« LOL, j’ai accès au réseau » : comment des ex-ingénieurs d’Apple auraient pillé des secrets pour OpenAI

Espionnage chez Apple

 
Apple a mis un « LOL » dans sa plainte contre OpenAI. Le message, laissé par un ex-ingénieur sur un ordinateur portable Apple qu’il n’avait pas rendu, résume à lui seul l’affaire d’espionnage industriel que la marque instruit devant la justice.
Crédits : Frandroid

« LOL, j’ai découvert que je pouvais accéder au stockage réseau, trop drôle ». C’est un message comme celui-ci qu’Apple met en avant dans sa plainte contre OpenAI, déposée vendredi devant un tribunal fédéral de Californie. La marque accuse l’entreprise de Sam Altman de vol de secrets industriels. Et le détail qui circule depuis, c’est le récit du parcours d’un seul homme.

Cet homme, c’est Chang Liu, ingénieur en systèmes électriques passé par huit ans chez Apple, sur l’iPhone. En janvier 2026, il quitte la marque pour rejoindre la division matérielle d’OpenAI.

Selon la plainte, révélée en détail par le journaliste Mark Gurman de Bloomberg, il part avec trois choses : un MacBook professionnel jamais rendu, une amie restée chez Apple qui continue à lui transmettre des informations internes, et surtout la connaissance d’un bug qui lui laisse un accès aux serveurs de fichiers d’Apple. On vous racontait déjà ce matin comment Apple accusait OpenAI d’avoir pillé ses secrets pour bâtir son propre appareil. La plainte est révélée en détail par Mark Gurman, de Bloomberg.

D’après Apple, Chang Liu se sert de cet accès pour télécharger des dizaines de fichiers confidentiels, y compris une compilation technique de plus de mille pages. Des présentations sur la fabrication et les tests de cartes mères, notamment. Tout ça pendant qu’il développe déjà du matériel pour OpenAI. Sa collègue restée chez Apple, à qui il envoie le fameux « LOL », répond simplement : « Je suis prête ». Elle rejoint OpenAI en avril. Tous ces messages ont été laissés sur les ordinateurs professionnels fournis par Apple.

Pourquoi Apple sort l’artillerie maintenant

Chang Liu n’est qu’un nom parmi d’autres. Au centre du dossier, Apple vise surtout Tang Tan, aujourd’hui responsable du matériel chez OpenAI après vingt-quatre ans passés à concevoir l’iPhone et l’Apple Watch.

La marque l’accuse d’avoir utilisé des noms de code de projets confidentiels pendant les entretiens d’embauche, et d’avoir demandé aux candidats encore employés par Apple d’apporter de « vraies pièces » (batteries, cartes mères) pour des séances de démonstration dans les bureaux d’OpenAI. Apple affirme aussi qu’un document interne circulait pour aider les partants à éviter les contrôles de sécurité.

Ce qui rend Apple aussi nerveuse, c’est le contexte. OpenAI a débauché plus de 400 anciens salariés de la marque et prépare son premier appareil grand public, qui pourrait concurrencer l’iPhone frontalement.

OpenAI a racheté l’an dernier io, la startup de Jony Ive, ex-designer star d’Apple, pour 6,5 milliards de dollars (environ 5,7 milliards d’euros). L’analyste Ming-Chi Kuo évoquait en avril un smartphone reposant sur des agents d’IA plutôt que sur des applications, comme le détaillaient nos confrères de Numerama. Et le patron du matériel d’OpenAI, Tang Tan, entretient une relation tendue de longue date avec John Ternus, futur CEO d’Apple, dont la division a fourni l’essentiel des recrues d’OpenAI.

OpenAI a répondu brièvement sur X : l’entreprise assure n’avoir « aucun intérêt pour les secrets industriels d’autres entreprises ». La plainte tombe au pire moment pour OpenAI. L’entreprise se dirige vers une entrée en Bourse, et un procès pour vol de secrets peut ralentir, voire redessiner, sa jeune activité matérielle. Apple parle d’ailleurs de la « partie visible de l’iceberg ». Autrement dit, le « LOL » de Chang Liu n’est probablement que le premier chapitre d’un bras de fer parti pour durer.

Apple précise avoir alerté OpenAI dès février, avant de saisir la justice, sans obtenir de réponse. La marque réclame des dommages et intérêts ainsi que la destruction des documents concernés, et vise aussi io Products, la société cofondée par Jony Ive, comme codéfenderesse.


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