Ce mois de mars devait être celui où l’on parlerait essentiellement de SFR, en passe d’être racheté par Bouygues Telecom ou Numericable. Free Mobile, que l’on n’attendait plus vraiment dans ce mercato, a fait son entrée en jeu hier, annonçant son intention d’acheter le parc d’antennes de Bouygues si son concurrent parvient à acquérir le Carré Rouge. Et aujourd’hui, alors qu’il envisage une nette accélération dans la construction de son réseau mobile, de publier ses derniers chiffres pour l’année 2013. 

Free Mobile

« Vous aviez un Free, vous aurez un super Free. Vous avez un acteur qui a tout pour être autonome et agressif commercialement durablement« , déclarait hier Maxime Lombardini, le directeur général de l’opérateur, à l’antenne de BFM TV, évoquant le destin de Free Mobile en cas de rachat des antennes de Bouygues Telecom.

Des finances désormais positives

Deux ans après le lancement de Free Mobile, mis en place en janvier 2012, l’affaire est rentable, même s’il n’est pas encore question pour Iliad, sa maison-mère, d’assurer son indépendance. Mais même sans rachat d’antennes Bouygues, les résultats de l’opérateur pour 2013 montrent une entrée dans le monde de la rentabilité, avec un chiffre d’affaires annuel en augmentation de plus de 30 % en un an, à 1,2 milliard d’euros, et un EBITDA (résultats brut d’exploitation) positif à 113,5 millions d’euros pour l’année 2013, contre une perte de 46,1 millions d’euros en 2012. Sur l’ensemble de ses activités fixes et mobiles, Iliad est passé d’un résultat net de 186,5 millions d’euros au 31 décembre 2012 à 265,4 millions un an plus tard, avec un ratio d’endettement également en baisse. Un tiers du chiffre d’affaires du groupe Iliad provient désormais de sa section mobile.

Pour expliquer cette croissance, Iliad invoque « l’atteinte de la taille critique nécessaire à l’absorption de la base de coûts fixes et la hausse du trafic transporté sur le réseau Free Mobile« . Ce trafic a quant à lui été assuré par 8 millions de clients pour l’opérateur, soit 2,8 millions de nouveaux abonnés acquis en un an, et une part de marché représentant 12 % de la mobilité hexagonale. Pour comparaison, le leader sur le secteur, Orange, compte 27 millions de clients, quand SFR en détient 21 millions et Bouygues Telecom, 11 millions.

Bientôt un coup d’accélérateur ?

Encore loin derrière les poids lourds du secteur, Free Mobile compte sur la croissance de son réseau en propre – qui doit atteindre 75 % de la population couverte d’ici la fin 2015 pour répondre aux contraintes fixées par l’ARCEP – pour acquérir de nouveaux abonnés, mais surtout sur une aubaine due aux mutations actuelles du marché français.

Si Bouygues Telecom est autorisé à acheter SFR, Free Mobile pourra acquérir les antennes de celui qu’il talonne et assurer un taux de couverture en France dépassant ses objectifs. Il s’affranchirait par ce biais d’un coût fixe : celui de l’itinérance sur le réseau Orange, qui compense la construction de son propre réseau. Si l’opération a bien lieu, Free Mobile pourra dire adieu à une redevance d’environ 600 millions d’euros par an à son concurrent ; il débourserait environ 1,8 milliard d’euros pour obtenir le réseau de Bouygues Telecom, soit environ trois ans de loyer. Et obtiendrait de fait quelques milliers d’antennes 4G supplémentaires.