Les Échos viennent de mettre en ligne un long article sur le refus de l’offre faite par SFR-Numericable pour racheter Bouygues Telecom. Le journal sous-entend que ce refus a été motivé à la fois par la pression mise par le gouvernement mais aussi par des raisons « sentimentales ».

Rachat-de-Bouygues-par-SFR-pourquoi-l-Etat-est-sceptique

Dans un très bel article intitulé « SFR-Bouygues : le jour où Martin Bouygues a dit non à Patrick Drahi », deux journalistes des Échos ont retracé depuis le début l’histoire de l’offre faite par SFR-Numericable il y a quelques jours pour racheter Bouygues Telecom. Selon le journal économique, tout aurait débuté au mois de janvier 2015, à l’occasion d’un dîner rassemblant Martin Bouygues et Patrick Drahi autour de la même table. Les deux hommes auraient alors discuté de l’état de Bouygues Telecom ce soir-là, et Patrick Drahi en serait alors ressorti convaincu que Martin Bouygues était prêt à céder sa branche Telecom contre un bon prix. Quelques semaines plus tard, SFR-Numericable fera une première offre à Bouygues Telecom, de l’ordre de 8,5 milliards d’euros. Un montant bien supérieur à ce qu’auraient proposé Orange et Free l’année dernière — 7 milliards d’euros — mais que Bouygues aurait refusé aussi sec.

Les Échos expliquent que c’est à partir de ce refus que des échanges plus sérieux ont débuté entre SFR-Numericable, Bouygues Telecom mais aussi Free. Durant le mois de mai 2015, SFR-Numericable a ainsi négocié avec Free, sans que Free ne recontre jamais personne de chez Bouygues Telecom, pour le quatrième opérateur français s’engage à racheter une partie des fréquences et du réseau de Bouygues Telecom. Montant de l’opération prévue : Free dépenserait 2 milliards d’euros pour racheter ces fréquences et ce réseau, soit 200 millions d’euros de plus que ce qui avait été conclu l’année dernière entre Free et Bouygues Telecom. Une fois cet accord signé, SFR-Numericable a directement proposé à Bouygues, dès le 3 juin 2015 de racheter Bouygues Telecom contre 10 milliards d’euros.

Une fusion que le gouvernement aurait peu appréciée

Et c’est à partir de ce moment-là que les choses se sont beaucoup moins bien passées pour SFR-Numericable. D’une part, dès l’offre envoyée, Bouygues Telecom a décidé de prendre son temps et de ne pas prendre conseil auprès de ses banques. Après trois semaines de réflexion, Bouygues décide de réunir son conseil d’administration pour le 23 juin, sans tenir SFR-Numericable au courant de quoi que ce soit. Hélas, le 20 juin, quelques jours avant la tenue du conseil, le Journal du Dimanche révèle l’offre de rachat et les médias s’emparent de l’affaire.

Cela aura de nombreuses conséquences sur l’offre de rachat. La plus importante est sans conteste le fait que le gouvernement, et plus particulièrement Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, est contre cette fusion. Une source des Échos l’assure : « Il y avait une vraie crispation à Bercy sur le sujet », indique un protagoniste. Dans l’entourage du ministre, on rappelle que le discours est le même depuis plusieurs semaines. « Il n’y a jamais eu de tabou sur la consolidation. Mais le timing n’est pas le bon. On commence à peine à évaluer les conséquences du rachat de SFR par Numericable ». Emmanuel Macron aurait alors appelé Martin Bouygues le samedi 20 juin. De l’autre côté, les salariés de Bouygues Telecom commencent sérieusement à s’inquiéter.

À cela s’ajoute la réticence des administrateurs de la société Bouygues. Lors du conseil d’administration du 23 juin, ces derniers ont alors exprimé de nombreuses réserves et critiques à l’encontre de Patrick Drahi dont les méthodes de management et « le manque de sérieux » les auraient convaincus de voter contre le rachat. Bouygues ne prendra d’ailleurs même pas la peine de prévenir SFR-Numericable du rejet de son offre. Patrick Drahi apprendra d’ailleurs la nouvelle par l’intermédiaire de la presse. Selon Les Échos, le patron de SFR-Numericable ne serait pas rancunier et aurait abandonné l’idée du rachat de Bouygues Telecom. Il reste toutefois une chose plus que surprenante : Bouygues a refusé une offre de rachat supérieure à ses espérances, qui ne se reproduira certainement pas. Les véritables raisons de ce refus sont encore très floues.