Pertes par harmoniques : pourquoi la dernière alerte sur le solaire ne touche pas les particuliers

 
ABB agite une étude qui chiffre à 0,35 % de la production solaire annuelle les pertes dues aux harmoniques. Sur un grand parc, ça se compte en centaines de milliers d’euros par an : assez pour vendre un onduleur spécialisé. Pour les particuliers, le calcul ne vaut pas le coût. On vous explique tout.
Un onduleur

Le chiffre sort d’un livre blanc publié en mai 2024 par l’espagnol Gamesa Electric, dont ABB a racheté l’activité électronique de puissance (l’onduleur Proteus compris) avant de relancer cette gamme sous sa propre marque en 2026.

Ce retour mérite un mot de contexte. ABB avait quitté les onduleurs solaires en 2020, en revendant cette activité à l’italien FIMER pour se recentrer sur d’autres marchés. Reprendre Gamesa Electric lui permet de revenir avec une gamme déjà rodée plutôt qu’un produit à bâtir de zéro, ce qui éclaire aussi l’intérêt d’en documenter les atouts au plus vite.

À quoi tient le problème ? Un onduleur convertit le courant continu des panneaux en courant alternatif pour le réseau, en hachant le signal à très haute fréquence. La sinusoïde obtenue n’est jamais parfaite : ces imperfections, ce sont les harmoniques, et on mesure leur poids par le taux de distorsion, le fameux THD (Total Harmonic Distortion).

Plus il grimpe, plus une part de l’énergie se dissipe en chaleur dans les câbles et les transformateurs au lieu de filer sur le réseau. Le sujet prend de l’ampleur parce que le parc d’onduleurs grossit très vite.

D’après des projections de S&P Global reprises dans le livre blanc, plus de 1,67 million d’onduleurs renouvelables seront raccordés aux réseaux mondiaux d’ici 2030. Le solaire s’installe partout, du parc de plusieurs centaines de mégawatts jusqu’au balcon : on a d’ailleurs comparé 16 batteries solaires et détaillé comment choisir une batterie plug and play.

0,35 %, ça pèse combien en euros ?

Le cabinet ATA a simulé deux centrales : une en Australie (210 MW), une en Espagne (une cinquantaine de MW). Sur la centrale espagnole, l’onduleur Proteus produit jusqu’à 0,35 % d’énergie de plus qu’un onduleur standard équipé d’un filtre médiocre.

Sur le parc australien de 210 MW, l’écart plafonne à 0,33 %, et le manque à gagner grimpe jusqu’à 348 616 euros par an. Sauf que ce montant suppose un prix de l’électricité de 200 euros le MWh, très élevé. À 50 euros le MWh, plus représentatif d’un marché calme, on retombe à 87 000 euros.

Autre nuance de taille : ce 0,35 % correspond au pire cas, face à un onduleur au filtrage faible. Comparé à un bon onduleur standard, l’écart tombe autour de 0,04 %, et l’étude place même le Proteus à 0,002 % d’un cas théorique sans aucune perte. On parle par ailleurs de simulations, pas de mesures relevées sur des centrales en exploitation.

Le contexte commercial éclaire la démarche : sur les onduleurs de forte puissance, ABB affronte SMA, Sungrow ou Huawei, et la bataille se joue au dixième de point de rendement. Financer une étude qui met en avant ce dixième de point, puis vendre l’onduleur qui le récupère, c’est un grand classique du marketing industriel.

Le périmètre a son importance. Les deux installations simulées pèsent 50 et 210 mégawatts, raccordées en haute tension, loin des quelques centaines de watts d’un kit de balcon ou sur le toit d’un particulier. Pour une installation domestique, la question des harmoniques ne se pose pas dans les mêmes termes : ce calcul vise d’abord les exploitants de grandes centrales.

À mesure que le solaire pèse plus lourd dans le mix, cette pollution s’ajoute à des réseaux déjà tendus, comme l’a rappelé le black-out géant en Espagne et au Portugal. Pour un exploitant qui raisonne en LCOE (le coût de l’électricité sur toute la vie du projet) sur 25 ans, quelques dixièmes de pour cent ne sont pas anecdotiques : sur une grande centrale, l’addition peut se chiffrer en millions d’euros au fil des années.


Un petit geste pour Frandroid ? Abonnez-vous à Frandroid sur Google pour ne manquer aucun de nos articles.

Recherche IA boostée par
Perplexity