Alors que de plus en plus de constructeurs proposent désormais des processeurs surpuissants dans des smartphones vendus à moins de 550 euros, la qualité de leurs photos laisse très souvent à désirer. Pourquoi est-ce que OnePlus, Xiaomi ou Honor sont toujours à la traîne face à Samsung, Google ou HTC ?

Le Honor Play, à 350 euros, est très performant, mais avec une qualité photo médiocre.

La course à la puissance à bas prix est relancée. Après OnePlus qui s’est lancé dans ce domaine en 2014, suivi par la marque Honor de Huawei, c’est désormais au tour de Xiaomi de faire chuter encore plus drastiquement les tarifs, rendant désormais le Snapdragon 845 accessible à moins de 350 euros. Cependant, qu’il s’agisse du Honor Play, du OnePlus 6, du Pocophone F1 ou du Mi 8, tous ont un même défaut. S’ils mettent l’accent sur les performances en jeu, ils offrent tous une qualité photo moyenne, voire médiocre.

De nuit, le Honor Play propose des clichés particulièrement bruités

C’est un constat assez facile à faire. Depuis quelques années, il devient de plus en plus simple de recommander un smartphone moyen de gamme à quelqu’un qui cherche avant tout de la performance. En revanche, pour un smartphone qui soit excellent en photo à moins de 500 euros, c’est la panacée. Souvent, les conseils sont les mêmes : opter pour un haut de gamme de l’an passé ou faire un compromis sur la photo en prenant un smartphone récent, afin d’avoir un bon suivi des mises à jour du constructeur.

La qualité photo : le dernier rempart vers la qualité haut de gamme

Aujourd’hui, on trouve d’excellentes dalles LCD, et même OLED, sur des smartphones milieu de gamme. La batterie non plus n’a jamais été un souci pour l’entrée ou le milieu de gamme, les smartphones les plus autonomes étant rarement les plus chers. Le design est avant tout une affaire de goût et on trouve des smartphones particulièrement bien finis même à 300 ou 400 euros. Finalement, il n’y a que la photo qui soit encore la véritable barrière entre le milieu de gamme et le haut de gamme. C’est la seule raison qui peut encore inciter un consommateur à acheter un appareil à plus de 700 euros, parce qu’il n’obtiendra jamais des clichés aussi bons que sur un Galaxy Note 9 ou un Huawei P20 Pro sans y mettre le prix.

On peut le voir en cliquant sur les photos ci-dessous, prises dans les mêmes conditions de luminosité, le niveau de détails sur le Note 9 est incomparable avec celui du Honor 10. Mais pourquoi diable les fabricants mettent-ils autant l’accent sur les performances au détriment de la photo ?

Honor 10

Samsung Galaxy Note 9

En fait, pour bien comprendre ce choix des constructeurs, il faut d’abord expliquer comment fonctionne la photographie numérique, a fortiori sur smartphone. La qualité d’un cliché va dépendre des paramètres d’exposition, qu’il s’agisse de la sensibilité ISO, de la vitesse d’obturation et de l’ouverture focale. Seulement, l’ouverture en elle-même ne veut rien dire, puisqu’il faut aussi prendre en compte la taille du capteur. Une ouverture de f/1,5 sur un smartphone va être en l’état bien moins grande qu’une ouverture de f/3,5 sur un appareil photo reflex full frame. Sur smartphone, les constructeurs compensent donc la petite taille des capteurs par énormément de traitement de l’image. Ce n’est pas pour rien que la prise de photo sur smartphone est l’une des actions les plus consommatrices de batterie.

La nécessité d’avoir un processeur performant

Compte tenu des calculs et des différents modes de traitement de l’image par le smartphone, celui-ci nécessite logiquement un SoC performant. Dans la plupart des cas, les derniers Google Pixel 2 et 2 XL mis à part, c’est en effet cette puce qui va s’occuper du rendu d’image. Le constructeur va pouvoir modifier ce rendu par la suite d’un point de vue logiciel ou au sein même de son application d’appareil photo.

Présentation des opérations calculées par le processeur A12 lors de la dernière keynote Apple

On vient de le voir, plus le smartphone embarque un processeur puissant, plus celui-ci sera capable de générer des clichés convaincants, dans des conditions difficiles. Sur ses modèles hauts de gamme, Samsung propose par exemple des clichés de nuit qui agrège neuf photos différentes, l’Exynos 9810 étant chargé de les comparer pour supprimer le bruit numérique sur la photo finale. De même, lors de sa présentation des iPhone XS, XS Max et XR, Apple a détaillé toutes les étapes de traitement prises en charge par son processeur Apple A12. Entre l’exposition automatique, la balance des blancs, la mise au point, la réduction de bruit, la mise en avant des détails, la fusion de plusieurs clichés pour le HDR notamment ou la reconnaissance de visage, ce sont au total un milliard de calculs qui seraient opérés par le smartphone pour chaque cliché.

Un manque d’expertise ou de volonté ?

Reste notre problématique initiale : la démocratisation des smartphones passe avant tout par des performances à bas prix et non pas par une qualité photo excellente pour un moindre coût. Pourtant, comme on l’a vu, rien n’empêcherait théoriquement les constructeurs de faire ce pas supplémentaire. Le Snapdragon 845 est déjà proposé sur des appareils vendus à moins de 400 euros. Or, c’est ce même processeur qui permet au HTC U12 Plus, l’un des meilleurs photophones de l’année, de générer d’aussi bons clichés.

Théoriquement, rien n’empêcherait donc OnePlus ou Xiaomi d’utiliser les performances de leurs processeurs Snapdragon 845 pour mettre l’accent sur la photo. À moins que ces deux marques, encore relativement jeunes, n’aient pas encore suffisamment d’expérience dans ce domaine et ne sachent générer des algorithmes de traitement de l’image aussi efficaces que Huawei, Samsung ou HTC. Seuls les moyens que semblent se donner ces constructeurs ou leurs ambitions en matière de photo permettent encore de les séparer des véritables modèles hauts de gamme, performants en tout, mais souvent vendus à des prix deux fois plus élevés que les constructeurs chinois.

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