Comment j’ai transformé un écran AliExpress à 15 € en tableau de bord domotique grâce à l’IA

La domotique sans coder

 
Un écran chinois vendu une dizaine d’euros comme station météo gadget, une IA branchée sur mon mini-PC, et une heure plus tard un vrai tableau de bord domestique. Le tout sans écrire une seule ligne de code de ma main.
L’écran SmallTV relié à Home Assistant grâce à Claude // Source : Vincent Sergère pour Frandroid

Sur mon bureau, un petit carré de 240 pixels de côté fait défiler trois affichages toutes les cinq secondes : mes quotas d’outils d’IA, la température et le CO2 de la maison, et la consommation de la climatisation (la fameuse Midea PortaSplit) en watts.

À l’achat, cet écran ne savait montrer qu’une horloge et une météo approximative. Ce qui a changé entre les deux : une heure de dialogue avec une IA agentique (Claude Code en l’occurence), un assistant qui a accès à ma machine et exécute des commandes pour moi.

Le matériel, c’est un GeekMagic SmallTV Ultra, trouvé autour de 15 euros sur AliExpress, présenté comme une petite station météo de bureau. À l’intérieur, une puce ESP8266, un microcontrôleur WiFi qu’on retrouve dans une foule de gadgets connectés bon marché, et un écran de 240 par 240 pixels.

L’interface de l’écran que je n’ai pas eu besoin de toucher

On le branche, il rejoint le réseau, il affiche l’heure. Rien, dans la fiche produit, ne laisse deviner qu’on peut lui faire afficher autre chose. C’est déjà le premier enseignement : quantité d’objets connectés chinois cachent des possibilités que le vendeur ne mentionne jamais. La même référence est d’ailleurs passée à moins de 6 euros en promotion il y a peu.

Un point à connaître avant de commander le vôtre : GeekMagic décline ce petit écran en plusieurs versions. Le SmallTV et le SmallTV Ultra reposent sur la même puce ESP8266 et le même écran, seul le logiciel embarqué change. Le SmallTV Pro, lui, tourne sur un ESP32 plus costaud, avec davantage de mémoire, mais il coûte nettement plus cher. Pour l’usage décrit ici, l’Ultra suffit largement.

Trouver la porte d’entrée

Comment savoir ce qu’un objet sait faire quand personne ne l’a documenté ? On commence par le repérer sur son réseau. Un balayage, la commande qui liste tous les appareils connectés à la box, a sorti un seul boîtier de marque Espressif, le fabricant de la puce. Son adresse tapée dans un navigateur ouvre une page de configuration.

Une simple demande en français, et mon agent (Hermes sur GPT 5.6 Sol) se charge de réparer l’écran qui ne fonctionnait plus

Et en lisant le code de cette page, on découvre que le logiciel d’origine expose une série de commandes HTTP : envoyer une image, l’afficher, changer de thème, régler la vitesse de défilement. Une interface locale, gratuite, présente depuis le début, mais jamais annoncée. C’est reproductible chez vous, sur beaucoup de ces gadgets, et ça ne demande aucun matériel supplémentaire.

Une nuance tout de même sur le « tout en local ». Sur le logiciel d’origine, cette interface HTTP n’exige aucun mot de passe : n’importe quel appareil branché sur le même réseau peut lui envoyer une image ou changer l’affichage. Rien de dramatique sur un réseau domestique bien tenu, mais c’est bon à savoir avant de brancher le boîtier sur un WiFi partagé.

Une heure de bricolage à deux

Le principe est simple : je décris ce que je veux, l’IA lit le code, écrit les scripts et les lance depuis mon mini-PC sur lequel l’agent est installé. En pratique, un petit programme compose des images de 240 pixels de côté et les envoie à l’écran toutes les deux minutes pour mettre à jour les informations. Sur le papier, limpide. Dans les faits, quatre ratés montrent exactement où l’humain reste indispensable pour le moment avec une intelligence artificielle.

Le premier accroc venait de l’écran lui-même. L’image partait bien, le serveur répondait « OK », et rien ne bougeait d’un poil. Le boîtier était resté bloqué sur son thème horloge, qui ignore purement et simplement l’image chargée. Il fallait une commande supplémentaire, non documentée, pour forcer l’affichage. Une IA qui n’a pas d’yeux sur le résultat physique ne pouvait pas voir cet échec. C’est moi qui l’ai signalé.

Le deuxième était plus sournois. L’un des compteurs d’usage affichait une valeur vieille de dix-huit jours en la présentant comme actuelle : l’IA lisait le mauvais fichier. Un chiffre faux mais plausible est bien plus dangereux qu’une erreur visible, et le repérer suppose de savoir quoi vérifier. C’est du travail humain que l’IA ne sait pas encore faire.

La troisième surprise a été la plus instructive. Au moment de bâtir l’écran maison, aucun capteur ne répondait : sur 169 entités déclarées dans Home Assistant, le logiciel de domotique open source que j’avais fini par adopter avec l’aide d’une IA, plus de la moitié étaient hors ligne. L’écran a donc été écrit pour afficher proprement « n/a » plutôt que d’inventer. Une station Netatmo rebranchée une heure plus tard, et il s’est rempli tout seul, sans que je touche une ligne de code.

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J’ai mis dix ans à oser Home Assistant : il m’a fallu quelques heures et une IA

Dernier épisode, en fin de journée. Le fournisseur de l’un des outils a changé la forme de ses données sans prévenir, en exposant une nouvelle fenêtre de mesure à la place de l’ancienne. Mon script affichait donc un chiffre parfaitement exact, 14 %, sous une étiquette devenue fausse. Quand on bricole sur des interfaces que personne ne s’est engagé à maintenir, on accepte de devoir faire du déboggage et des mises à jour en tâtonnant.

Ce que ça affiche, et pour combien

Au final, trois affichages tournent en boucle. Le premier suit mes quotas d’outils d’IA (Codex et Claude Code) sous forme de barres, avec le temps restant avant remise à zéro.

Le deuxième donne la température et le CO2 pièce par pièce, plus la météo extérieure et l’heure du coucher du soleil, grâce au lien avec la station Netatmo.

Le troisième, le plus parlant, concerne la climatisation Midea PortaSplit : température de consigne, température intérieure et extérieure, puissance instantanée en watts et énergie cumulée.

Le CO2 s’affiche en couleur : vert sous 800 ppm (une mesure de la concentration de dioxyde de carbone dans l’air), orange jusqu’à 1200, rouge au-delà. C’est bête, mais c’est l’information la plus utile de l’écran, celle qui dit quand ouvrir la fenêtre.

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L’écran clim, lui, change le rapport qu’on a à l’appareil : voir défiler les watts en direct, c’est comprendre d’un coup d’œil ce que coûte vraiment une heure de refroidissement.

C’est surtout le volet domotique qui donne sa valeur à l’affaire. Un afficheur mural pour Home Assistant, vendu tout prêt, coûte cinq à dix fois le prix de ce petit boîtier. Ici, pour une quinzaine d’euros, on obtient un écran qui montre température, humidité et CO2 par pièce, dans le même esprit que lorsqu’Ulrich avait transformé une liseuse en afficheur domestique. Tout reste par ailleurs en local : aucune donnée de la maison ne sort du réseau, contrairement aux afficheurs reliés au cloud d’un constructeur.

Ce que l’IA change, et ce qu’elle ne change pas

Le vrai enseignement porte sur l’IA elle-même. Elle accélère énormément le fastidieux : lire un logiciel inconnu, écrire du code jetable, garder plusieurs détails techniques en tête sans se perdre.

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En revanche, elle reste aveugle à tout ce qui ne se lit pas dans ses propres réponses, à commencer par l’écran resté figé et le chiffre faux mais crédible. Décider quoi afficher et douter d’un chiffre au bon moment, ça, c’est resté mon travail.

Mon tableau de bord repose aujourd’hui sur trois interfaces que personne ne s’est engagé à maintenir. Il retombera en panne un jour, et il faudra le rafistoler (ce qui est arrivé une fois, je l’ai réparé avec OpenClaw utilisant GPT 5.6, un autre agent sur mon mini PC). Ça n’enlève rien à l’intérêt de l’avoir monté en une heure, pour une quinzaine d’euros et zéro ligne de code écrite de ma main.


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