à 99 € pour déplacer les 25 kg de l’appareil sans se casser le dos.

Un mot sur les économies annoncées. Jackery met en avant une économie « jusqu’à » plus de 1 000 € par an. Le chiffre existe, mais en lisant les notes de bas de page, il ne vaut que dans une configuration maximale : cinq batteries d’extension et un kWh à 0,20 €. Pour un foyer moyen avec une ou deux batteries, l’économie réelle redescend nettement. À vous de refaire le calcul sur votre propre profil plutôt que de vous fier aux chiffres annoncés. La garantie, elle, est solide : 10 ans, pour 6 000 cycles annoncés et 80 % de capacité conservée en fin de course.

Face à cette Jackery, la concurrence est nombreuse, et je l’ai en partie testée. Le rival le plus direct, surtout si la domotique vous intéresse, c’est le Zendure SolarFlow 2400 AC+ (environ 1 000 € pour 2,4 kWh).

Sur le pilotage local, il garde une longueur d’avance : là où la Jackery lit son compteur mais laisse les modes et la charge secteur enfermés dans le cloud, le Zendure régule directement sur le compteur, avec une latence quasi nulle et un écosystème plus mûr. Si votre budget passe avant tout, la Marstek Venus E 3.0 reste la référence du coût au kWh (5,12 kWh autour de 1 400 €, soit près de 300 € le kWh), au prix d’un logiciel encore perfectible. Pour du sans-souci, l’EcoFlow Stream mise sur la maturité et la stabilité.

Enfin, l’Anker Solix Solarbank 3 Pro est le concurrent frontal de la Jackery sur le terrain du DC-couplé, avec elle aussi des entrées MPPT intégrées et une application très aboutie, et la Sunology Storey joue la carte française avec une garantie de 15 ans. Pour un panorama complet et le choix adapté à votre foyer, je vous renvoie à notre guide d’achat des meilleures batteries solaires.

Pour aller plus loin
Meilleures batteries plug and play pour panneaux solaires : comment bien choisir et les modèles qu’on recommande

Note finale du test
8 /10
La Jackery SolarVault 3 Pro Max réussit son entrée dans le stockage résidentiel. C'est un produit sérieux, bien fabriqué, silencieux, et surtout étonnamment ouvert pour la marque : la possibilité de le brancher en local dans Home Assistant, sans dépendre du cloud, est encore rare sur ce segment et le rapproche des références pour bidouilleurs. Le fait qu'il accepte mon Shelly Pro 3EM sans exiger son propre compteur est un vrai geste envers ceux qui ont déjà une brique domotique.

Le revers, c'est un décalage récurrent entre les chiffres d'affiche et la vie réelle. Les 2 500 W ne servent qu'en charge, sur la prise de secours ou avec un pack de plus, tandis que l'injection quotidienne reste plafonnée à 800 W. Le coût au kWh n'est pas le meilleur du marché, l'économie de 1 016 € par an relève du scénario idéal, et le logiciel garde quelques problèmes de jeunesse. Rien de rédhibitoire, mais de quoi tempérer l'enthousiasme.

Je vais continuer les tests. En l'état, c'est une candidate solide pour avoir un système ouvert et évolutif, à condition de viser d'emblée la configuration à deux batteries.

Points positifs
Jackery SolarVault 3 Pro Max

  • Fabrication soignée et silence total

  • Charge solaire directe et généreuse

  • Ouverture domotique rare sur ce segment : MQTT local et intégration Home Assistant sans cloud

  • Compatibilité avec les compteurs tiers

  • Sécurité et durabilité : cellules LFP, extincteur interne à aérosol certifié TÜV, préchauffage par temps froid et garantie 10 ans (6 000 cycles, 80 % de capacité conservée)

Points négatifs
Jackery SolarVault 3 Pro Max

  • Le vrai plafond de 800 W : en usage quotidien sur prise, l'injection reste limitée à 800 W, et les 2 500 W annoncés supposent une ligne dédiée et un pack additionnel

  • Connectivité Wi-Fi seule et capricieuse (module ESP32, latence variable)

  • Pilotage local encore partiel : on lit tout en MQTT, mais on ne change ni les modes ni la charge secteur, qui restent verrouillés dans le cloud

  • Rapport coût au kWh moyen : de 436 à 476 € le kWh sur l'unité de base, encore 357 € avec un pack, au-dessus des références comme la Marstek

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