
Les employés de Meta ont réussi à faire plier leur direction aux États-Unis. Depuis avril, un logiciel installé sur leurs ordinateurs de travail enregistrait les mouvements de souris, clics, frappes clavier et captures d’écran. Tout cela afin d’entraîner les agents IA de l’entreprise.
La décision n’a vraiment pas plu aux salariés concernés. Et le 2 juin dernier, après plusieurs semaines de fronde, Meta a fait machine arrière.
Le programme s’appelle Model Capability Initiative, ou MCI. Selon Reuters, Meta a annoncé, dans un mémo interne signé Stephane Kasriel (vice-président de la division Superintelligence Labs), avoir réduit la voilure (sans pour autant supprimer le projet). Concrètement, les employés pourront désormais mettre la collecte de données en pause par tranches de 30 minutes, et certains profils seulement obtiendront une exemption complète.
Apprendre à l’IA à cliquer comme un humain
L’idée de départ n’a rien d’absurde, sur le papier. Les agents IA de Meta, ces logiciels censés exécuter des tâches tout seuls, butent encore sur des gestes basiques (dérouler un menu, utiliser un raccourci clavier, naviguer dans une interface). Pour progresser, ils ont besoin d’exemples réels de la façon dont les humains se servent d’un ordinateur. D’où l’idée de regarder (d’espionner ?) les salariés en train de travailler.
Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, résume la vision sans détour : à terme, ce sont les agents qui feront l’essentiel du travail, les humains se contentant de les superviser.
Là où ça coince, c’est le timing et la méthode. Le logiciel a été déployé en plein plan social : Meta a confirmé la suppression d’environ 10 % de ses effectifs, soit 8 000 postes. Demander à des salariés d’entraîner les IA qui pourraient un jour les remplacer, tout en supprimant des milliers d’emplois… Le message passe mal.
En Europe, le projet serait sans doute illégal
Notez que ce dispositif ne tiendrait probablement pas chez nous. La capture systématique des frappes clavier, sans possibilité réelle de s’y opposer, entre frontalement en collision avec le RGPD et la doctrine de la CNIL concernant la surveillance au travail. En France, les enregistreurs de frappe (les « keyloggers ») sont considérés comme une violation, sauf cas exceptionnels avec information préalable des salariés et consultation du CSE.
Amazon France Logistique en a d’ailleurs fait les frais : l’entreprise a écopé d’une amende de 32 millions d’euros en 2024, ramenée à 15 millions par le Conseil d’État fin 2025 pour des pratiques de surveillance jugées excessives.
Aux États-Unis, le cadre est radicalement différent. Sur un appareil fourni par l’employeur, il n’existe quasiment aucune limite légale à ce type de surveillance, et le programme ne prévoyait au départ aucune option pour s’y soustraire. C’est précisément ce point qui a cristallisé la colère.
Mark Zuckerberg a beau jurer que les données ne servent ni à surveiller ni à évaluer les performances, le malaise persiste (et c’était prévisible).
Rappelons enfin que cette logique d’agents IA qui travaillent à votre place est la direction que prennent d’autres géants de la tech. Gemini Spark de Google et Microsoft Scout en sont de bons exemples très récents.
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