
Dans un stade, on pense d’abord à l’image : la pelouse, l’architecture et les écrans géants. Mais, le son, lui, est rarement ce que l’on remarque — sauf quand il manque. Au BMO Stadium, les équipes techniques ont fait le pari inverse : concevoir un système audio si bien intégré qu’il se fait oublier, tout en étant omniprésent.
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Un écrin pensé aussi bien pour le son que pour le spectacle
Inauguré en 2018 sur les anciens terrains du Sports Arena — où jouaient à l’origine les Clippers de Los Angeles — le BMO Stadium, qui peut accueillir jusqu’à 23 000 personnes, a été conçu dès le départ avec une philosophie claire : le son doit se ressentir avant même de se voir. Dès l’entrée dans le grand lobby, l’effet est là. En effet, une nappe musicale enveloppe les visiteurs sans qu’ils puissent en identifier la source. Ce n’est pas un hasard : des enceintes JBL sont dissimulées derrière les panneaux muraux principaux, uniquement destinées à créer ce que Mark Austin, notre guide, appelle « une ambiance de cathédrale ».

Aucun haut-parleur n’est apparent. Les murs restent parfaitement lisses. La déco est épurée. « On voulait garder quelque chose de très propre, très muséal », explique-t-il. Cette discrétion esthétique est l’une des marques de fabrique du stade, et elle n’a rien d’anodin. En effet, elle reflète le travail conjoint des équipes techniques et de JBL — marque du groupe Harman — pour intégrer les diffuseurs dans l’architecture sans les imposer au regard. Dans les étages, certains haut-parleurs sont installés dans les plafonds.

400 enceintes et une quarantaine de clusters : l’anatomie d’un système global
Le cœur du dispositif installé s’appuie sur un parc de plus de 400 enceintes JBL réparties sur l’ensemble du stade, auxquelles s’ajoutent une quarantaine de clusters Harman installés tout autour du toit en auvent (la canopée) qui surplombe les tribunes.

On nous explique que chaque cluster est composé de trois éléments : deux enceintes directionnelles couvrant les médiums et aigus, et un caisson de basses double 18 pouces — imposant parallélépipède rectangle logé sur le côté du groupement — chargé de délivrer l’impact physique que les spectateurs ressentent dans les gradins. « Je suis très fier de nos subs », confie Mark Austin. « Quand ils démarrent, on le sent vraiment. »
La disposition de ces clusters ne doit rien au hasard. En effet, chacun est orienté avec précision pour couvrir à la fois le bas et le haut des tribunes — ce que les techniciens appellent le « bowl inférieur » et le « bowl supérieur » — afin d’assurer une homogénéité de la diffusion sonore quelle que soit la place occupée dans le stade.
Un spectateur assis au premier rang comme un autre installé en haut de la tribune reçoivent, en théorie, un niveau et une qualité sonore équivalents. C’est l’un des défis majeurs de la conception d’un tel système. Il faut effectivement éviter les zones d’ombre acoustiques et les différences de niveau qui dégradent l’expérience dans les grands stades moins bien équipés.
L’ambiance est aussi dans les couloirs
Dans les coursives et les zones de circulation, de petites enceintes noires — discrètes au point d’être quasi invisibles pour qui ne les cherche pas — prennent le relais pour maintenir une continuité acoustique jusqu’au moindre recoin. Ce principe du « where’s Waldo », comme le nomme lui-même Mark Austin en souriant, consiste à multiplier des diffuseurs compacts mais performants à intervalles réguliers — environ tous les cinq mètres — pour créer un tapis sonore sans rupture.

Résultat : que l’on soit en train de patienter dans une file, de se diriger vers sa place ou de longer un couloir de dégagement, le son accompagne le spectateur en permanence, sans jamais s’imposer.
Un niveau maîtrisé et un son « orienté »
Le niveau de pression acoustique est maîtrisé avec soin. La réglementation en vigueur à Los Angeles impose un plafond de 100 décibels, et les équipes du BMO Stadium s’astreignent à opérer autour de 90 dB en exploitation courante — une marge de sécurité qui laisse de la réserve pour les moments d’intensité, comme un but ou l’entrée des équipes sur la pelouse. Lors de la visite, placé au niveau de la pelouse, nous avons eu droit à une démonstration réalisée depuis la régie, donnant un aperçu saisissant de la puissance du système.

Depuis les tribunes proches, l’impact est immédiat et physique. Mais, chose remarquable, on nous explique – faute de pouvoir la fouler – qu’au centre de la pelouse, le niveau perçu est nettement inférieur — signifiant que les clusters sont avant tout conçus pour les gradins, et non pour la diffusion en champ libre. Une maîtrise directionnelle qui témoigne de la rigueur de la conception.

Les espaces VIP : une expérience sonore sur-mesure
Si l’acoustique des tribunes est assez impressionnante, c’est dans les espaces VIP que la finesse du système entend révéler toute sa dimension. En effet, le Founders Club, l’un des quatre clubs premium du stade, est équipé de clusters muraux Harman, d’enceintes d’ambiance au plafond et de caissons de graves dissimulés derrière les lambris en bois. Là encore, l’intégration est invisible. Mieux : dès que les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le niveau du club, des enceintes orientées vers la zone de sortie prennent en charge le visiteur et l’enveloppent immédiatement dans l’ambiance sonore de l’espace qu’il s’apprête à rejoindre. « Le moment où tu sors de l’ascenseur, tu es déjà dedans », résume Mark Austin.

L’ingénieur gère ces zones via Audio Architect, le logiciel de Harman qui pilote l’ensemble du système depuis n’importe quel point du stade. La modularité du contrôle est assez remarquable. En effet, chaque zone peut être gérée et modulée indépendamment.
Lors d’un événement Entreprise dans le Founders Club, il est ainsi possible de baisser le niveau sonore autour des tables buffet pour favoriser les conversations, tout en maintenant un niveau plus élevé au bar ou dans l’espace de standing, par exemple. « L’audio doit être une expérience, pas une agression », insiste-t-il. « Si les gens se mettent à crier pour se parler, c’est qu’on a raté quelque chose. »

En outre, les corridors reliant les différentes zones du club sont équipés d’enceintes orientées dans chaque direction de circulation, et les suites privées disposent de leurs propres systèmes localisés, commandés via la plateforme AMX qui dialogue avec Audio Architect.
Pour les conférences de presse — fréquentes dans un stade de ce calibre — l’équipe peut déployer en quelques minutes des enceintes JBL portables de type « One », alimentées par un amplificateur dédié et complétées d’un caisson de basses mobile, transformant n’importe quel espace en salle de presse opérationnelle.
La régie : amplificateurs, DSP et redondances
Derrière ce déploiement de haut-parleurs se cache une infrastructure technique organisée en plusieurs salles techniques réparties autour du stade. Chacune d’elles abrite des racks d’amplificateurs Crown (marque Harman), des processeurs de signal numérique London (DSP), des commutateurs réseau et des systèmes d’alimentation de secours.

La salle visitée lors du reportage contrôle à elle seule les clusters du côté sud, du côté ouest et l’ensemble du Founders Club. Cinq autres salles semblables assurent la gestion du reste du stade.

Le réseau audio repose sur une architecture entièrement redondante. Ainsi, on nous explique qu’un réseau primaire et un autre secondaire sont actifs en permanence, avec basculement automatique en cas de défaillance. Les amplificateurs Crown sont supervisés en temps réel via Audio Architect, qui signale instantanément toute anomalie — panne d’amplificateur, erreur de configuration, décrochage réseau. « Je peux voir depuis mon téléphone si quelque chose ne va pas, même en dehors du stade », précise l’ingénieur.

La sécurité au cœur du système : quand le son devient vital
Autre chose très intéressante : la sécurité. En effet, lorsqu’on pense à l’ambiance dans un stade, on peut en oublier les problèmes potentiels qui peuvent survenir. C’est un aspect méconnu, mais au sein duquel le système audio doit aussi jouer son rôle, notamment lors des procédures d’évacuation d’urgence.
À Los Angeles, la réglementation impose qu’en cas d’alerte incendie, le service anti-incendie puisse prendre la main sur l’intégralité de la sonorisation depuis le panneau de contrôle principal. Le signal coupe alors automatiquement l’audio en cours — concert, match ou événement privé — et bascule tous les diffuseurs vers les messages d’évacuation préenregistrés, via une liaison câblée physique qui court-circuite toute intervention logicielle.

Pour garantir ce fonctionnement même en cas de coupure électrique totale, les racks sont alimentés par des onduleurs et reliés au groupe électrogène diesel du stade. « Cette moitié du rack doit fonctionner quoi qu’il arrive », martèle Mark Austin. De quoi tenir environ vingt minutes — suffisamment, en théorie, pour évacuer tous les spectateurs.
Une réputation bâtie sur l’invisible
Avec sa capacité de 22 000 places pour un match de football et jusqu’à 23 000 pour un concert, le BMO Stadium est un stade de taille humaine dans un marché comme Los Angeles, souvent synonyme de démesure. C’est précisément cela, qui lui vaut, selon notre hôte, une réputation dépassant les frontières californiennes. « On nous connaît dans l’industrie, pas seulement à LA, pas seulement aux États-Unis, mais globalement », affirme l’ingénieur. « Quand on organise un événement ici, c’est toujours à un niveau très élevé. »

Ainsi, pour le spectateur — qu’il soit en tribune derrière les ultras du club, en loge VIP ou dans les couloirs d’un espace premium — la promesse se veut être la même : un son enveloppant, puissant là où il doit l’être, discret là où c’est nécessaire, et fiable en toutes circonstances.
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