Selon le journal les Echos, Bercy travaille activement sur le dossier de fusion entre Orange et Bouygues Telecom. La raison ? Selon le journal, il n’est pas tant question de sauver des emplois que de tenir les promesses du gouvernement.

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Les Echos ont laissé traîner leurs oreilles aux abords de Bercy et ont récupéré quelques informations croustillantes sur les fusions à venir dans le monde des opérateurs. Selon le journal français, l’État réfléchirait à un rachat de Bouygues Telecom par Orange. La raison est essentiellement politique et d’intérêt public. L’année dernière, le gouvernement s’était engagé à raccorder l’intégralité de la population française en connexion Internet en haut débit (en FTTH plus précisément) avant 2023. Un plan sur 10 ans qui prévoyait non seulement qu’en 2022 80 % de la population française soit raccordée à la fibre optique, mais aussi que les différents opérateurs téléphoniques se mettent d’accord pour investir dans les zones dites « moyennement denses » (un euphémisme pour parler des zones rurales souvent peu peuplées).

Le seul moyen pour les opérateurs d’être rentables dans ces zones est de co-investir, autrement dit, de ne pas dupliquer les infrastructures au même endroit. Las, depuis que SFR a été racheté par Numericable, la nouvelle entité a annoncé qu’elle allait surtout se concentrer sur la commercialisation du câble, un moyen d’accès à Internet qui n’est pas aussi rapide que les réseaux fibrés. Et Orange a précisé qu’il allait également investir là où SFR mettrait du câble, mais dans la fibre. Autrement dit, non seulement les opérateurs comptent dupliquer les moyens de connexions, mais en plus les populations de ces zones moyennement denses ne seront pas forcément raccordés sur de l’Internet à haut débit avant 2023.

Pour éviter cette situation, l’État a réfléchi à une solution pour inciter les opérateurs à s’investir un peu plus dans le déploiement de l’Internet à haut débit partout en France. Et cette solution se déroulerait en trois étapes. Selon Les Echos, la première consisterait à ce que Orange rachète Bouygues Telecom. Durant la seconde étape, Orange revendrait le réseau mobile et une partie des fréquences de Bouygues Telecom à Free. Mais contrairement à la première négociation entre Free et Bouygues Telecom que l’on avait connue au début de l’année, le prix serait un peu plus élevé, de l’ordre de 2,2 ou 2,3 milliards d’euros, au lieu de 1,8 milliard d’euros autrefois prévus dans le cadre du rachat de SFR. Une somme décomposée en 1,5 milliard d’euros pour le réseau et 800 millions d’euros pour les fréquences.

Cette transaction avec Free est très importante puisque la société de Xavier Niel s’engagerait (et c’est la troisième étape) dans le même temps à co-investir en FTTH (Fiber to the Home) aux côtés d’Orange dans les zones moyennement denses. Il serait même prévu que Free investisse 300 millions d’euros sur cinq ans (soit 1,5 milliard d’euros) dans ce réseau fibré. Le but étant à terme que Orange, Free et potentiellement la Caisse des Dépôts ainsi que des partenaires privés investissent dans ces zones peu peuplées afin de les raccorder à l’Internet à très haut débit.

Si ce scénario franchement complexe a bien lieu, il aura beaucoup d’avantages. D’un côté, des suppressions d’emplois seront évitées avec le rachat de Bouygues Telecom par Orange. De l’autre côté, Free disposera enfin d’un réseau et de fréquences dignes de ce nom. Enfin, le Plan France Très Haut Débit présenté l’année dernière par le gouvernement aura peut-être une chance d’aboutir en 2022.