
Les chercheurs du projet ToxFree LIFE for All, un partenariat d’organisations de la société civile en Europe centrale, ont procédé à l’analyse approfondie de 81 modèles de casques audio, représentant 180 échantillons de matériaux différents. C’est ce que l’on peut appeler un échantillon représentatif…
Selon The Guardian, les produits ont été achetés dans des commerces en Autriche, République tchèque, Hongrie, Slovaquie et Slovénie, ainsi que sur des plateformes en ligne telles que Shein et Temu. Les tests en laboratoire ont révélé une réalité particulièrement préoccupante. En effet, la totalité des produits examinés contenaient des substances dangereuses pour la santé humaine.

Parmi ces substances, le bisphénol A (BPA) a été identifié dans 98 % des échantillons, tandis que son substitut, le bisphénol S (BPS), était présent dans plus de trois quarts des produits testés. Rappelons que ces composés synthétiques sont utilisés pour renforcer la rigidité des plastiques et sont unanimement reconnus comme des perturbateurs endocriniens capables d’imiter les effets des œstrogènes dans l’organisme.
Des substances vraiment toxiques
L’étude a également mis en évidence la présence de phtalates, des toxiques pour la reproduction qui peuvent affecter la fertilité, ainsi que des paraffines chlorées associées à des dommages au foie et aux reins selon des études sur les animaux. Des retardateurs de flamme bromés et organophosphorés, présentant des caractéristiques de perturbateurs endocriniens similaires aux bisphénols, ont aussi été détectés, bien que généralement en quantités plus faibles.
Certains modèles affichaient des concentrations particulièrement élevées, atteignant jusqu’à 315 mg/kg de ces produits chimiques, soit plus de trente fois la limite de 10 mg/kg recommandée par l’Agence européenne des produits chimiques. Parmi les produits dépassant ces seuils figurent les écouteurs Sennheiser Accentum True Wireless, les casques Bose QuietComfort Headphones et les Sennheiser Momentum 4.
Des marques prestigieuses concernées par la contamination
Alors qu’on pourrait penser que les plus petites marques sont concernées – et quand bien même, cela ne serait pas normal non plus – ce n’est pas vraiment le cas. En effet, parmi les échantillons figurent les grandes marques du secteur audio.

Selon les résultats de l’investigation, des produits de Bose, Samsung, Sennheiser, Panasonic, Apple et Sony figurent parmi les dispositifs contenant ces substances préoccupantes. Par exemple, les écouteurs Samsung Galaxy Buds 3 Pro, conçus pour un usage sportif entre autres, présentent un risque particulièrement élevé en raison de leur exposition à la transpiration et à la chaleur, avec des concentrations de bisphénol dépassant les seuils de sécurité dans certaines sections. Cette présence généralisée de produits chimiques dangereux soulève des questions sur les processus de fabrication et les normes de sécurité appliquées par l’industrie électronique grand public.
Karolina Brabcová, spécialiste en chimie chez Arnika, l’une des organisations impliquées dans le projet ToxFree LIFE for All, a souligné la nature problématique de ces découvertes en précisant que ces substances chimiques ne sont pas de simples additifs inertes, mais qu’elles peuvent migrer des casques vers le corps humain. Cette migration s’effectue principalement par contact cutané, un processus qui s’accélère considérablement en présence de chaleur et de transpiration.

Les matières synthétiques utilisées pour la fabrication des plastiques libèrent ces composés qui peuvent ensuite être absorbés par la peau, créant une possible exposition directe et continue aux perturbateurs endocriniens.
Des risques sanitaires multiples identifiés
Les conséquences potentielles pour la santé associées à ces substances sont diverses et préoccupantes. Les bisphénols, en imitant l’action des hormones naturelles dans l’organisme, peuvent entraîner une puberté précoce chez les filles, une féminisation des hommes et augmenter les risques de développer certains cancers. Des recherches antérieures ont démontré que le BPA et le BPS peuvent s’échapper des plastiques synthétiques pour se retrouver dans la transpiration avant d’être absorbés à travers l’épiderme. Les phtalates détectés dans les casques représentent une menace pour la fertilité, tandis que les paraffines chlorées ont été associées à des lésions hépatiques et rénales dans le cadre d’études menées sur des animaux.
Pire encore : le risque d’exposition augmente proportionnellement à la durée et à la fréquence d’utilisation des casques audio.
Les chercheurs soulignent également une anomalie réglementaire : dans l’Union européenne, les casques audio sont soumis aux mêmes normes que les téléviseurs, malgré des modes d’utilisation radicalement différents impliquant un contact prolongé et direct avec la peau.
« Pas de danger imminent » mais une exposition qui peut s’avérer malgré tout toxique
Le projet ToxFree LIFE for All indique que si ces produits ne présentent pas de danger aigu ou imminent, les effets cumulatifs et synergiques d’une exposition chronique à ces classes de produits chimiques constituent un risque à long terme pour la santé publique.
Nous avons interrogé plusieurs grandes marques à ce sujet et nous attendons leurs réponses à l’heure de l’écriture de ces lignes. Nous mettrons cet article à jour dès que nous aurons eu un retour de leur part.
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