Apple contre OpenAI : le récap complet d’un week-end d’espionnage industriel

 
Plainte fédérale déposée vendredi, révélations en cascade tout le week-end : Apple accuse OpenAI d’avoir organisé le pillage de ses secrets industriels pour bâtir son premier appareil. Personnages, accusations, enjeux : le point complet pour attaquer la semaine.
Crédits : Frandroid

Vendredi 10 juillet, Apple a déposé une plainte devant un tribunal fédéral de Californie pour vol de secrets industriels et rupture de contrat. Quatre défendeurs : OpenAI, io Products, sa filiale matérielle, et deux anciens salariés d’Apple visés personnellement. Depuis, chaque relecture des 41 pages du document livre son lot de détails, et le week-end a suffi à transformer un dossier juridique en feuilleton.

Premier personnage, Chang Liu, ingénieur systèmes passé huit ans sur l’iPhone, parti chez OpenAI le 22 janvier. Selon Apple, il n’a jamais rendu un MacBook de fonction et aurait découvert en février, grâce à un bug d’authentification, que ses accès aux serveurs fonctionnaient toujours. Suivent des semaines de téléchargements, dont une compilation technique de plus de 1 000 pages, et un « LOL » laissé sur un ordinateur d’Apple qui restera comme l’image de l’affaire. Autre profil, tout autre calibre. Tang Tan, 24 ans chez Apple, ex-vice-président du design produit de l’iPhone et de l’Apple Watch, aujourd’hui patron du hardware d’OpenAI. Apple l’accuse d’avoir utilisé des noms de code confidentiels en entretien d’embauche, réclamé de « vraies pièces » aux candidats et distribué aux recrues un document interne détaillant les contrôles de sécurité appliqués aux partants.

Un système, pas une série de dérapages

Au-delà des deux hommes, Apple décrit un système organisé : des entretiens structurés pour extraire du savoir-faire, des partenaires approchés avec du vocabulaire interne, et jusqu’à une technique secrète de finition du métal qu’un sous-traitant aurait exécutée pour OpenAI en croyant l’opération autorisée. Ironie du dossier, la firme a dû détailler pour l’occasion tout l’arsenal qui protège ses secrets, des badges aux transports dédiés. Et en listant ce que les recrues auraient emporté, elle a même dessiné malgré elle les contours de l’appareil d’OpenAI. L’affaire se résume aussi en quelques chiffres.

  • Plus de 400 anciens salariés d’Apple travaillent aujourd’hui chez OpenAI, issus pour l’essentiel de la division de John Ternus, le futur patron de la firme.
  • OpenAI a racheté io, la structure cofondée par Tang Tan et liée à Jony Ive, pour 6,5 milliards de dollars en mai 2025, soit environ 5,7 milliards d’euros.
  • Les premiers prototypes de l’appareil ont été confirmés en novembre 2025, et Foxconn, Luxshare et Goertek, trois piliers de la chaîne iPhone, travaillent aussi pour OpenAI.
  • L’horizon évoqué pour un smartphone reposant sur des agents d’IA reste 2028, selon l’analyste Ming-Chi Kuo.

Et maintenant ?

OpenAI dément, assurant n’avoir « aucun intérêt pour les secrets industriels d’autres entreprises ». Apple affirme de son côté avoir alerté l’entreprise dès février, sans réponse, avant de saisir la justice. La firme réclame des dommages et intérêts, y compris exemplaires, la restitution ou la destruction des documents, et annonce une demande d’injonction préliminaire pour interdire immédiatement tout usage de ses secrets. C’est cette injonction qui constitue la prochaine étape à surveiller : si elle est accordée, elle peut ralentir le programme matériel d’OpenAI en pleine préparation d’entrée en Bourse, bien avant tout jugement sur le fond.

Tout ce que contient la plainte reste, à ce stade, la version d’Apple, et un procès de ce type se joue sur des années. Un point reste cocasse : ChatGPT équipe toujours Apple Intelligence, un accord commercial que la plainte prend soin d’exclure du litige.

En attendant la réponse d’OpenAI au tribunal, le dossier complet se trouve dans le récit du fameux « LOL », le portrait de Tang Tan et notre article sur la plainte initiale. Un constat s’impose déjà. La guerre du prochain smartphone a commencé au tribunal, trois ans avant le produit.


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