OpenAI lâche Cursor : dans ce Game of Thrones de l’IA, c’est aux développeurs de choisir un camp

Guerre des alliances

 
OpenAI retirera ses modèles de Cursor le 12 novembre, trois mois après le rachat de l’éditeur de code par SpaceX. Un divorce qui ne pèse que 5 % du trafic, mais qui redistribue les alliances entre OpenAI, Anthropic et Elon Musk.

Sam Altman et Elon Musk ne se parlent plus depuis longtemps, ils ne s’apprécient pas et sortent d’un procès, et Cursor vient d’en faire les frais.

Vendredi soir, OpenAI a publié un article pour annoncer qu’elle ne fournirait plus ses modèles à l’éditeur de code, désormais propriété de SpaceX. Chaque phrase du texte contient un reproche, et pas un seul ne vise Cursor lui-même.

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Cursor, c’est un éditeur de code bâti sur VS Code où l’IA écrit, corrige et refactorise, avec un menu déroulant pour choisir son modèle : Claude d’Anthropic, GPT d’OpenAI, Gemini de Google ou Grok.

Le choix du fournisseur dans une même interface a fait son succès auprès des développeurs, et son prix : SpaceX a annoncé en juin un rachat à 60 milliards de dollars (environ 55 milliards d’euros), payé en actions quelques jours après son entrée en bourse, et bouclé le 14 août.

Le montant en fait, et de loin, le plus gros rachat de startup jamais enregistré : SpaceX a réglé l’intégralité en actions, quelques semaines après son entrée en Bourse record.

Le contrat entre OpenAI et Cursor prévoyait une fenêtre de résiliation en cas de changement de contrôle. OpenAI l’a donc activé, avec le préavis maximum, soit le 12 novembre 2026. OpenAI justifie sa décision en disant ne pas pouvoir garantir que SpaceX respectera ses conditions d’utilisation, en rappelant que Twitter avait rompu son contrat après le rachat par Elon Musk, et que ce dernier a admis sous serment en avril que xAI avait utilisé des données d’OpenAI pour entraîner ses modèles.

L’ironie est d’autant plus nette qu’OpenAI avait elle-même cherché à mettre la main sur Cursor : la startup a repoussé deux approches du créateur de ChatGPT avant de tomber dans l’escarcelle de SpaceX. Le fournisseur qui coupe aujourd’hui les vannes est aussi un prétendant éconduit.

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Michael Truell, le patron de Cursor, a répondu dans la foulée : les modèles OpenAI représenteraient environ 5 % du trafic de ses utilisateurs, et il dit avoir fait confiance à OpenAI comme « infrastructure neutre ».

Le message sous-jacent est clair, Cursor peut vivre sans GPT. L’inverse est moins sûr, car OpenAI perd une vitrine devant des centaines de milliers de développeurs, au moment où elle prépare Astra, son prochain modèle, que Cursor n’aura de toute façon jamais. L’ironie se situe ailleurs.

En janvier, Anthropic avait coupé l’accès de xAI à Claude après avoir repéré des ingénieurs d’Elon Musk qui passaient par Cursor pour utiliser ses modèles. Sept mois plus tard, Anthropic loue des GPU sur le cluster Colossus de SpaceX, et son cofondateur Tom Brown a annoncé vendredi que l’entreprise allait au contraire augmenter la puissance de calcul dédiée à Claude dans Cursor. Les alliances de janvier ne valent plus rien en août. On rappellera aussi que Elon Musk a lui-même reconnu que Claude codait mieux que Grok, ce qui explique sans doute pourquoi Anthropic reste à table.

Pour un développeur qui utilise GPT dans Cursor, il reste trois mois pour basculer sur Claude, Gemini ou Grok, ou pour migrer vers Codex, l’agent de codage d’OpenAI. Pour les autres, rien ne change tout de suite. Le vrai sujet se joue plus loin.

SpaceX possède aussi xAI, dont Grok 4.5 se vend à prix cassé pour coder, et Cursor entraîne déjà ses propres modèles Composer sur Colossus. Chaque requête envoyée à Anthropic ou Google est de l’argent qui sort du groupe. On voit mal Elon Musk laisser ce robinet ouvert indéfiniment sans pousser ses modèles maison par défaut. La question de la neutralité que Michael Truell brandit contre OpenAI se posera bientôt à Cursor lui-même. Deux inconnues subsistent. Google n’a rien dit, et OpenAI promet d’accompagner la transition sans préciser comment.

En coupant Cursor, OpenAI vise en réalité Elon Musk, et les développeurs servent de dommages collatéraux. Anthropic joue la carte inverse en misant sur l’argent et le calcul de SpaceX, tout en sachant que l’éditeur racheté 60 milliards est devenu un concurrent de Claude Code. Dans cette série, personne ne survit en restant neutre. On attend la saison suivante : celle où Cursor choisira à son tour ses amis.


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